vendredi 9 octobre 2026

Argenteuil, « instrumentaliser » la jeunesse, une accusation qui ne rime à rien du tout

 

Vous croyez vraiment que la jeunesse se laisse faire ? À d’autres

 

 
 

Le cœur de l’introduction du conseil municipal d’Argenteuil a été l’accusation du maire à l’encontre du député d’Argenteuil d’ « instrumentaliser » la jeunesse au profit de LFI. Ce dernier répondra comme il l’entend, mais quelques mots tout de même.

         Il faut être aux abois et loin de la réalité pour avancer ce genre d’accusation. Car c’est méconnaître totalement la jeunesse. Si c’était si simple, le résultat de mes 27 ans d’enseignement à des adolescents d’Argenteuil serait aujourd’hui que la Ville serait peuplée de communistes révolutionnaires, et qu’il y aurait bien toujours une commune mais avec une majuscule en référence à 1871. Vous savez qu’il n’en est pas ainsi, et c’est une évidence.

         Ce genre d’accusation est surtout une preuve de mépris à l’encontre de la jeunesse qui serait encline par nature à être entraînée par de vieux agitateurs politiques. Eh bien non, discuter avec ces jeunes n’est pas si simple, ou plutôt, de jour en jour cela le devient davantage au fur et à mesure que le mouvement actuel fait naître des expériences, des interrogations, et une envie de comprendre. Je l’ai encore vérifié avant-hier en discutant avec des lycéens de Jaurès qui attendaient dans les locaux de la MJC chérie par la municipalité.

         Alors, des élus tentant de mettre en avant leur écharpe pour faire barrage entre des lycéens et la police, où est le mal ? En revanche, ce que j’ai pu remarquer à différentes reprises, c’est que face à cette dernière, écharpe de diverses sortes ou pas, ils n’étaient rien. Une leçon aussi pour l’avenir pour tous ceux qui auraient tort de penser que l’élection les protège face à l’État. Elle les protège de rien, et même des accusations mensongères de leurs adversaires. DM

jeudi 8 octobre 2026

Un mouvement que le pouvoir n’a pas pu arrêter

 Un mouvement que le pouvoir n’a pas pu arrêter

En quelques jours, le mouvement lycéen a gagné tout le pays. Après avoir essayé de l’étouffer dans l’œuf, l’État ne ménage aucun effort pour tenter de l’arrêter.

Publié le 07/10/2026

 

Macron et Lecornu ont immédiatement sorti les grands moyens : intimidations, violences policières et répression judiciaire, outre le déchaînement des médias à leur service. Dès le 28 septembre, le mouvement lycéen faisant tache d’huile, les autorités ont choisi de faire intervenir leurs « forces de l’ordre » de manière massive et musclée. Le 29 septembre, celles-ci ont pris pour cible les lycéens mobilisés dans quelque 400 établissements sur les 3 700 que compte le pays. Les lycéens ont dû affronter des déploiements policiers hors de proportion, des gazages au moindre mouvement, des coups et des interpellations particulièrement violents, voire la police à cheval dépêchée devant certains établissements comme à Sevran à plusieurs reprises du 29 septembre au 2 octobre.

Le soir du 29, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez se targuait sur BFMTV d’avoir fait procéder à 440 interpellations aux abords des lycées, soit plus d’un jeune interpellé par lycée mobilisé ! Nuñez s’est alors félicité que « deux tiers [aient] donné lieu à des gardes à vue ». Le gouvernement voulait que les jeunes sachent bien que manifester pouvait les conduire en prison, avec le lot d’humiliations et même de coups qui en découle. Ainsi 1 954 jeunes ont été interpellés jeudi 1er octobre ; 1 747 autres vendredi 2 octobre, etc. Au total, plus de 6 000 interpellations étaient comptabilisées lundi 5 octobre au soir, dont une très grosse majorité transformées en garde à vue. C’est qu’un mouvement de la jeunesse peut commencer à ébranler toute la société. Les Macron, Lecornu, Nuñez, etc., le savent pertinemment et veulent l’en empêcher.

En parallèle de la répression, le gouvernement a mené une campagne acharnée pour disqualifier la mobilisation. Les ministres se sont relayés sur les plateaux de télévision pour parler de la « violence des jeunes » et d’« émeutes urbaines ». La multiplication des images sur des feux de poubelles ou des barricades en pleine rue a été préférée à celles des jeunes défigurés par des tirs de LBD ou des grenades. L’incendie de l’entrée d’un lycée à Nantes a été, sans aucune preuve, attribué aux jeunes mobilisés. La volonté de faire peur et de créer une coupure entre les jeunes révoltés et le reste de la population était patente.

La même campagne a visé à culpabiliser les parents eux-mêmes et à les intimider. « Faites votre boulot de parents » a déclaré le préfet des Pyrénées- Orientales, à l’adresse des familles des jeunes mobilisés. Les mêmes responsables politiques qui cautionnent le délabrement général des établissements n’ont de cesse de brandir le coût des dégradations de « biens publics » lors des journées de manifestation en menaçant de faire payer les familles.

Les préfectures ont reçu la consigne de fermer purement et simplement de nombreux lycées. Le but était évidemment d’empêcher les jeunes de se retrouver, de discuter entre eux et de s’organiser.

Le pouvoir sait visiblement quelle puissance peut avoir un mouvement de la jeunesse. Mais celui-ci peut aussi y puiser les moyens de devenir de plus en plus conscient.

                                          Marlène Stanis (Lutte ouvrière n°3036)

Mouvement de la jeunesse : Où est la vraie violence ?

 Où est la vraie violence ?

Les images de poubelles brûlées, de tirs de mortiers d’artifice et de dégradations du mobilier urbain tournent en boucle dans les médias, avec comme message : la violence est du côté des jeunes. Alors qu’en réalité la pire des violences est bien celle du gouvernement et de la société.

Publié le 07/10/2026

 

Parallèlement au matraquage policier, un autre matraquage, audiovisuel celui-là, sature les ondes. Rien d’étonnant car, derrière les calomnies des journalistes, il y a leurs patrons milliardaires tels que Saadé ou Bolloré. Car il s’agit bien de cela : de la défense de l’ordre établi, c’est-à-dire des injustices les plus violentes. Car la société est foncièrement violente avec les pauvres. Les licenciements et les expulsions de logement, c’est violent. La pauvreté, c’est violent. Jeter des jeunes en dehors du système scolaire sans bagage, sans considération, c’est violent !

Après, comment imaginer qu’une partie des jeunes, condamnés aux conditions scolaires que le mouvement dénonce, aux contrats au rabais dans une société qui ne leur réserve pas d’autre place, n’exprime pas sa frustration et sa colère, y compris parfois en mettant le feu à du mobilier urbain, celui dont ils sont les usagers ? Les lycéens qui se mobilisent doivent faire face à des charges policières extrêmement violentes. Il est difficile parfois de tracer une limite entre ce qui est une action de défense et ce qui est de la violence pour la violence.

La campagne en cours vise à traiter de délinquants ceux qui contestent car ils ne se contentent pas de ce qui serait toléré, une contestation encadrée et sans lendemain. Chacun sent bien que les gouvernements se moquent des contestations bien délimitées comme de leur premier 49.3. Et, dès qu’un mouvement naît, la police est là pour tenter d’empêcher qu’il ne prenne de l’ampleur.

Chaque travailleur qui a connu une grève sait que la police est là pour protéger le patron, l’entreprise, pas les salariés. Au cours de la révolte de mai-juin 1968, les étudiants lançaient des pavés sur les policiers qui eux-mêmes s‘étaient fait remarquer par leur violence contre les Nord-Africains durant la guerre d’Algérie à peine quelques années auparavant. En mai 68, il y eut plusieurs morts parmi les étudiants et les ouvriers du fait des charges et des tirs policiers.

Alors oui, mettre sur le même plan les gestes de rage des lycéens, voire les actes de vandalisme même les plus stupides, et les mutilations calculées des policiers, les blessures, les charges terrorisantes, revient à justifier l’ordre établi.

Bien sûr, les feux de poubelle et les affrontements avec les policiers ne renforcent pas le mouvement des lycéens mobilisés. Mais surtout, ils peuvent décourager certains d’entre eux d’autant que la police profite de n’importe quel jet de caillou ou même de bouteille plastique pour lancer des gaz lacrymogènes et disperser les rassemblements.

La vraie radicalité est d’arriver à être nombreux et à s’organiser pour rendre le mouvement plus conscient et faire qu’il puisse décider collectivement ce qu’il fait et ne fait pas. Et c’est bien cette organisation que le gouvernement craint.

                                                  Thomas Baumer (Lutte ouvrière n°3036)

Mouvement lycéen – Val d’Oise-Est, témoignage d’un enseignant d’un lycée sur la journée du mardi 6 octobre

 

Un mouvement qui se construit, ambiance

  



 Très dangereux "casseurs" lycéens protestant contre la casse du service public d'éducation

 Le 5

La direction avait convoqué les délégués des lycéens à 15h30. Une partie des collègues ont assisté à la réunion pour s'assurer que les élèves puissent discuter librement sans être chapeautés par la direction qui voulait faire des ateliers prédéfinis et un courrier à Pécresse. Finalement les délégués lycéens votent un blocus pacifique à 7h30-8h et appellent les collègues grévistes à les rejoindre. 

 

Le 6

Ce matin une trentaine d'élèves avec des pancartes et quelques slogans (cf. photos) font un barrage filtrant et invitent les lycéens à les rejoindre. Certains, par rapport aux absences que les élèves craignent d'avoir notées pour ParcourSup : "on se bat justement pour les supprimmer" ou encore "les profs eux ils perdent une journée de salaire toi t'aura juste une absence". La présence d'une quinzaine de collègues grévistes devant le lycée les renforce beaucoup moralement. Discussion avec la police : "on restera calme si on a pas de raisons d'intervenir". Ils sont quatre devant la grille pour assurer la circulation, demandent aux élèves de bien libérer l'entrée. Entre temps un d'eux discute avec les lycéens, se dit solidaire de leurs revendications mais pas d'accord avec "la forme que ça prend" au niveau national. Des élèves ayant plutôt l'habitude de tirer au mortier ou d'utiliser d'artifices voient les élèves et leurs pancartes : "c'est quoi ces baltringues ?" ou encore "ça sert à rien ce que vous faites vous bloquez rien". Une discussion s'enclenche : ils se mettent d'accord pour bien bloquer l'entrée tout en n'utilisant ni mortier ni pétards : "aujourd'hui on essaie autrement" lui dit un élève. Je pars à 9h15 pour l'AG de Sarcelles avec deux élèves de mon lycée pour qu'ils puissent rencontrer les portes-paroles des autres établissements et qu'ils puissent s'organiser entre eux, le reste des collègues reste devant le lycée avec les élèves. Récit des collègues : vers 9h30 des élèves ramènent quelques poubelles et panneaux devant le lycée. A la pause de 10h beaucoup plus d'élèves rejoignent le blocus. Quelques minutes plus tard la police charge et gaze les lycéens, n'écoutent pas les demandes des collègues qui leur demandent un temps pour négocier. La direction était sortie quelques minutes et se dit "obligée de débloquer" et donc d'envoyer la police. Une élève se fait matraquer la main alors qu'elle était calme, les autres se font gazer. Un élève réagit : "ce soir monsieur vous me voyez dans la rubrique fait divers ça va pas se passer comme ça". Renforce la conviction chez certains que seuls les tirs de mortiers peuvent vraiment permettre de se faire entendre puisque même une manifestation pacifique se fait gazer. A 12h deux tirs de mortiers contre le lycée, les cours sont suspendus pour le reste de la journée. Un collègue réac pro-police à fond invente une rumeur selon laquelle les élèves auraient poussé les collègues devant le lycée pour justifier la répression policière. 

 

AG de Sarcelles : 240 personnes. Discussion sur l'arnaque de renvoyer dos à dos casseurs et police et que les vrais casseurs sont les gouvernements successifs, sur la nécessité de soutenir les élèves victimes de sanction. Nécessité d'élargir le mouvement discutée (19 établissements représentés, des parents d'élèves, un délégué CGT d'une usine importante du coin, deux étudiants de la Sorbonne sont là) : tractages devant les écoles, collèges, gares et même usines du coin discutés. Grève et nouvelle AG votée pour le 8 à 14h. Prise de contact avec une jeune collègue qui a envie de militer et qui regarde du côté de RP mais curieuse de venir à ce qu'on organise. 

 

Manifestation : beaucoup plus combattive que la semaine dernière (nos autocollants ont manifestement été beaucoup repris et ont eu beaucoup de succès). Discussion avec les collègues et l'amie prof à JVD, aussi avec le copain étant intervenu vendredi soir. 

 

Le soir : discussion avec les collègues. La direction veut nous réunir à 9h et banalise les cours demain. Décision prise que les collègues grévistes prennent la parole pour raconter ce qui s'est passé devant le lycée, dénoncer le rôle de la direction d'avoir appelé à l'intervention policière et de partir de la réunion prévue avec la direction (de 9h à 12h !) pour proposer de discuter entre collègues en salle des profs sans leur présence. Décision prise de se mettre en grève dès que les élèves se mobiliseraient et de se remettre en grève jeudi parmi ceux qui ont manifesté aujourd'hui (une vingtaine). 

États-Unis : milliardaires 3 étoiles pour préparer leur guerre capitaliste

 

L’État : l’État du Capital

 

 

Le secrétaire à la Guerre des USA, Pete Hegseth, vient de nommer comme conseillers trois milliardaires, parmi lesquels Elon Musk. Celui-ci est en effet bien placé pour conseiller à l'armée américaine comment lui passer des commandes ou louer les services de son réseau de satellites Starlink.

         On n'est jamais si bien servi que par soi-même...