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vendredi 21 août 2026

Procès de Moscou, il y a 90 ans, 19 août 1936 le début d’une série macabre de procès

 

Quand Staline massacrait la vieille garde bolchevique

 

Les victimes désignées des trois procès qui se tinrent à Moscou entre août 1936 et mars 1938 étaient mondialement connues. Membres du mouvement ouvrier russe et international, elles avaient préparé et mené à bien la révolution d’Octobre 1917, puis œuvré à la construction du premier État ouvrier de l’histoire et à l’extension de la révolution, avec la formation du parti mondial de la révolution socialiste, l’Internationale communiste.

Depuis qu’en décembre 1934 l’assassinat de Kirov, possible rival de Staline au sein de la haute bureaucratie, lui en avait donné le prétexte, le régime s’était lancé dans une répression de plus en plus vaste contre ce qui restait du Parti bolchevique.

Au début des années 1920, le parti de la révolution d’Octobre avait dégénéré, comme l’ensemble de l’État soviétique, avec le recul de la vague révolutionnaire en Europe et le renforcement, en URSS, d’une caste parasitaire ayant accaparé les leviers du pouvoir et choisi Staline comme porte-drapeau.

Contre cette dégénérescence, une Opposition de gauche s’était formée dans le parti, avec des milliers de militants et cadres bolcheviques autour de Trotsky. La plupart des autres dirigeants de ce que l’on appelait encore « le parti de Lénine et Trotsky » allaient eux aussi s’opposer à Staline et à sa politique, mais ils furent défaits.

Même politiquement mis à l’écart, les leaders des diverses oppositions communistes gardaient un grand prestige dans la population et le parti, et auraient pu servir de recours au cas où une partie des cercles dirigeants aurait voulu se passer de Staline.

À cela s’ajoutait un autre facteur décisif : la haine que staliniens et bureaucrates vouaient à la révolution ouvrière. Or, après des années de recul, le mouvement ouvrier révolutionnaire repartait de l’avant. Dans l’Espagne de juillet 1936, ouvriers et paysans avaient pris les armes, créé des organes de pouvoir en réaction au coup d’État militaire de Franco. C’était un danger pour les grandes puissances bourgeoises, telles l’Angleterre et la France dont Staline cherchait l’appui contre l’Allemagne nazie, mais aussi pour la bureaucratie, qui craignait qu’une montée révolutionnaire même lointaine ne redonne confiance à sa propre classe ouvrière et que celle-ci ne la chasse du pouvoir.

Avec ces procès, Staline voulait se débarrasser d’adversaires vaincus politiquement, mais qui représentaient encore la seule révolution ouvrière qui ait triomphé, tout en montrant à la bourgeoisie mondiale qu’elle pouvait compter sur lui pour massacrer ceux qui incarnaient cette perspective. C’est ce qu’exprima à sa façon la Pravda du 10 octobre 1936 : « En Catalogne, l’élimination du trotskysme et des anarcho-syndicalistes a déjà commencé et se poursuivra avec la même énergie qu’en URSS. »

Lors des trois procès qui allaient se succéder de 1936 à 1938, la police politique allait exiger et obtenir – par le chantage à la fidélité au parti et, si cela ne suffisait pas, par la torture, la menace de s’en prendre à leurs proches – que ces anciens compagnons de Lénine piétinent leur passé, leurs idées, répudient ce qui avait été leur vie, en s’accusant des crimes les plus invraisemblables.

Zinoviev et Kamenev furent les principaux accusés du premier procès, avec d’autres bolcheviks de premier plan : Ivan Smirnov, Evdokimov, Bakaïev, Mratchkovski… Ils y furent trainés dans la boue, condamnés et abattus peu après. Le même infâme scénario se répéta lors des deuxième et troisième procès, avec d’autres vieux-bolcheviks, des organisateurs de l’Armée rouge et du pouvoir des soviets : Piatakov, Serebriakov, Radek, Sokolnikov, Boukharine, Rykov, Krestinski, Rakovski, Mouralov, Drobnis, Bogouslavski… En 1936-1937-1938, allaient ainsi être assassinés par Staline presque tous les dirigeants de la révolution russe, la majorité des membres du comité central du parti de 1917 à 1923, la majorité du bureau politique de 1919 à 1924, ainsi que des milliers d’autres militants moins connus.

À l’époque, ce qui frappa de stupeur fut la monstruosité des accusations portées durant ces procès et reprises, fait inouï, par des hommes qui avaient consacré leur vie à l’émancipation de la classe ouvrière. Ils avaient connu la prison, la déportation, l’exil, la clandestinité sous le tsarisme, affronté la mort durant la guerre civile, puis dirigé la construction du jeune État soviétique. Et c’est eux, à en croire l’accusateur Staline, qui auraient été les pires ennemis de l’URSS, du communisme, de la classe ouvrière !

Les accusations les plus délirantes sorties de l’imagination sanguinaire de Staline s’accumulaient sans souci de vraisemblance. Il fallait terroriser tous ceux qui voyaient que la politique de Staline menait l’URSS à la catastrophe, que le régime n’avait plus rien à voir avec le socialisme, que la classe ouvrière, qui avait fondé cet État, était écartée du pouvoir. Staline voulait aussi terroriser l’appareil d’État afin de le maintenir à sa botte.

Entourés de la plus grande publicité par le stalinisme, et par ses relais hors de l’URSS, tels le PC français et l’Humanité qui applaudissaient au massacre des bolcheviks, ces trois procès ne représentent qu’une petite partie d’un massacre de révolutionnaires, non public mais d’une tout autre ampleur. Des milliers d’oppositionnels communistes disparurent sans procès dans les camps du goulag en 1937-1938. N’ayant pu les briser, Staline y fit fusiller les trotskystes à la chaîne.

De ces bolcheviks, seul Trotsky resta à mener le combat. Il restait la cible principale de Staline et de ses tueurs, lui que ces procès avaient placé au premier rang des accusés. En faisant assassiner Trotsky, à Mexico en août 1940, Staline paracheva le massacre d’une cohorte de révolutionnaires qui avait ébranlé le monde en 1917 et accumulé une expérience de la lutte de classe comme nulle autre avant ni depuis. La bureaucratie y gagna un long répit. Le système capitaliste bien plus encore.

Condensé d’un article de Pierre LAFFITTE (Lutte ouvrière n°2531 du 1.2.2017)

jeudi 30 avril 2026

Il y a 40 ans : la catastrophe de Tchernobyl

 Il y a 40 ans : la catastrophe de Tchernobyl

Le 26 avril 1986, dans ce qui était alors l’Union soviétique, une catastrophe majeure se produisait à la centrale nucléaire de Tchernobyl. Lors d’un test de sécurité, son réacteur no 4 explosa, projetant dans l’atmosphère une grande quantité de produits radioactifs.

Publié le 28/04/2026

Alors que le nuage radioactif s’étendait rapidement sur l’Europe, et au-delà, ici, les autorités françaises prétendirent qu’il épargnait le pays. Il ne fallait pas laisser craindre qu’un jour, un tel drame puisse survenir dans la première puissance d’Europe en matière d’électricité nucléaire. Toutes les chaînes de télévision durent donc mentir, publiant cartes et commentaires sur le nuage de Tchernobyl qui se serait « arrêté à nos frontières ».

Quarante ans plus tard, les médias ont tenu à faire preuve de la même « responsabilité ». Bien peu ont rappelé que des catastrophes nucléaires avaient eu lieu avant Tchernobyl, comme à Three Mile Island, aux États-Unis, même si les conséquences n’en avaient pas été aussi tragiques. Celle de Fukushima au Japon, en 2011, classée au même niveau 7 d’intensité des accidents nucléaires, a été aussi en grande partie « oubliée ». Sans doute parce qu’elle témoigne d’un mépris des populations par un État capitaliste développé et d’un degré d’irresponsabilité des grandes compagnies d’électricité n’ayant rien à envier à ce dont le régime de la bureaucratie soviétique fit la preuve lors de ce drame.

Catastrophe et glasnost

Gorbatchev dirigeait alors l’Union soviétique mais il n’apprit du KGB (la police politique) ce qui était arrivé que le 27 avril. Il mit plusieurs jours à communiquer sur la catastrophe, mais le seul fait d’en parler tranchait avec la pratique d’un régime qui avait par le passé tu certains accidents nucléaires.

Au pouvoir depuis un an mais peinant à asseoir son autorité à la tête de l’État, Gorbatchev se faisait fort d’y parvenir en ralliant à lui des secteurs de la population. Pour cela, il lui promettait la « refonte de la société » (la perestroïka) et plus de « transparence » (la glasnost). Cela n’empêcha pas le Kremlin de minimiser l’ampleur de la catastrophe. En particulier, il ne voulut pas évacuer tout de suite les populations ukrainienne et biélorusse vivant près de Tchernobyl, ni avertir les deux millions d’habitants de Kiev, la toute proche capitale de l’Ukraine. Et ce n’est qu’au début du mois de mai qu’on installa une zone d’exclusion de trente kilomètres autour de Tchernobyl, où vivaient 135 000 personnes.

Les équipes chargées de « liquider » l’incendie du réacteur – des pompiers, des soldats, des volontaires, qui combattirent le feu et durent ramasser des débris irradiés sans autre équipement que des protections dérisoires – furent envoyées à une mort certaine. Pratiquement, dans les semaines et les mois qui suivirent, tous les « liquidateurs » décédèrent du fait d’avoir été contaminés. Aucune statistique n’ayant été publiée, on ignore le nombre précis des victimes civiles, mais il est estimé à 43 000.

Vinci, Bouygues, Westinghouse…

Comme il fallait désigner des coupables, la justice condamna peu après quelques responsables techniques de la centrale à des années de camp. Quant au réacteur même, après une première tentative infructueuse, il fallut encore une bonne dizaine d’années avant qu’on l’isole sous une enceinte de confinement, un « sarcophage » de 18 000 tonnes de béton et de métal.

Les firmes françaises de BTP Bouygues et Vinci, réunies au sein du consortium Novarka, se taillèrent la part du lion de ce marché colossal. Estimé à un demi- milliard d’euros il y a vingt ans, il fut financé en grande partie par la BERD (Banque européenne pour la reconstruction et le développement).

En 2000, on annonça qu’on avait fermé le dernier réacteur en activité de Tchernobyl. Le nucléaire civil ukrainien n’en a pas moins continué à faire saliver les géants mondiaux du secteur. Ainsi, la firme américaine Westinghouse a, depuis des années, obtenu de l’État ukrainien l’exploitation des centrales ukrainiennes, dont celle de Zaporojjia, que contrôle l’armée russe, même si cela reste pour l’heure en grande partie virtuel.

Quand Zelensky, à propos de la guerre en cours, vitupère le « terrorisme nucléaire russe », il se fait aussi, sinon surtout, le défenseur des intérêts de Westinghouse.

                                                     Pierre Laffitte (Lutte ouvrière n°3013)

jeudi 1 septembre 2022

Gorbatchev : salué par les hommes de la bourgeoisie

L’homme de l’éclatement de l’URSS

 


La mort de Mikhaïl Gorbatchev, le dernier président de l'URSS, donne lieu à une pluie d'hommages exprimés par les dirigeants des puissances occidentales. "Un homme de paix qui a ouvert un chemin de liberté aux Russes" pour Macron. "Il a permis un monde plus sûr et davantage de liberté" pour Biden.

         Arrivé en 1985 au sommet de la dictature bureaucratique qui régnait sur l'Union soviétique, Gorbatchev a déchaîné des forces centrifuges qui ont conduit à l'éclatement de l'URSS en 1991 et à sa propre mise à l'écart.

         Pour les habitants de ce vaste espace, "le chemin de la liberté" a signifié une plongée dans le chaos économique, la misère, les guerres. L'espérance de vie a reculé et les libertés démocratiques n'ont été qu'une promesse non tenue. Quant au "monde plus sûr", la guerre en Ukraine en témoigne...

 

mercredi 31 août 2022

Bonnes lectures de l’été (30 et dernière, à l'année prochaine) : Zouleikha ouvre les yeux de Gouzel Iakhina, Libretto. Chaque jour d’août un livre parmi mes bonnes lectures de cette année 2021-2022

 

Zouleikha ouvre les yeux de Gouzel Iakhina, Libretto

 

 

Le roman commence au moment de la « dékoulakisation », une politique folle de la bureaucratie russe et de Staline initiée au début des années 1930. Zouleikha est une jeune femme de 15 ans éduquée dans les valeurs de son monde musulman.

         Son mari est assassiné. La famille est expropriée et Zouleika est déportée en Sibérie. Commence pour elle une longue histoire semée d’embûches qui la conduit sur la rivière Angara. Elle s’est découverte enceinte et son fils grandira dans cette colonie.

         Elle participe alors avec d’autres déportés aux profils très diverses à la fondation d’une colonie particulière dirigée par un homme solidaire du régime mais lui aussi bien particulier.

          

         Ce roman raconte son histoire et les étapes de son évolution, très lente car il lui faut surmonter bien des obstacles produits de son éducation.