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lundi 26 janvier 2026

Histoire des deux rives : La disparition de Mohamed Harbi

 Mohammed Harbi : une figure de la lutte du peuple algérien

Mohammed Harbi, historien et militant ayant participé à la lutte du peuple algérien pour son émancipation, est décédé le 1er janvier.

Publié le 21/01/2026

Né en 1933, issu d’une famille de notables du Constantinois, il avait découvert les idées marxistes grâce à un professeur de son lycée. Marqué comme tous ceux de sa génération par les massacres du 8 mai 1945, il avait rejoint alors les rangs du MTLD, le mouvement nationaliste de Messali Hadj. Étudiant à Paris, Mohamed Harbi devint dirigeant de la fédération française du FLN, de 1954 à 1958, et côtoya des militants trotskystes. Par la suite, il devint un cadre du Gouvernement provisoire de la République algérienne et participa aux premières négociations des accords d’Évian.

Témoin de la guerre fratricide qui opposa le FLN au MNA de Messali Hadj, Mohammed Harbi vécut de l’intérieur les luttes de pouvoir qui firent d’Ahmed Ben Bella le premier président du nouvel État indépendant. Il devint son conseiller chargé d’encadrer le mouvement d’autogestion né dans les domaines agricoles laissés par les colons, une tâche qu’il accomplit assisté du militant trotskyste Michel Raptis, alias Pablo. Malheureusement cela entretenait aussi l’illusion que l’Algérie empruntait la voie du socialisme, alors qu’au même moment Ben Bella éliminait ses rivaux et mettait au pas le syndicat Union générale des travailleurs algériens, sous influence de militants communistes.

En 1965, après le coup d’État militaire de Boumédiène, Mohammed Harbi, critique de cette évolution, passa dans l’opposition au régime. Il fonda avec des militants du Parti communiste algérien et des militants de la gauche du FLN, l’Organisation de la résistance populaire. Aussitôt arrêté, il passa les sept années suivantes en prison puis en résidence surveillée, avant de réussir à s’évader et s’exiler en France.

Ses ouvrages, Aux origines du FLN, écrit en prison, et Le FLN, mirage et réalité, publié en 1981, alors interdits en Algérie, furent une révélation pour toute une génération d’Algériens, abreuvée d’un récit officiel mythifiant le rôle joué par le FLN durant la guerre d’indépendance. Son œuvre continue à nourrir la réflexion de ceux qui en Algérie veulent comprendre ce passé et comment changer l’avenir.

                                                      Leïla Wahda (Lutte ouvrière n°2999)

lundi 12 janvier 2026

La révolution russe de 1905

 La révolution russe de 1905

Publié le 07/01/2026

La révolution russe de 1905 fut qualifiée par Lénine de « répétition générale » de celle de 1917, qui aboutit à la prise du pouvoir en Russie par la classe ouvrière. Et au regard de ce qu’ont été les évènements de 1905, on comprend à quel point ils furent une expérience hors norme pour la classe ouvrière russe et ses militants, mais aussi en comparaison de tout ce que le mouvement ouvrier européen de l’époque avait vécu.

La Russie d’alors n’avait pas connu de révolution bourgeoise qui y aurait balayé la féodalité. En ce début de 20e siècle, les usines, pour certaines parmi les plus modernes et gigantesques d’Europe, y côtoyaient un régime tsariste d’un autre âge, s’appuyant sur une classe de propriétaires terriens se comportant encore avec les paysans pauvres comme la noblesse en France avant 1789.

Une révolution bourgeoise ?

La bourgeoisie, enrichie avec l’industrialisation, souhaitait une modernisation du pays et un changement de régime politique en sa faveur, à l’image de ce qu’avait fait la bourgeoisie des pays capitalistes occidentaux. Mais une force sociale nouvelle la menaçait sur son flanc gauche : la classe ouvrière. Même extrêmement minoritaire, cette classe concentrée dans d’énormes centres industriels, comme le quartier de Vyborg de la capitale, Saint- Pétersbourg, sentait instinctivement qu’elle pouvait représenter une force. Dès la fin du 19e siècle, des grèves massives avaient eu lieu.

Pour quasiment tous les révolutionnaires marxistes russes, la révolution à venir devait être « bourgeoise ». Et la question qui se posait était quel rôle devait y jouer la classe ouvrière. Pour Lénine, dirigeant du Parti bolchevique, elle allait être la classe sociale la plus radicale et la plus déterminée dans le combat contre le tsarisme. Et il fallait que les révolutionnaires agissent dans le sens d’une révolution à participation la plus populaire possible, où l’organisation des masses aille le plus loin possible, pour qu’une fois le tsarisme renversé, la classe ouvrière soit immédiatement en situation de force pour s’affronter à la bourgeoisie. Trotsky allait un pas plus loin en affirmant que seule l’action consciente de la classe ouvrière pouvait mener jusqu’au renversement du tsarisme et qu’elle pouvait se fixer l’objectif d’assumer elle-même le pouvoir.

Du Dimanche rouge à la grève d’octobre

La guerre commencée entre la Russie et le Japon en 1904 pour la domination de la Mandchourie et de la Corée fut le creuset de la révolution. La succession des défaites militaires russes discréditait le tsarisme, et dans la capitale, Saint-Pétersbourg, le mécontentement ouvrier grandissait. Le dimanche 9 janvier 1905, une énorme manifestation de 200 000 ouvriers et leur famille porta au tsar une pétition réclamant l’augmentation des salaires, l’amélioration des conditions de travail mais aussi la création d’une Assemblée constituante et la fin de la guerre. La réponse du régime fut sans équivoque. L’armée tira sur la foule et fit des centaines de morts. Mais ce fut aussi le début de la révolution.

En effet, la contestation du régime se répandit dans tout le pays. Au printemps 1905, les marins du cuirassé Potemkine à Odessa se révoltaient. En septembre à Saint-Pétersbourg, les ouvriers typographes se mettaient en grève pour de meilleurs salaires mais aussi, dès le départ, pour une Assemblée constituante. Leur grève fut l’étincelle qui déclencha la plus grande grève générale politique du pays. Les cheminots, les télégraphistes, les ouvriers d’industrie… le pays tout entier allait s’arrêter.

Le soviet

Pour organiser la grève, les ouvriers de Saint-Pétersbourg et d’autres villes créèrent des comités d’usine et, très vite, ressentant la nécessité d’une organisation plus vaste à l’échelle de la ville, ils créèrent un soviet, « conseil » en russe, qui regroupait les délégués des usines en grève. D’une assemblée de délégués, le soviet devint une direction, l’embryon d’un pouvoir politique venu de la classe ouvrière. Le soviet réquisitionna les imprimeries les unes après les autres pour éditer son propre journal, les Izvestia, « les nouvelles » en russe. Cette grève d’octobre fut une telle démonstration de force que le pouvoir tsariste ne put que reculer et dut annoncer qu’il organiserait des élections à une assemblée, la Douma, tout en se gardant de dire quels en seraient les pouvoirs.

La bourgeoisie trouvait en partie son compte dans cette annonce car elle pouvait peut-être espérer accéder au pouvoir au travers de cette assemblée. La simple promesse du tsar lui suffisait d’autant plus que la grève ouvrière l’effrayait. Lors d’un rassemblement de l’opposition libérale bourgeoise au tsarisme début novembre, on put entendre : « Les désordres agraires, les grèves, tout cela engendre la terreur ; le capital est épouvanté, les personnes fortunées ont pris peur, elles retirent leur argent des banques et s’enfuient à l’étranger. » Et un politicien libéral bourgeois, Goutchkov, concluait : « Il est temps de s’arrêter ; nous apportons de nos propres mains des fagots au bûcher qui nous brûlera tous. »

On allait donc vers une confrontation décisive entre le pouvoir, derrière lequel se retrouvaient désormais toutes les classes riches de la société russe, et la classe ouvrière.

L’insurrection de décembre

Jusqu’au bout, le soviet représenta une menace pour les classes riches et le pouvoir. Ainsi, le 23 novembre, au plus fort d’une grève des postes et télégraphes, il reçut un télégramme du sud du pays, du Turkménistan actuel, expliquant que des insurgés de l’armée avaient été condamnés à mort et que la sentence devait être exécutée le jour même à minuit. Sur décision immédiate du soviet, les lignes télégraphiques tenues par les grévistes furent utilisées pour propager l’appel des cheminots à la grève générale si le gouvernement n’empêchait pas l’exécution avant 20 heures À 20 h 05, le gouvernement envoyait une « prière d’annuler la condamnation », communication qu’il dut faire passer par l’intermédiaire du syndicat des cheminots !

Peu après, le 3 décembre, la police frappa le mouvement à la tête en arrêtant le soviet de la capitale. Ce fut alors celui de Moscou qui prit le relais, appelant à une grève générale pour le 7 décembre avec l’intention de la transformer en insurrection armée.

La tactique des révolutionnaires ne fut pas d’affronter l’armée mais de tenter de la gagner. Début décembre, un soviet de délégués des soldats s’était constitué et avait rejoint le soviet ouvrier. Lors des premières confrontations, les soldats refusèrent à plusieurs reprises de tirer sur les manifestations de grévistes. Les heurts durèrent plusieurs jours.

Le 10 décembre 1905, le gouvernement ayant réussi à faire venir des renforts à Moscou malgré la grève des cheminots, la ville fut bombardée. Puis l’armée entra dans les quartiers ouvriers et commit les pires exactions. Malgré cette répression, les combats allaient durer encore pendant des mois dans toute la Russie.

En 1906, le tsarisme put dire qu’il avait maté la révolution. Car l’immense armée paysanne n’avait encore que très partiellement répondu présent à l’appel à la révolte lancé par la classe ouvrière. Cette révolution de 1905, même vaincue, laissa dans les consciences de millions de prolétaires, et au-delà, les germes qui allaient permettre celle de 1917.

                                                     Pierre Royan (Lutte ouvrière n°2997)

lundi 1 décembre 2025

Service militaire : non à l’obéissance aveugle !

Ils prennent des risques

 

 

Si Macron et son état-major insistent pour former les jeunes au maniement des armes, disons - comme l’Internationale, le chant de lutte des travailleurs - que « s'ils s'obstinent ces cannibales à faire de nous des héros, ils sauront bientôt que nos balles sont pour nos propres généraux ». 

         « La France hérissée de travailleurs en armes, c’est l’avènement du socialisme », disait le révolutionnaire français Blanqui en 1851. Ce qu’ont mis en pratique les soldats russes de 1917 en formant leurs soviets et en élisant leurs officiers.

 

mercredi 26 novembre 2025

Espagne : la page du franquisme n’est pas tournée

 

Comprendre les origines de l’échec de la Révolution espagnole

 

 

L’Espagne commémore les 50 ans de la mort de Franco et de la fin de la dictature, élevée sur un million de cadavres et maintenue par la terreur pendant plus de 40 ans.

         La façade parlementaire qui a suivi a servi, avec la complicité de toutes les forces politiques, à protéger les institutions et les hommes qui avaient constitué l'ossature du pouvoir de la bourgeoisie. Les héritiers de la dictature militaire, comme le Parti Populaire de droite et celui d’extrême droite Vox, ont toujours pignon sur rue. La monarchie est toujours en place.

         Mais les traditions ouvrières et révolutionnaires, transmises par des générations de militants, représentent encore un espoir pour les travailleurs espagnols aujourd’hui. À condition de comprendre les raisons de l’échec de la révolution en 1936 qui a ouvert la voie au régime franquiste dont sont responsables le réformisme, le stalinisme et l’anarchisme.

jeudi 20 novembre 2025

Michèle Audin et son combat

Michèle Audin et son combat

Publié le 19/11/2025

Michèle Audin, née en 1954, est décédée vendredi 14 novembre. Elle avait consacré une grande partie de sa vie au combat pour la reconnaissance de l’assassinat de son père par l’armée française en 1957.

Le mathématicien communiste Maurice Audin (1932-1957) avait été arrêté, torturé et assassiné par les parachutistes français à Alger. C’était l’époque de la sale guerre d’Algérie, alors que le gouvernement du SFIO Guy Mollet, dont un certain François Mitterrand avait été ministre, donnait à l’armée des pouvoirs considérables, envoyait le contingent en Algérie, et couvrait les crimes de la guerre coloniale. Sur Maurice Audin, la version officielle était qu’il s’était échappé d’une jeep... Sa veuve Josette s’était engagée dans un long combat pour la vérité, combat mené ensuite avec les enfants du couple, Pierre et Michèle, jusqu’à ce qu’en 2018 Macron reconnaisse enfin la responsabilité de l’État français dans cet assassinat.

Michèle Audin était mathématicienne et romancière, autrice de livres souvent centrés sur l’histoire des opprimés et de leurs combats. Passionnée par la Commune de Paris, elle y consacrait un blog avec de nombreux articles et documents (macommunedeparis.com), et elle avait écrit plusieurs ouvrages sur l’événement, comme une présentation d’écrits d’Eugène Varlin ou une histoire de la Semaine sanglante, parus aux éditions Libertalia. Chaque fois, elle venait les présenter avec enthousiasme à la fête de Lutte ouvrière à Presles, et celles et ceux qui venaient l’écouter regretteront sa chaleur et son enthousiasme quand il s’agissait d’évoquer les luttes du passé.

                                                 Michel Bondelet (Lutte ouvrière n°2990)