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samedi 1 août 2026

Espagne 1936 : la révolution trahie par le Front populaire

 Espagne 1936 : la révolution trahie par le Front populaire

Le 17 juillet 1936, en Espagne, commençait le soulèvement de l’armée dirigée par Franco visant à abattre la république, et surtout à écraser sous la dictature les classes populaires. Il allait en retour déclencher de véritables mouvements révolutionnaires et provoquer trois ans de guerre civile.

Publié le 29/07/2026

Depuis l’avènement de la République en 1931, les classes possédantes liées aux militaires et aux partis réactionnaires tentaient de sauver leur dictature. Celle-ci était confrontée à une classe ouvrière et à une paysannerie en révolte dans cette Espagne pauvre qui gardait encore bien des aspects féodaux.

La classe ouvrière, qui prenait de plus en plus confiance dans sa force, possédait de nombreux partis et syndicats. Le courant anarchiste y jouait un rôle déterminant, au travers de la Confédération nationale du travail (CNT) et de la Fédération anarchiste ibérique (FAI). Le Parti socialiste dirigeait l’important syndicat UGT. Le Parti communiste lié à l’URSS stalinienne, en cette année 1936, disposait d’une implantation bien moindre, de même que le Parti ouvrier d’unification marxiste, le POUM, opposé à la politique stalinienne.

Le Front populaire contre la révolution

Le 16 février 1936, le Front populaire remporta les élections. Cette alliance signée un mois plus tôt regroupait des partis bourgeois, la gauche républicaine d’Azaña, l’Union républicaine de Martinez Barrio, la gauche catalane de Companys, et les partis ouvriers, le Parti communiste (PC), le Parti socialiste (PSOE), ainsi que le POUM qui justifiait l’accord par le fait que la loi électorale le lui imposait pour avoir des députés. La CNT n’adhéra pas à l’alliance mais, pour la première fois, elle n’appela pas à l’abstention. Or le programme du Front populaire ne reprenait aucune des revendications essentielles des travailleurs. Les républicains avaient fait inscrire qu’ils n’acceptaient pas « le principe de la nationalisation des terres ni leur remise gratuite aux paysans ». La seule concession y figurant était la promesse d’une amnistie pour tous les prisonniers condamnés suite à la révolte des Asturies de 1934.

Aussitôt la victoire électorale proclamée, Azaña forma un gouvernement composé de républicains bourgeois, que les partis ouvriers soutinrent sans y participer. Les masses n’attendirent cependant pas la signature du décret d’amnistie pour intervenir. Le 17 février, des manifestants ouvrirent les portes des prisons et des grèves commencèrent pour la réintégration immédiate des condamnés ou licenciés. Deux mois plus tard, le 17 avril, une grève commencée à Madrid marqua le début d’un mouvement général touchant toutes les villes importantes. La situation était également révolutionnaire à la campagne où les occupations de terres se multipliaient.

Entre février et juillet, le gouvernement d’Azaña tenta d’éteindre le feu révolutionnaire. Il déclara les grèves illégales et fit arrêter des grévistes, faisant les yeux doux à l’armée alors que la caste des officiers, intrinsèquement hostile à la République, préparait son coup d’État.

Alors que les milices d’extrême droite, dont la Phalange, se mobilisaient, attaquant les locaux des partis ouvriers, assassinant des grévistes, des militants, des vendeurs de journaux, et que grandissait la menace d’un coup d’État militaire, les organisations ouvrières se contentaient d’appeler les masses à se fier au gouvernement du Front populaire.

La révolution à l’ordre du jour...

Pourtant, les travailleurs se montrèrent capables d’affronter l’armée de Franco. Dès le 19 juillet, le prolétariat de Barcelone et des villes voisines réagit. Sans attendre le gouvernement qui, de toute façon, avait refusé d’armer les travailleurs, ceux-ci s’emparèrent d’armes sur les navires de guerre du port, dans les magasins de chasse, sur les chantiers, et même dans quelques dépôts gouvernementaux. Après de furieux combats, les militaires durent capituler. Barcelone était aux mains des travailleurs en armes.

À Madrid, suivant l’exemple de Barcelone, le 20 juillet la population ouvrière se rendit elle aussi maîtresse de la ville. De même, dans de nombreuses villes industrielles, dans des villages, les travailleurs prirent les choses en main. Des soldats refusèrent de tirer sur eux, retournant leurs armes contre leurs officiers.

Dans les quartiers, des comités de défense se mirent en place. Toutes les organisations ouvrières constituèrent des milices de façon indépendante du gouvernement républicain. À Barcelone, les travailleurs de la CNT assurèrent la distribution de l’eau, du gaz et de l’électricité, firent rouler à nouveau les tramways et les trains, organisèrent le ravitaillement et sa répartition, remirent en route la production industrielle. Les maisons des riches furent réquisitionnées, les hôtels de luxe transformés en restaurants populaires. Pour coordonner ces initiatives, les dirigeants anarchistes de la CNT mirent en place un « comité central des milices » en s’adjoignant des représentants des autres organisations.

Dans les campagnes, les paysans prirent les terres, formèrent des comités pour l’approvisionnement des villes en coordination avec les milices et les syndicats.

… trahie par le Front populaire

Le coup d’État de Franco fut donc d’abord un échec. Dans une grande partie de l’Espagne, les travailleurs tenaient les rênes. Cependant, aucun pouvoir ouvrier et paysan centralisé ne fut mis en place. Au contraire, les dirigeants des organisations ouvrières continuaient de faire allégeance à la république et à s’en remettre au gouvernement du Front populaire.

Au fil des mois, le Parti socialiste et le Parti communiste mirent toute leur énergie à enchaîner les travailleurs derrière le pouvoir républicain bourgeois, en prétextant les nécessités de la guerre contre l’armée franquiste, qui occupait toute une partie du territoire. Pour eux, il fallait d’abord défendre la république, la révolution viendrait après. C’était en réalité une façon d’enterrer la révolution. Les dirigeants anarchistes, de leur côté, opposés par principe à toute forme de pouvoir, refusèrent de constituer un véritable pouvoir ouvrier, et finirent par participer à ce gouvernement qui se donnait pour tâche de rétablir l’ordre bourgeois.

L’élan révolutionnaire de juillet 1936 allait ainsi être brisé par le gouvernement républicain avant d’être écrasé par la dictature franquiste, finalement victorieuse en février-mars 1939.

Trotsky concluait dans Leçons d’Espagne en décembre 1937 : « Les ouvriers et les paysans ne sont capables d’assurer la victoire que quand ils mènent la lutte pour leur propre émancipation. Les soumettre dans ces conditions à la direction de la bourgeoisie, c’est assurer d’avance leur défaite dans la guerre civile. […] L’histoire moderne des sociétés bourgeoises est pleine de Fronts populaires de toutes sortes, c’est-à-dire de combinaisons politiques les plus diverses pour tromper les travailleurs. L’expérience espagnole n’est qu’un nouvel anneau tragique de cette chaîne de crimes et de trahisons. »

                                                   Aline Retesse (Lutte ouvrière n°3026)

dimanche 14 juin 2026

Il y a 90 ans Juin 1936 : les accords Matignon, une manœuvre contre-révolutionnaire

 Il y a 90 ans Juin 1936 : les accords Matignon, une manœuvre contre-révolutionnaire

Il y a 90 ans, le 7 juin 1936, alors que cinq millions de travailleurs en grève occupaient les usines, les chantiers, les mines et jusqu’aux grands magasins, les représentants du grand patronat et ceux de la CGT signaient les accords de Matignon.

Publié le 10/06/2026

Signés sous l’égide du gouvernement de Front populaire, les accords Matignon comprenaient la mise en place des conventions collectives, les quarante heures hebdomadaires, deux semaines de congés payés, des augmentations de salaire importantes. Le patronat cédait beaucoup, par peur de tout perdre. Mais il gardait l’essentiel, c’est-à-dire la propriété des moyens de production et un État à son service corps et âme, gouvernement de Front populaire compris.

Ces accords sont depuis lors qualifiés de conquêtes sociales, fêtées par les directions syndicales et les partis de gauche. Mais fondamentalement, il s’agissait d’une escroquerie faisant déboucher une grève générale puissante sur une défaite politique.

Les années 1930 étaient celles de la pire crise économique du monde capitaliste. Le chômage et la misère ravageaient les pays les plus industrialisés, à commencer par l’Allemagne et les États-Unis. La lutte de classe s’exacerbait sous toutes ses formes et devenait une lutte pour la vie. En janvier 1933, la bourgeoisie allemande porta Hitler au pouvoir, afin d’étrangler les travailleurs et de réarmer le pays. C’était un avertissement pour les ouvriers du monde entier et il fut ressenti comme cela en France, parmi les centaines de milliers de prolétaires organisés par la CGT, le Parti socialiste et le PCF.

Mois après mois, de grèves en meetings, de mutineries en manifestations, au cours des années 1934 et 1935, les exploités prenaient conscience de leur force et affluèrent dans les organisations ouvrières. La traduction électorale de cette montée fut la victoire des partis de gauche aux élections législatives d’avril 1936 et la constitution d’un gouvernement de Front populaire sous la présidence du socialiste Léon Blum. À la fin du mois de mai, les grèves se généralisèrent et devinrent une grève générale sans que personne n’y ait appelé. Ce mouvement s’accompagna, à la grande terreur des patrons, de l’occupation des lieux de travail, c’est-à-dire d’une atteinte caractérisée au droit de propriété. Cela non plus, les dirigeants syndicaux n’y avaient pas appelé et ceux du Front populaire encore moins. Moins de vingt ans après la vague révolutionnaire de l’après- guerre, la France semblait au bord de la révolution prolétarienne.

Le patronat, paniqué, était bien incapable de reprendre ses usines à cinq millions de grévistes soutenus par toute la population. Il supplia donc Blum de bien vouloir se hâter, se rendit aux négociations et céda sur tout ce qui, d’après les chefs syndicaux, devait suffire à faire rentrer le fleuve ouvrier dans son lit. « Il faut savoir terminer une grève quand satisfaction a été obtenue » déclara Maurice Thorez, le chef du PCF, au lendemain des accords avant de peser de tout le poids de son appareil militant, aidé par la CGT et le PS, pour faire cesser la grève, puisqu’elle était « victorieuse ».

L’été 1936, suivant la légende, se passa donc sous le signe de la victoire ouvrière, de la puissance de la gauche, de la joie générale et des premiers congés payés. Rien n’était pourtant réglé. Le 17 juillet, le coup d’État du général Franco, en Espagne, montrait que l’époque était à la lutte à mort entre la bourgeoisie et le prolétariat plus qu’aux randonnées cyclistes. En même temps, la marche à la guerre continuait et les gouvernements revenaient, sous ce prétexte, sur tout ce que la grève avait arraché. Finalement, en septembre 1939, la guerre atteignit l’Europe occidentale, les congés se transformèrent en appel sous les drapeaux, les députés élus en 1936 votèrent les pleins pouvoirs à Pétain et les précaires « acquis sociaux » finirent sous les bombardements.

Aujourd’hui les travailleurs devraient se méfier comme de la peste des partis et des dirigeants qui présentent la politique de Front populaire de 1936 comme le modèle à suivre. À ne pas étudier l’histoire, on est condamné à la revivre.

                                                          Paul Galois (Lutte ouvrière n°3019)

dimanche 3 mai 2026

Argenteuil, espace mémoriel Gabriel Péri, la municipalité doit revenir en arrière

Si c’est une erreur, il suffit de la réparer !

  


Lundi 4 mai, à 18 heures, la section d’Argenteuil du PCF organise un rassemblement devant la statue de Gabriel Péri, avenue éponyme, dont la destruction de l’espace mémoriel a commencé à être détruit il y a plusieurs semaines.

         Cette mémoire n’est pas celle d’un fait simple fait historique ancien mais une partie du patrimoine politique local, en particulier pour le PCF, dont ce parti continue à se réclamer, au-delà du caractère dramatique de la mort du député Gabriel Péri, au vue de quelques commentaires sur ce que j'ai écrit.

         Ce que nous reprochons à la municipalité d’Argenteuil, c’est qu’elle n’ait pas eu l’idée de ce que représentait cette mémoire toujours vivante, et ait sans apparemment se poser trop de questions commencé la destruction de cet espace mémoriel. Si j’avais été présent ce jour-là à Argenteuil, personnellement, j’aurais été solidaire sur ce plan, de l’initiative du PCF.

         Passant hier dans le secteur, j’ai pu constater que la démolition de l’espace ne s’était pas poursuivi et que la photo prise dix jours plutôt ci-dessus était toujours valable.

         La municipalité se pose peut-être des questions, et considère aujourd’hui qu’elle a agi avec précipitation dans cette affaire. Qu’elle le reconnaissance simplement publiquement, et qu’elle tire les conclusions aujourd’hui de son erreur. DM

 

vendredi 1 mai 2026

La fête de Lutte ouvrière 2026, les 23, 24, 25 Mai, une éclaircie fraternelle dans ce monde de brute : des conférences, en veux-tu, en voilà !

 

La Fête de Lutte ouvrière : samedi 23, dimanche 24 et lundi 25 mai àPresles

Les 23, 24 et 25 mai se tiendra le grand rassemblement annuel de Lutte ouvrière dans le parc boisé de Presles, dans le Val-d’Oise. Ce seront trois jours de débats politiques, de spectacles, de jeux, d’animations, d’échanges, de découvertes lors de conférences scientifiques, de rencontres avec des d’historiens, des spécialistes du Moyen Âge ou de la préhistoire, des scientifiques. Sans parler des très nombreuses spécialités culinaires à goûter sans modération !

Jusqu’au 10 mai : 15 euros l’entrée pour les 3 jours !

Achetés à l’avance : des bons de réduction !

Renseignements, billetterie, programme : http://fete.lutte- ouvriere.org

À Argenteuil :

MDommarie@aol.com

 

 

Demandez le programme

 

Connaître, comprendre, débattre