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samedi 18 avril 2026

Iran : destructions et haine anti-impérialiste

 Iran : destructions et haine anti-impérialiste

Après la menace de Trump de « ramener l’Iran à l’âge de pierre », les armes se sont tues, sans doute très provisoirement. Mais avant le cessez-le-feu, les attaques se sont intensifiées.

Publié le 15/04/2026

Ces bombardements ont fait des milliers de victimes civiles. Ils ont visé un pont pas encore inauguré près de Téhéran, près duquel des familles pique-niquaient en se pensant à l’abri, l’université des sciences de Sharif et même une synagogue. Les secouristes du Croissant Rouge ne sont pas non plus épargnés, même dans leurs ambulances. Les bombes ont touché des sites industriels en fonctionnement, comme la centrale nucléaire de Boushehr, dont 200 employés russes ont dû être évacués. Près d’Ispahan, 15 ouvriers ont été tués lors d’une frappe sur une usine fabriquant des équipements de chauffage et de climatisation.

Des dépôts pétroliers, des industries gazières, des aciéries ont été touchés. Les deux plus grandes aciéries du pays sont à l’arrêt, endommagées par des bombardements. Celle de Mobarakeh, employant plusieurs dizaines de milliers de salariés, fournit en tôle d’acier des usines de l’automobile, d’électroménager, de la construction, qui vont se retrouver à court de matières premières et seront à leur tour mises à l’arrêt. La grande majorité des travailleurs a des contrats précaires, sans assurance ni protection. Des milliers se retrouvent sans revenu, licenciés quand leur usine s’arrête. La plupart des travailleurs qui ont encore un emploi doivent se déplacer pour gagner leur vie. Beaucoup sont contraints de rester dans les villes bombardées, faute d’argent, de moyens pour se déplacer ou de point de chute.

Quand le lieu de travail n’est pas touché par une bombe, c’est parfois le logement ou les proches. L’inflation a atteint au 20 mars le rythme record de 50 % annuel. Les décisions des employeurs face à la catastrophe économique s’y ajoutent car les patrons font toujours payer leurs déboires aux salariés, même quand ils ne licencient pas. Ainsi, une grande chaîne de magasins d’Ispahan a décidé de baisser les salaires pour compenser la baisse des ventes. De nombreuses familles iraniennes s’appuient sur le soutien de leurs proches, émigrés dans les pays du Golfe. Mais les quelque 500 000 Iraniens qui y vivent ont vu leur visa annulé et les établissements iraniens implantés à Dubaï ou ailleurs ont dû fermer suite à la guerre. Là encore, leurs employés se retrouvent sans revenu et sans rien à envoyer en Iran.

Même si le cessez-le-feu, précaire et fragile, a pu soulager la population qui était sous les bombes depuis plus de 40 jours, la furie impérialiste favorise une certaine union nationale. Des chaînes humaines autour des centrales électriques ont rassemblé des milliers de volontaires qui soutiennent le régime mais aussi de simples pacifistes, comme ce musicien venu jouer « pour la paix ». Une opposition aux négociations avec les États-Unis, vues comme une trahison, s’est même exprimée : certains reprochent aux dirigeants de ne pas « venger » les victimes iraniennes des bombardements israélo-américains et d’abandonner les combattants du Hezbollah en excluant le Liban du cessez-le-feu. La haine suscitée par l’impérialisme parmi la population donne au régime, malgré la traque des opposants qualifiés de « traîtres », malgré la poursuite des exécutions de prisonniers, le moyen politique de tenir et de résister aux exigences américaines.

                                                Élise Patach (Lutte ouvrière n°3011)

vendredi 10 avril 2026

Iran : la rage de l’impérialisme

 Iran : la rage de l’impérialisme

Au matin du 8 avril, le monde a appris qu’un cessez-le-feu était conclu pour deux semaines entre les États-Unis et l’Iran, comportant la fin des bombardements en échange du déblocage du trafic dans le détroit d’Ormuz. Trump avait changé de ton, parlant d’un bon accord et le présentant comme une victoire. Ce qui sera loin de convaincre.

Publié le 08/04/2026

Alors que l’Iran continuait de lui tenir tête, Trump avait multiplié les sorties outrancières agrémentées de la vulgarité qui caractérise le personnage. « Ouvrez ce putain de détroit, bande de tarés », avait-il proféré le 6 avril.

Trump a multiplié les menaces, promettant de « ramener l’Iran à l’âge de pierre », de le détruire « en une seule nuit », de rendre « définitivement inutilisables » toutes les centrales électriques du pays, ainsi que de démolir « chaque pont en Iran ». Ces déclarations donnaient surtout l’image d’un dirigeant qui s’excite et gesticule d’autant plus qu’il est incapable de parvenir à l’objectif qu’il s’était vanté d’atteindre.

Après plus d’un mois de bombardements, le pouvoir iranien ne s’est pas effondré. Alors qu’il était vomi par toute une partie de sa propre population après la répression terrible des manifestations du début d’année, il semble avoir retrouvé un certain soutien auprès d’une partie des Iraniens, hostiles à l’intervention américaine. Et face au blocage du détroit d’Ormuz et à ses conséquences catastrophiques sur toute une partie de l’économie mondiale, Trump est apparu totalement impuissant.

Même la supériorité américaine n’apparaît plus aussi écrasante depuis que, vendredi 30 avril, un avion de chasse F-15 a été abattu dans le ciel iranien. À cet affront à la puissante technologie militaire américaine s’est ajoutée la peur pour le gouvernement américain de voir un des deux pilotes de cet avion capturé. Si le régime iranien avait pu exhiber ce prisonnier aux yeux de la planète entière, cela aurait représenté une humiliation supplémentaire pour les États-Unis. C’est pourquoi l’armée américaine a déployé des moyens gigantesques pour récupérer ce pilote sur le territoire iranien.

Des négociations ont en fait eu lieu pendant que Trump s’agitait, le Pakistan servant d’intermédiaire. Rien ne dit que le cessez-le-feu débouche sur une cessation durable de la guerre. Les dirigeants israéliens, pour leur part, ont annoncé qu’ils continueraient leur offensive au Liban. Les états-majors négocient en faisant parler les armes au maximum, avec la peau des populations. Selon une organisation humanitaire basée aux États-Unis au moins 3 500 personnes auraient été tuées en Iran depuis le début de la guerre, dont 1 600 civils, et 244 enfants.

Trump, à la tête de la première puissance mondiale, voulait faire une démonstration de force. Pour le moment, il a surtout démontré qu’il ne suffit pas de déverser des tonnes de bombes sur un peuple pour imposer sa loi. Et c’est déjà un revers.

                                                           Pierre Royan (Lutte ouvrière n°3010)

mardi 31 mars 2026

Iran : la population sous les bombes

Iran : la population sous les bombes

Semaine après semaine, la population iranienne subit les bombardements des armées américaine et israélienne, en plus de la répression du régime, qui ne faiblit pas.

Publié le 25/03/2026

 

Rien n’est organisé par l’État pour se mettre à l’abri, les communications avec l’extérieur du pays sont coupées. L’angoisse est permanente. La vie des uns et des autres ne semble tenir qu’au hasard des déplacements et des points de chute des bombes, en particulier dans la capitale, Téhéran. Dès que la vie reprend son cours, c’est pour être soudainement interrompue par des bombardements meurtriers. À chaque sortie, c’est la peur de ne pas revenir, ou de retrouver dans les décombres d’une pièce détruite ses enfants tués par l’explosion, comme ce père de quatre petites filles dont une seule a survécu.

Les États-Unis ont utilisé pour la première fois, le 18mars, leurs nouvelles bombes anti-bunkers, des munitions à pénétration profonde, vantées par larmée de lair américaine comme ayant « une capacité de survie accrue, une létalité renforcée, un système de mise à feu intelligent ». Au 21mars, le ministère de la Santé iranien comptait 1 500 morts civils, une ONG basée aux USA en comptait plus de 3 000, dont 15 % seraient des enfants. La journée du lundi 23mars a été particulièrement meurtrière, avec au moins 175 morts, principalement dans des bâtiments résidentiels. Depuis le début de la guerre, le Croissant rouge iranien estime que plus de 50 000 logements ont été endommagés.

La guerre et l’arrêt des importations conduisent à des pénuries d’eau et de médicaments. Les malades greffés ne trouvent plus de traitement antirejet. Les hôpitaux, dépassés, déprogramment les interventions et interrompent les campagnes de vaccination. Plusieurs ont été touchés par les bombardements, et ceux qui peuvent encore fonctionner doivent aussi soigner les blessés. L’OMS, l’Organisation mondiale de la santé, a recensé 18 attaques contre des services de santé, qui auraient fait au moins huit morts parmi les soignants, tandis que le ministère de la Santé évoque 300 centres médicaux touchés. Les hôpitaux avaient déjà perdu du personnel en janvier avec l’arrestation et l’exécution de soignants qui avaient secouru des manifestants. Plusieurs dizaines de médecins auraient ainsi été arrêtés, et un chirurgien serait menacé d’exécution.

Car la répression continue. Les prisons se remplissent de gens présentés comme des espions à la solde de l’impérialisme. La guerre renforce le sentiment national et facilite la chasse à toute opposition. Le régime semble avoir toléré des rassemblements à l’occasion des fêtes de Norouz, le nouvel an persan, la semaine du 18 mars, alors qu’il avait annoncé qu’il tirerait sur les contrevenants au couvre-feu. Mais des dizaines d’arrestations ont été menées au cours du mois de mars, sous divers prétextes, contre des participants au mouvement de début janvier et leurs proches. Les exécutions publiques ont repris. Trois jeunes notamment ont été pendus jeudi 19mars pour avoir manifesté le 8janvier, après des aveux sous la torture, tandis que trois autres plus jeunes encore, de 16 à 17 ans, sont aussi menacés de la peine de mort.

La population est prise en étau entre les bombardements impérialistes et la répression du pouvoir.

                                                        Élise Patach (Lutte ouvrière n°3008)

 

mardi 17 mars 2026

Mort d’un soldat en Irak : « On croit mourir pour la patrie... »

Engagés ou pas, chair à canon !

 

 

Ces jours derniers, un militaire français est mort dans une attaque de drone en Irak, dans la région d'Erbil, cinq autres ont été blessés. C'est le premier mort de l’armée française dans la région depuis le déclenchement des bombardements américano-israéliens sur l'Iran.

         Emmanuel Macron a déclaré qu'il était « mort pour la France ». En réalité, comme tous les soldats transformés en chair à canon par les dirigeants impérialistes, il est mort pour protéger les intérêts des capitalistes français, pas la population.

 

vendredi 13 mars 2026

Iran : Ni Trump, ni Pahlavi, ni Khamenei !

 

Iran : Ni Trump, ni Pahlavi, ni Khamenei !

Au dixième jour de la guerre, les bombes israélo-américaines tombaient chaque jour en Iran, non seulement sur des casernes et des installations militaires mais aussi sur des immeubles d’habitation et des infrastructures.

Publié le 12/03/2026

 


À l’angoisse que son immeuble soit visé ou ses proches tués, s’ajoutent pour la population les difficultés pour s’approvisionner alors même que le pays est frappé depuis des années par l’embargo américain et l’hyperinflation. À Téhéran, le bombardement de plusieurs dépôts de carburant, le 8mars, a provoqué d’immenses incendies, suivis de pluies noires acides qui brûlent la peau, asphyxient les habitants et polluent les sols et les nappes phréatiques. Deux jours plus tard, le secrétaire américain à la Guerre annonçait que le pire était à venir : « Le 11mars sera le jour le plus intense de frappes. »

Voilà comment les dirigeants de l’impérialisme entendent « libérer » le peuple iranien de la dictature des mollahs ! Si, parmi les témoignages qui parviennent d’Iran, la haine du régime est toujours présente, on ne voit plus les scènes de liesse qui avaient suivi la mort de l’ayatollah Khamenei, le 28février. Seuls les partisans en exil de Pahlavi, le fils de lancien chah, complaisamment relayés dans les médias et qui prétendent sans gêne parler au nom de tous les Iraniens, osent voir dans ce tapis de bombes une entreprise de libération ayant l’assentiment de la population.

Loin de s’effondrer après l’élimination du premier cercle dirigeant, le régime a continué à organiser sa riposte militaire, frappant des bases et des installations américaines et d’autres cibles dans les pays du golfe Persique, en Israël, en Irak, en Jordanie ou en Azerbaïdjan. Un nouveau Guide suprême a été désigné en la personne de Mojtaba Khamenei, le fils du précédent. Ali Laridjani, rejeton d’une riche famille, proche des Pasdarans et chef du Conseil suprême de sécurité, tient en main l’appareil d’État. Sans surprise, les bombardements israélo-américains ont pour effet de renforcer le sentiment national iranien et de redonner de la légitimité à un régime pourtant discrédité après le massacre perpétré en janvier contre des millions de manifestants désarmés.

En Iran, mais aussi parmi les exploités de nombreux pays, cette nouvelle agression israélo- américaine a pour effet de faire apparaître les mollahs et les Pasdarans comme des résistants face à la domination impérialiste. C’est une terrible impasse car, si Trump et Netanyahou sont sans conteste les agresseurs, les dirigeants de la République islamique se cachent depuis 47 ans derrière les slogans anti-impérialistes pour piller l’Iran, accumuler des fortunes et exploiter leur propre peuple. Les classes populaires, la jeunesse et plus encore les millions de travailleurs d’Iran ont montré leur courage et leur force à de nombreuses reprises dans le passé proche ou lointain. Pour se libérer, à la fois du régime des mollahs et de la domination impérialiste, ils ne peuvent compter que sur leurs propres luttes et les liens qu’ils sauront établir avec les opprimés du monde entier.

                                                   Xavier Lachau (Lutte ouvrière n°3006)