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samedi 24 janvier 2026

Iran : les massacreurs et leurs complices

Iran : les massacreurs et leurs complices

Du 8 au 10 janvier, confrontés à l’amplification des manifestations, les dirigeants de la République islamique ont réagi en procédant à un bain de sang. Les forces de répression auraient fait des milliers, voire selon certaines sources 12 000 morts, bien plus de blessés graves et procédé à des arrestations massives.

Publié le 21/01/2026 

 

En dépit de la coupure d’Internet, les témoignages concordent. Le soir du 8 janvier, des foules massives, certains évoquant un million de personnes à Téhéran et quatre à cinq millions dans l’ensemble du pays de 92 millions d’habitants, des hommes et des femmes de divers milieux sociaux, de tous les âges, sont descendus dans la rue pour défier le régime. Les appels à manifester du fils de l’ancien chah, lancés depuis son exil américain et relayés avec complaisance par les médias occidentaux, n’ont sans doute joué qu’un rôle marginal. Ce raz- de-marée témoigne de la haine que suscite désormais le pouvoir. Ses dignitaires provoquent l’effondrement monétaire, affament la population, paient les salaires avec retard, ruinent les commerçants, assèchent les cours d’eau, tout en imposant un ordre moral réactionnaire, en traquant ceux qui refusent de se soumettre. Parallèlement, ils vivent eux-mêmes dans le luxe et placent leurs fortunes à l’étranger.

Menacé dans son existence, le régime a planifié le massacre en mobilisant les troupes des Gardiens de la révolution et en coupant toutes les communications. Des tireurs placés sur les toits ou aidés de véhicules équipés de mitrailleuses, des policiers fusil en main sont entrés en action : les manifestants désarmés ont été tués à bout portant, rendus borgnes et aveugles, traqués jusque dans les hôpitaux. Le massacre semble avoir duré deux jours, les manifestations s’étant poursuivies le 9 janvier voire le 10. Des images de morgues saturées et de sacs mortuaires entassés, avec des familles à la recherche de leurs proches et parfois contraintes de payer pour récupérer les corps, ont été diffusées par le régime pour ajouter à la terreur. Quand leur ordre a ainsi été rétabli, les dirigeants, le président dit réformateur Pezeshkian en tête, ont fait défiler les partisans qui leur restent fidèles, rassemblant quelques centaines de milliers de personnes à Téhéran et dans d’autres grandes villes.

Les dirigeants de l’impérialisme partagent la responsabilité de ce massacre, et pas seulement parce qu’ils entretiennent un embargo qui étrangle la population. Durant ces journées sanglantes, le chef de la diplomatie iranienne s’est vanté qu’un « canal de communication » a été maintenu avec Steve Witkoff, envoyé spécial de Trump. Ce dernier a encouragé les manifestants en les appelant « à prendre le contrôle de leurs institutions » et en prétendant leur apporter un soutien par une intervention militaire « si les dirigeants iraniens tirent sur les manifestants ». Puis, après être resté silencieux durant trois jours, il a lâché, faussement naïf : « on me dit que les massacres ont cessé... que les condamnés à mort ne seront pas exécutés. »

Trump partage avec les dirigeants iraniens la même crainte : une révolution populaire en Iran serait pour lui un saut dans l’inconnu. La fin de la République islamique pourrait entraîner des bouleversements dans tout le Moyen-Orient. Les dirigeants de l’impérialisme et leurs alliés régionaux, Israël, la Turquie, l’Arabie saoudite, qui ont combattu l’Iran ces dernières années, n’ont rien à redire quand les Pasdarans tirent sur leur peuple. Ce n’est pas cela que Trump reproche à Khamenei et ses sbires, mais bien de vendre leur pétrole à la Chine, de maintenir des relations étroites avec la Russie de Poutine et de ne pas être assez soumis aux intérêts des capitalistes américains. Quant à faire intervenir l’armée des États-Unis pour occuper vraiment le terrain, mieux vaudrait pour Trump de ne le faire qu’après que le régime aura pris sur lui de mater toute rébellion.

De leur côté, les dirigeants européens s’offusquent à la fois des massacres en Iran et du cynisme de Trump. Ils en appellent à un « droit international » que personne ne respecte, même pas eux, mais ils ne valent pas mieux. Ils ont obtempéré quand Trump a déchiré l’accord sur le nucléaire qui avait été conclu avec l’Iran, acceptant de rétablir les sanctions et cessant tous leurs investissements dans ce pays. Ils prétendent soutenir les opposants mais ferment leurs frontières et refusent les visas. Comme le constatait un réfugié iranien arrivé en Turquie : « Les droits de l’homme et tout ça c’est du pipeau. Les Américains ou les Européens veulent juste un deal avec l’Iran, mettre un dollar pour en récupérer deux ».

Le massacre que le pouvoir vient d’accomplir a certainement plongé une partie des Iraniens dans le désespoir, réduits à compter leurs morts. Mais il aura encore accru la rage, la haine contre ce régime, dont les jours sont certainement comptés.

                                                  Xavier Lachau (Lutte ouvrière n°2999)

 

samedi 17 janvier 2026

Iran : la seule voie : celle des travailleurs

 Le règne des patrons et des mollahs doit finir !

L’appel suivant, signé Conseils ouvriers de la ville d’Arak, une ville située à environ 300 kilomètres de Téhéran, a été publié dans le journal communiste turc Evrensel.

Publié le 14/01/2026

« Depuis des décennies, notre travail est récompensé par des balles et nos revendications sont accueillies par des peines de prison. Mais aujourd’hui, le silence a pris fin. Nous, les travailleurs des usines d’Arak, nous continuerons à lutter et nous déclarons clairement :

Désormais, la gestion des usines Makine Sazi, Azarab et Vagon Pars sera entre les mains des conseils ouvriers élus par les travailleurs. Nous ne reconnaissons plus les dirigeants nommés par l’État ni les syndicats fantoches du régime.

Notre grève ne concerne plus les salaires. Nous demandons aux citoyens d’Arak de créer des conseils de quartier pour gérer la sécurité et la logistique. Les usines sont notre foyer à tous.

Toute tentative d’entrée forcée dans les complexes industriels ou d’arrestation de nos représentants sera considérée comme une déclaration de guerre à toute la ville. Si une seule goutte de sang des travailleurs est versée, les flammes de la révolte ne laisseront aucune trace du pouvoir.

Nous ne sommes pas ici uniquement pour réclamer le paiement des salaires impayés. Nous sommes ici pour décider de la manière dont ces usines et ce pays doivent être gérés. Le règne des patrons et des mollahs est révolu.

                                            Le 11 janvier 2025 »

                                                                                (Lutte ouvrière n°2998)

 

Aujourd’hui samedi 17 janvier.

Paris : Manifestation de solidarité avec les Iraniens en lutte

Contre la répression sanglante du régime à huis clos, des organisations de l'émigration iranienne appellent à manifester :

À 15 heures, Place du Panthéon à Paris 5°

Elles ont le soutien en France de différentes organisations syndicales et politiques de gauche.

Lutte ouvrière appelle ses militants et sympathisants, en se joignant à cette manifestation, à s'affirmer au côté des travailleurs et du peuple d'Iran qui subissent une répression sanglante.

 

Les prochaines permanences et rendez-vous prévus à Argenteuil et la région :

-Aujourd’hui samedi 17 janvier, de 10 h.25 à 10 h.55 devant Monoprix ;

-de 10 h.30 à midi, centre commercial de la cité Joliot-Curie ;

De 11 heures à midi au marché de la Colonie ;

-dimanche 18 janvier, de 10 h.25 à 10 h.55 devant l’Intermarché du Centre ;

-et de 11 h. à midi au marché Héloïse ;

-lundi 19 janvier, de 18 h. à 19 heures, centre commercial, cité des

Raguenets, St-Gratien.

vendredi 16 janvier 2026

Iran : Pahlavi, tel père, tel fils

 Pahlavi, tel père, tel fils

Depuis le début de la révolte en cours, Reza Pahlavi, le fils du chah (le roi en persan) déchu en 1979, cherche à sortir de son exil doré aux États-Unis pour se poser en alternative au régime des mollahs en Iran. Des médias montrent des manifestants brandissant son portrait, reprenant le slogan « Pahlavi, reviens ».

Publié le 14/01/2026

Certaines de ces images sont truquées et diffusées par les réseaux pro-américains et pro-israéliens. Si le chah a incontestablement des partisans, c’est d’abord dans la diaspora iranienne. Si, faute d’autre alternative à la dictature, une partie de la population se tourne vers cette solution, jusqu’à récemment le fils du chah avait bien peu de soutien. Et pour cause.

La monarchie des Pahlavi était un régime au service de l’impérialisme. Le père de Reza Pahlavi est arrivé au pouvoir pendant la Deuxième Guerre mondiale alors que les États-Unis et la Grande-Bretagne se partageaient les ressources pétrolières. Quand, en 1953, son Premier ministre libéral Mossadegh voulut nationaliser le pétrole, la CIA organisa un coup d’État contre lui, avec le soutien du chah, mettant hors jeu les nationalistes qui s’en prenaient aux intérêts américains. Le régime du chah fut pendant plusieurs décennies le principal gendarme des USA au Moyen-Orient, plus encore qu’Israël, disposant d’une armée équipée de matériel américain.

Cette monarchie se voulait moderniste mais les opposants politiques étaient pourchassés, disparaissaient sans laisser de trace et subissaient les tortures de la Savak, la police politique réputée dans le monde entier pour sa sauvagerie. Les militants des organisations ouvrières, socialistes ou communistes, nombreuses en Iran, en étaient les premières victimes. La Savak terrorisait la population, au point qu’il n’était pas imaginable de plaisanter sur le régime sans craindre une dénonciation.

En parlant d’une « révolution blanche », le régime modernisa le pays, développant l’industrie pour le bénéfice des capitalistes occidentaux, exploitant durement les travailleurs et creusant les inégalités. Ainsi, en 1971, pour célébrer les 2 500 ans de l’empire perse sur le site de l’antique capitale, Persépolis, le chah fit amener au milieu du désert des fontaines, des fleurs venues par avion de Hollande, 25 000 bouteilles de vin, 150 kg de caviar, pour accueillir les chefs d’État du monde entier. Les pauvres, eux, étaient évacués à des dizaines de kilomètres pour que leur terrible misère ne trouble pas la vue des invités à cette fête.

La dictature proaméricaine du chah a fini par dresser contre elle toute la population, des ouvriers aux commerçants en passant par les petits paysans et les pauvres des villes et toutes les organisations politiques, des partis de gauche aux partisans de l’ayatollah Khomeiny. En 1979, la monarchie fut donc renversée par une profonde révolte populaire. Cependant, celle-ci fut canalisée par les hommes de Khomeiny, avec la complicité des dirigeants impérialistes, qui l’aidèrent à revenir d’exil, et celle des dirigeants des partis de gauche, qui le présentèrent aux masses comme l’homme auquel elles devaient faire confiance.

Celui qui se présente aujourd’hui comme une alternative est l’héritier de cette monarchie, profondément inégalitaire, agent dévoué de l’impérialisme, féroce avec ses opposants. Reza Pahlavi, grandi en exil entre les États-Unis et la Suisse, n’a jamais renié cet héritage. Il trouve des soutiens parmi l’extrême droite du monde entier. Si Trump, prudent, marque encore ses distances, Pahlavi est soutenu par Netanyahou, le massacreur des Palestiniens, qui met à sa disposition ses moyens d’État pour le promouvoir.

Un retour de la dynastie Pahlavi au pouvoir ne pourrait qu’aboutir à une nouvelle dictature tout aussi féroce contre les exploités et au service de l’impérialisme. Ceux qui, en Iran, crient des slogans hostiles au chah comme aux mollahs, en ont bien conscience.

                                                         Élise Patach (Lutte ouvrière n°2998)

 

Les prochaines permanences et rendez-vous prévus à Argenteuil et la région :

-Aujourd’hui vendredi 16 janvier : de 16 h. à 16 h.30 au marché du Val ; (sous réserve)

Et au carrefour Babou du Centre, de 17h.15 à 18 h.15. ;

-samedi 17 janvier, de 10 h.25 à 10 h.55 devant Monoprix ;

-de 10 h.30 à midi, centre commercial de la cité Joliot-Curie ;

De 11 heures à midi au marché de la Colonie ;

-dimanche 18 janvier, de 10 h.25 à 10 h.55 devant l’Intermarché du Centre ;

-et de 11 h. à midi au marché Héloïse ;

-lundi 19 janvier, de 18 h. à 19 heures, centre commercial, cité des

Raguenets, St-Gratien.

jeudi 15 janvier 2026

Iran : des années de révolte

 Iran : des années de révolte

La révolte en cours montre une nouvelle fois la détermination de la population iranienne face à un régime corrompu, réactionnaire et dictatorial qui la plonge dans la misère et le dénuement tout en la privant de liberté.

Publié le 14/01/2026

Le mouvement actuel est le cinquième depuis 2009. Cette année-là, la réélection frauduleuse du conservateur Ahmadinejad face au réformateur Moussavi, représentant une fraction concurrente du régime, avait poussé la petite bourgeoisie urbaine dans les rues avec des slogans sur la liberté. Si les classes populaires ne s’étaient alors pas mobilisées, ce fut l’inverse à l’hiver 2017-2018 puis encore en novembre 2019, lors de révoltes contre la vie chère et l’augmentation du prix de l’essence, du gaz, des œufs et autres produits de première nécessité qui entraînèrent la population des villes moyennes, longtemps acquises au régime. Enfin en 2022, l’assassinat de Mahsa Amini par la police des mœurs a déclenché la révolte « femme-vie- liberté » dont la jeunesse de tout le pays a été le fer de lance mais qui a trouvé le soutien et la compréhension d’une large partie de la population.

Si chacun de ces mouvements a fini par être brisé, au prix de milliers de morts, de dizaines de milliers d’arrestations, de condamnations à des années de prison et souvent à la peine capitale, cette répression n’a pas empêché que d’autres éclatent. Entre deux vagues, les luttes des travailleurs, dont le moindre combat sur le terrain économique devient politique parce qu’il se heurte aux dignitaires du régime, n’ont jamais cessé. Dans le secteur pétrolier, les transports, la production sucrière, la santé, l’enseignement, des salariés se sont battus pour sauver leurs emplois, obtenir leur titularisation ou simplement toucher leur salaire ; des petits producteurs ont dénoncé les voleurs d’eau, industriels ou gros propriétaires terriens, qui détournent des rivières jusqu’à les assécher.

Le mouvement en cours semble entraîner toutes les catégories. On voit y participer des jeunes de Téhéran tout comme des femmes âgées voilées dans de petites villes de province. Poussés à bout par les privations, la faim, les salaires impayés, les menaces de faillite, le népotisme, l’arbitraire des autorités ou simplement l’absence de liberté et l’avenir bouché, beaucoup se montrent prêts à risquer leur vie ou leur liberté pour que cela cesse. Le mouvement mobilise aussi les travailleurs de grands centres industriels, ceux d’Arak, d’Ispahan, du Khouzestan, qui ont plusieurs fois montré leur capacité à s’organiser et dont certains semblent avoir lancé des appels aux soldats pour « qu’ils ne soient pas les assassins de leurs pères ».

Cette combativité renouvelée ne peut que forcer le respect. Elle montre que si réactionnaire et répressive soit-elle, une dictature ne peut jamais empêcher la révolte.

On ne peut que souhaiter que le régime tombe au plus vite mais aussi que les leçons du passé soient tirées. Pour qu’une révolution aboutisse et apporte un changement positif aux masses, il est vital qu’elles gardent elles-mêmes la direction de leurs combats. La classe ouvrière d’Iran, grâce à sa concentration, son rôle au cœur de la production et de l’extraction pétrolière et sa capacité à s’organiser, peut et doit en prendre la tête.

                                                         Xavier Lachau (Lutte ouvrière n°2998)

 

Les prochaines permanences et rendez-vous prévus à Argenteuil et la région :

-vendredi 16 janvier : de 16 h. à 16 h.30 au marché du Val ; (sous réserve)

Et au carrefour Babou du Centre, de 17h.15 à 18 h.15. ;

-samedi 17 janvier, de 10 h.25 à 10 h.55 devant Monoprix ;

-de 10 h.30 à midi, centre commercial de la cité Joliot-Curie ;

De 11 heures à midi au marché de la Colonie ;

-dimanche 18 janvier, de 10 h.25 à 10 h.55 devant l’Intermarché du Centre ;

-et de 11 h. à midi au marché Héloïse ;

-lundi 19 janvier, de 18 h. à 19 heures, centre commercial, cité des

Raguenets, St-Gratien.

mardi 13 janvier 2026

Éditorial des bulletins Lutte ouvrière d’entreprise du lundi 12 janvier 2026

 Iran : Le peuple en révolte peut décider de l’avenir !

12 janvier 2026

Manifestations au cri de « À mort le dictateur ! » qui visent l’ayatollah Khamenei ; bâtiments gouvernementaux en feu ; tirs à balles réelles sur les manifestants et amoncellement de morts dans les morgues… les images qui filtrent d’Iran témoignent d’une révolte qui s’étend à tout le pays et d’une répression déchainée.

Ce bain de sang peut arrêter la révolte, mais il peut aussi lattiser.

Ceux qui manifestent savent que le régime est sans pitié avec les contestataires. La révolte de la jeunesse, qui a secoué le pays après l’assassinat de Mahsa Amini par la police des mœurs pour un voile mal porté, s’est soldée par des dizaines de milliers d’arrestations et plus de 500 exécutions. Malgré cela, les Iraniens sont repartis au combat.

Ce type de courage et de combativité des masses a, bien souvent, changé le cours de l’histoire. Alors, cette révolte finira-t-elle par faire tomber cette dictature obscurantiste et antiouvrière ? Ce serait une première étape, et nous ne pouvons que l’espérer !

Les racines de cette révolte sont à la fois politiques et sociales. En Iran, comme partout ailleurs, le fossé s’est creusé entre une poignée de privilégiés et la population laborieuse. La bourgeoisie et les dignitaires du régime se sont considérablement enrichis au travers de l’exploitation et de la corruption. Eux peuvent disposer de tout malgré l’embargo américain !

Les dignitaires de la République islamique se veulent les champions de la contestation contre l’impérialisme, mais ils envoient leurs fils et leurs filles étudier et vivre aux États-Unis, qu’ils présentent pourtant comme « le grand Satan » ! Ils prêchent la religiosité, la soumission des femmes et les sacrifices à leur peuple, mais ils vivent dans le luxe et copient les mœurs occidentales !

De leur côté, les classes populaires subissent de plein fouet les pénuries d’eau ou de médicaments, les coupures d’électricité. Les travailleurs sont payés des semaines ou des mois en retard et ont vu leur pouvoir d’achat s’effondrer au point d’avoir du mal à se nourrir et se loger. C’est cette misère croissante qui touche désormais tout un pan de la petite bourgeoisie et a mis dans la rue même les commerçants du Bazar de Téhéran, jusque-là fidèles soutiens du régime.

Aujourd'hui, des centaines de milliers de femmes et d’hommes estiment ne rien avoir à perdre et veulent renverser le régime. Mais la question qui se pose, c’est par quoi le remplacer.

Les travailleurs iraniens sont bien placés pour savoir qu’une dictature peut en remplacer une autre. Les mollahs sont arrivés au pouvoir en 1979, en se portant à la tête d’une révolution contre une dictature pro-américaine honnie, celle du Chah, pour instaurer eux-mêmes une des pires dictatures.

Ironie de l’histoire, c’est aujourd'hui le fils du Chah, Reza Pahlavi, vivant jusqu’ici dans un exil doré aux États-Unis, qui tente de se propulser à la tête du soulèvement ! 

Pendant que les Iraniens risquent leur vie, une multitude de vautours sont prêts à fondre sur l’Iran.

Les États-Unis et Israël parlent d’intervenir militairement pour faire arrêter le massacre. Les hypocrites : avec le sang des Palestiniens qu’ils ont sur les mains, ils font partie des pires massacreurs !

En réalité, Trump et Netanyahou manœuvrent pour trouver un remplaçant au régime qui leur soit tout dévoué. Après tout, même parmi les Gardiens de la révolution, il peut exister des candidats au remplacement de Khamenei.

Une chose est certaine : les révoltés doivent se méfier des solutions de rechange imposées d’en haut. Celui qu’on leur présentera comme un « leader » sera choisi pour sa capacité à faire rentrer la population dans le rang et pour sa docilité vis-à-vis des États-Unis. La démocratie et la liberté des femmes ne seront pas plus son problème que celui de Trump !

Si les travailleurs iraniens ne veulent pas verser leur sang pour ceux qui les piétineront demain, ils doivent prendre la tête de la révolte, en se donnant leur propre organisation et leurs propres objectifs politiques. Lors des évènements révolutionnaires de 1979, les travailleurs iraniens avaient construit des conseils ouvriers mais s’étaient finalement laissé diriger par les ayatollahs. Les leçons de cette histoire et des dernières révoltes doivent être tirées.

Les travailleurs n’ont eu besoin de personne pour se révolter, ils n’ont besoin de personne pour se diriger et se gouverner ! C’est conscients de cela qu’ils peuvent transformer cette révolte en révolution et faire naître un régime d’une tout autre nature : un régime dirigé par les travailleuses et les travailleurs, le seul capable de s’attaquer à toutes les oppressions.

                                                                                 Nathalie ARTHAUD

vendredi 9 janvier 2026

Iran : une révolte qui s’étend

Iran : une révolte qui s’étend

Démarrée le 28 décembre par une grève des petits commerçants de Téhéran, une nouvelle vague de contestation du régime continue de s’étendre en Iran, touchant de nombreuses villes et entraînant des catégories sociales variées.

Publié le 07/01/2026

La réactivation en septembre des sanctions internationales contre l’Iran, en particulier l’embargo sur le pétrole, a accéléré la chute du rial, la monnaie iranienne, aggravant une inflation déjà supérieure à 50 %. Si les classes populaires, confrontées depuis longtemps aux difficultés pour se nourrir et payer leur loyer, aux pénuries d’eau ou de médicaments, aux coupures d’électricité, aux salaires payés en retard, sans parler de la corruption généralisée, sont touchées par cette hyperinflation, celle-ci frappe largement aussi la petite bourgeoisie.

Les commerçants qui achètent des produits importés payés en dollars pour les revendre en Iran sont étranglés. Ainsi le prix d’un téléphone portable a doublé en quelques jours. Les dernières annonces du régime, dévaluation du rial par la banque centrale, réduction des quotas permettant un taux de change préférentiel, augmentation du prix de l’essence, tout en maintenant toutes les dépenses pour l’armée et la police, ont provoqué la colère. En fermant leurs boutiques pour dénoncer la politique du régime, les commerçants ont déclenché une nouvelle vague de révolte, trois ans après le mouvement « Femme-vie-liberté ».

Très vite, la contestation s’est étendue aux étudiants mais surtout à des milieux populaires dans plusieurs dizaines de villes moyennes, en particulier dans l’ouest du pays. Au slogan « Mort au dictateur » qui vise l’ayatollah Khamenei, se sont ajoutés « Nous n’avons pas peur car nous sommes tous ensemble » ou « Ni Gaza, ni le Liban, que ma vie soit sacrifiée pour l’Iran », pour dénoncer les coûteuses interventions militaires extérieures du régime. De multiples vidéos circulent sur les réseaux sociaux montrant des affrontements entre des manifestants et la police, des attaques contre des commissariats ou des véhicules de police. Certains bassidjis, ces miliciens qui encadrent les quartiers populaires, ont été attaqués voire tués tandis que d’autres manifestants scandaient « Policiers avec nous ». Il semble que dans certaines villes, la police ait effectivement basculé de leur côté.

Si les révoltes contre le régime se succèdent depuis des années, si les grèves ouvrières sont récurrentes, la nouveauté est cette fois-ci la participation de ceux qui forment le Bazar, et qui sont depuis 1979 l’un des piliers du régime des mollahs. Le Bazar mêle des bourgeois fortunés, disposant de multiples relais au sein de l’appareil d’État et de réseaux à l’étranger, y compris dans les pays occidentaux, à des petits commerçants pris entre le marteau et l’enclume. Conscient que la bascule de ces derniers représente une menace existentielle pour le régime, le président de la république Pezechkian a tenté de les amadouer, limogeant le directeur de la banque centrale et parlant de « revendications légitimes ». Il a promis le 4 janvier que chaque citoyen recevrait une prime équivalente à 6 euros par mois, le salaire moyen étant de 170 euros. Mais dans le même temps, il a fait donner sa police : près d’une trentaine de personnes auraient été tuées, sans compter les centaines d’arrestations.

Cette répression a servi de prétexte à Trump pour lancer aux dirigeants iraniens : « Si vous tirez sur des manifestants, les États-Unis viendront à leur secours. Nous sommes prêts, armés et parés à intervenir. » Il faut le cynisme sans limite du chef de l’impérialisme, principal responsable des souffrances subies par le peuple iranien, pour se poser en sauveur des révoltés. Une intervention américaine en Iran est certes possible comme on l’a vu en juin, lorsque les aviations américaine et israélienne ont visé les installations nucléaires iraniennes et tué des cadres scientifiques et militaires.

Ces bombardements ont contribué à affaiblir le régime. Mais si elle avait lieu, une telle opération ne pourrait qu’apporter de nouveaux malheurs à la population iranienne. Comme en Irak en 2003, elle risquerait de provoquer l’éclatement du pays en alimentant des forces centrifuges parmi les diverses nationalités, qui cohabitent en Iran. C’est ce qu’a formulé Ali Larijani, chef du Conseil suprême de sécurité de l’Iran en réponse aux menaces de Trump : la chute de la république islamique pourrait plonger « toute la région plus profondément dans la crise et l’instabilité ».

Quant à la restauration de la monarchie, renversée en 1979 par la révolte populaire reprise en mains par les mollahs de Khomeiny, elle ne ferait que remplacer une dictature par une autre. Si certains médias pro-américains mentionnent l’apparition de slogans acclamant Reza Pahlavi, le fils du shah déchu installé aux États-Unis, de nombreux manifestants crient « À bas l’oppresseur, le Guide ou le roi ». S’ils n’ont sans doute pas une conscience claire des voies et des objectifs qui permettront de changer leur sort, ces manifestants-là ont mille fois raison.

                                                           Xavier Lachau (Lutte ouvrière n°2997)

 

Les prochaines permanences à Argenteuil :

-aujourd’hui vendredi 9 janvier : au carrefour Babou du Centre, de 17h.15 à 18 h.15. ;

-samedi 10 janvier : de 10 h.30 à midi centre commercial de la cité Joliot-Curie ;

-et de 11 h. à midi au marché de la Colonie ;

-dimanche 11 janvier : de 10 h.25 à 10 h.55 devant l’Intermarché du Centre ;

-et de 11 h. à midi au marché Héloïse ;

-lundi 12 janvier : de 18 à 19 h. centre commercial des Raguenets à Saint-Gratien.