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mardi 16 juin 2026

Iran : la population face à la guerre

 Iran : la population face à la guerre

Le 6 juin, en Iran, des raids israéliens ont visé Téhéran, Tabriz, Ispahan, et des installations pétrolières à Mahshahr, où des ouvriers s’étaient mobilisés en mai contre des licenciements.

Publié le 10/06/2026

Ces bombardements ont fait replonger la population iranienne dans la terreur de la guerre après deux mois d’accalmie suite à la trêve du 8 avril. Celle-ci, très précaire, n’avait pas effacé les graves conséquences des bombardements du mois de mars. L’inflation, déjà élevée depuis plusieurs années, s’est envolée depuis la guerre. Elle atteint désormais plus de 50 % officiellement sur un an, et pire encore pour les produits alimentaires avec 130 %, et même 430 % pour l’huile, et 340 % pour les œufs.

Le chômage et la pauvreté augmentent donc aussi. Les salaires sont souvent suspendus dans les entreprises industrielles endommagées, quand les ouvriers ne sont pas tout simplement licenciés. Dans le complexe industriel de Mobarakeh, seuls les employés administratifs ont pu reprendre le travail, soit 1 900 salariés sur 27 000.

La guerre de mars aura des conséquences durables. La destruction des installations pétrolières et des dépôts de carburant avait déclenché une « pluie de pétrole » pendant plusieurs jours. Selon des professionnels de santé, cette pollution massive aura des implications sanitaires à long terme sur le système respiratoire de nombreux habitants.

Dans ces conditions, moins de six mois après les massacres de manifestants de janvier, le régime réussit à mobiliser contre Israël une partie de la population, y compris dans la fraction qui lui est hostile. Des brigades de femmes, pas toutes voilées, s’affichent en armes, prêtes à faire face à une éventuelle invasion terrestre. La mobilisation de la jeunesse rencontre aussi un certain succès : alors qu’en 2023, même dans les écoles élémentaires, des adolescentes déchiraient le portrait du guide suprême de leur manuel et lançaient des projectiles sur les représentants des autorités, aujourd’hui des jeunes s’engagent dans les milices du régime avec leurs parents.

En même temps, la répression contre les opposants s’intensifie, marquée par des arrestations, des tortures, des exécutions par pendaison des manifestants arrêtés en janvier ou lors du mouvement Femmes, vie, liberté. Près de 700 condamnés ont été exécutés depuis le début de l’année. Depuis la reconnexion d’internet, les images de la violence de la répression de début janvier font désormais le tour du monde.

Cette répression n’empêche pas la contestation de s’exprimer. Dans les universités, la mobilisation contre un changement du mode d’admission qui favorise les plus riches touche de nombreuses villes. Des slogans s’attaquent au pouvoir et appellent à ne pas reculer devant la répression : « N’ayons pas peur ! plutôt la mort que l’humiliation, nous avons entendu des promesses et pas vu de résultats ». Les obsèques de manifestants exécutés ou assassinés par le régime donnent parfois lieu à des rassemblements monstres, comme par exemple celles des frères Veisi, le 30 mai, des militants kurdes, tués deux jours auparavant dans un raid des gardiens de la révolution.

Des luttes ont toujours lieu, et notamment des grèves contre des licenciements. Des travailleurs du pétrole appellent à s’organiser pour obtenir de meilleures conditions d’existence. Ils dénoncent sur les réseaux sociaux les conséquences de la guerre sur leurs conditions de travail et « la minorité répressive qui détient le pouvoir et la richesse, qui cherche à se venger des grévistes du secteur pétrolier ». La mobilisation et l’organisation de ces travailleurs montrent que la classe ouvrière continue à représenter une force face à ce régime dictatorial à qui la guerre israélo- américaine a donné un répit.

                                                   Élise Patach (Lutte ouvrière n°3019)

samedi 18 avril 2026

Iran : destructions et haine anti-impérialiste

 Iran : destructions et haine anti-impérialiste

Après la menace de Trump de « ramener l’Iran à l’âge de pierre », les armes se sont tues, sans doute très provisoirement. Mais avant le cessez-le-feu, les attaques se sont intensifiées.

Publié le 15/04/2026

Ces bombardements ont fait des milliers de victimes civiles. Ils ont visé un pont pas encore inauguré près de Téhéran, près duquel des familles pique-niquaient en se pensant à l’abri, l’université des sciences de Sharif et même une synagogue. Les secouristes du Croissant Rouge ne sont pas non plus épargnés, même dans leurs ambulances. Les bombes ont touché des sites industriels en fonctionnement, comme la centrale nucléaire de Boushehr, dont 200 employés russes ont dû être évacués. Près d’Ispahan, 15 ouvriers ont été tués lors d’une frappe sur une usine fabriquant des équipements de chauffage et de climatisation.

Des dépôts pétroliers, des industries gazières, des aciéries ont été touchés. Les deux plus grandes aciéries du pays sont à l’arrêt, endommagées par des bombardements. Celle de Mobarakeh, employant plusieurs dizaines de milliers de salariés, fournit en tôle d’acier des usines de l’automobile, d’électroménager, de la construction, qui vont se retrouver à court de matières premières et seront à leur tour mises à l’arrêt. La grande majorité des travailleurs a des contrats précaires, sans assurance ni protection. Des milliers se retrouvent sans revenu, licenciés quand leur usine s’arrête. La plupart des travailleurs qui ont encore un emploi doivent se déplacer pour gagner leur vie. Beaucoup sont contraints de rester dans les villes bombardées, faute d’argent, de moyens pour se déplacer ou de point de chute.

Quand le lieu de travail n’est pas touché par une bombe, c’est parfois le logement ou les proches. L’inflation a atteint au 20 mars le rythme record de 50 % annuel. Les décisions des employeurs face à la catastrophe économique s’y ajoutent car les patrons font toujours payer leurs déboires aux salariés, même quand ils ne licencient pas. Ainsi, une grande chaîne de magasins d’Ispahan a décidé de baisser les salaires pour compenser la baisse des ventes. De nombreuses familles iraniennes s’appuient sur le soutien de leurs proches, émigrés dans les pays du Golfe. Mais les quelque 500 000 Iraniens qui y vivent ont vu leur visa annulé et les établissements iraniens implantés à Dubaï ou ailleurs ont dû fermer suite à la guerre. Là encore, leurs employés se retrouvent sans revenu et sans rien à envoyer en Iran.

Même si le cessez-le-feu, précaire et fragile, a pu soulager la population qui était sous les bombes depuis plus de 40 jours, la furie impérialiste favorise une certaine union nationale. Des chaînes humaines autour des centrales électriques ont rassemblé des milliers de volontaires qui soutiennent le régime mais aussi de simples pacifistes, comme ce musicien venu jouer « pour la paix ». Une opposition aux négociations avec les États-Unis, vues comme une trahison, s’est même exprimée : certains reprochent aux dirigeants de ne pas « venger » les victimes iraniennes des bombardements israélo-américains et d’abandonner les combattants du Hezbollah en excluant le Liban du cessez-le-feu. La haine suscitée par l’impérialisme parmi la population donne au régime, malgré la traque des opposants qualifiés de « traîtres », malgré la poursuite des exécutions de prisonniers, le moyen politique de tenir et de résister aux exigences américaines.

                                                Élise Patach (Lutte ouvrière n°3011)

vendredi 10 avril 2026

Iran : la rage de l’impérialisme

 Iran : la rage de l’impérialisme

Au matin du 8 avril, le monde a appris qu’un cessez-le-feu était conclu pour deux semaines entre les États-Unis et l’Iran, comportant la fin des bombardements en échange du déblocage du trafic dans le détroit d’Ormuz. Trump avait changé de ton, parlant d’un bon accord et le présentant comme une victoire. Ce qui sera loin de convaincre.

Publié le 08/04/2026

Alors que l’Iran continuait de lui tenir tête, Trump avait multiplié les sorties outrancières agrémentées de la vulgarité qui caractérise le personnage. « Ouvrez ce putain de détroit, bande de tarés », avait-il proféré le 6 avril.

Trump a multiplié les menaces, promettant de « ramener l’Iran à l’âge de pierre », de le détruire « en une seule nuit », de rendre « définitivement inutilisables » toutes les centrales électriques du pays, ainsi que de démolir « chaque pont en Iran ». Ces déclarations donnaient surtout l’image d’un dirigeant qui s’excite et gesticule d’autant plus qu’il est incapable de parvenir à l’objectif qu’il s’était vanté d’atteindre.

Après plus d’un mois de bombardements, le pouvoir iranien ne s’est pas effondré. Alors qu’il était vomi par toute une partie de sa propre population après la répression terrible des manifestations du début d’année, il semble avoir retrouvé un certain soutien auprès d’une partie des Iraniens, hostiles à l’intervention américaine. Et face au blocage du détroit d’Ormuz et à ses conséquences catastrophiques sur toute une partie de l’économie mondiale, Trump est apparu totalement impuissant.

Même la supériorité américaine n’apparaît plus aussi écrasante depuis que, vendredi 30 avril, un avion de chasse F-15 a été abattu dans le ciel iranien. À cet affront à la puissante technologie militaire américaine s’est ajoutée la peur pour le gouvernement américain de voir un des deux pilotes de cet avion capturé. Si le régime iranien avait pu exhiber ce prisonnier aux yeux de la planète entière, cela aurait représenté une humiliation supplémentaire pour les États-Unis. C’est pourquoi l’armée américaine a déployé des moyens gigantesques pour récupérer ce pilote sur le territoire iranien.

Des négociations ont en fait eu lieu pendant que Trump s’agitait, le Pakistan servant d’intermédiaire. Rien ne dit que le cessez-le-feu débouche sur une cessation durable de la guerre. Les dirigeants israéliens, pour leur part, ont annoncé qu’ils continueraient leur offensive au Liban. Les états-majors négocient en faisant parler les armes au maximum, avec la peau des populations. Selon une organisation humanitaire basée aux États-Unis au moins 3 500 personnes auraient été tuées en Iran depuis le début de la guerre, dont 1 600 civils, et 244 enfants.

Trump, à la tête de la première puissance mondiale, voulait faire une démonstration de force. Pour le moment, il a surtout démontré qu’il ne suffit pas de déverser des tonnes de bombes sur un peuple pour imposer sa loi. Et c’est déjà un revers.

                                                           Pierre Royan (Lutte ouvrière n°3010)

mardi 31 mars 2026

Iran : la population sous les bombes

Iran : la population sous les bombes

Semaine après semaine, la population iranienne subit les bombardements des armées américaine et israélienne, en plus de la répression du régime, qui ne faiblit pas.

Publié le 25/03/2026

 

Rien n’est organisé par l’État pour se mettre à l’abri, les communications avec l’extérieur du pays sont coupées. L’angoisse est permanente. La vie des uns et des autres ne semble tenir qu’au hasard des déplacements et des points de chute des bombes, en particulier dans la capitale, Téhéran. Dès que la vie reprend son cours, c’est pour être soudainement interrompue par des bombardements meurtriers. À chaque sortie, c’est la peur de ne pas revenir, ou de retrouver dans les décombres d’une pièce détruite ses enfants tués par l’explosion, comme ce père de quatre petites filles dont une seule a survécu.

Les États-Unis ont utilisé pour la première fois, le 18mars, leurs nouvelles bombes anti-bunkers, des munitions à pénétration profonde, vantées par larmée de lair américaine comme ayant « une capacité de survie accrue, une létalité renforcée, un système de mise à feu intelligent ». Au 21mars, le ministère de la Santé iranien comptait 1 500 morts civils, une ONG basée aux USA en comptait plus de 3 000, dont 15 % seraient des enfants. La journée du lundi 23mars a été particulièrement meurtrière, avec au moins 175 morts, principalement dans des bâtiments résidentiels. Depuis le début de la guerre, le Croissant rouge iranien estime que plus de 50 000 logements ont été endommagés.

La guerre et l’arrêt des importations conduisent à des pénuries d’eau et de médicaments. Les malades greffés ne trouvent plus de traitement antirejet. Les hôpitaux, dépassés, déprogramment les interventions et interrompent les campagnes de vaccination. Plusieurs ont été touchés par les bombardements, et ceux qui peuvent encore fonctionner doivent aussi soigner les blessés. L’OMS, l’Organisation mondiale de la santé, a recensé 18 attaques contre des services de santé, qui auraient fait au moins huit morts parmi les soignants, tandis que le ministère de la Santé évoque 300 centres médicaux touchés. Les hôpitaux avaient déjà perdu du personnel en janvier avec l’arrestation et l’exécution de soignants qui avaient secouru des manifestants. Plusieurs dizaines de médecins auraient ainsi été arrêtés, et un chirurgien serait menacé d’exécution.

Car la répression continue. Les prisons se remplissent de gens présentés comme des espions à la solde de l’impérialisme. La guerre renforce le sentiment national et facilite la chasse à toute opposition. Le régime semble avoir toléré des rassemblements à l’occasion des fêtes de Norouz, le nouvel an persan, la semaine du 18 mars, alors qu’il avait annoncé qu’il tirerait sur les contrevenants au couvre-feu. Mais des dizaines d’arrestations ont été menées au cours du mois de mars, sous divers prétextes, contre des participants au mouvement de début janvier et leurs proches. Les exécutions publiques ont repris. Trois jeunes notamment ont été pendus jeudi 19mars pour avoir manifesté le 8janvier, après des aveux sous la torture, tandis que trois autres plus jeunes encore, de 16 à 17 ans, sont aussi menacés de la peine de mort.

La population est prise en étau entre les bombardements impérialistes et la répression du pouvoir.

                                                        Élise Patach (Lutte ouvrière n°3008)

 

mardi 17 mars 2026

Mort d’un soldat en Irak : « On croit mourir pour la patrie... »

Engagés ou pas, chair à canon !

 

 

Ces jours derniers, un militaire français est mort dans une attaque de drone en Irak, dans la région d'Erbil, cinq autres ont été blessés. C'est le premier mort de l’armée française dans la région depuis le déclenchement des bombardements américano-israéliens sur l'Iran.

         Emmanuel Macron a déclaré qu'il était « mort pour la France ». En réalité, comme tous les soldats transformés en chair à canon par les dirigeants impérialistes, il est mort pour protéger les intérêts des capitalistes français, pas la population.