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vendredi 28 août 2026

“La bataille de Gaulle” : une propagande cocardière

 À propos de “La bataille de Gaulle” : une propagande cocardière

En ce moment sur les écrans, la superproduction qu’est La Bataille de Gaulle ne reprend pas le mythe habituel de la lutte « des démocraties contre le fascisme » mais c’est pour faire l’éloge de l’union patriotique incarnée par le général.

Publié le 12/08/2026

Si les deux épisodes montrent bien que l’essentiel de la bataille du général visait à faire une place à l’impérialisme français, aux côtés des alliés anglo-saxons, ils le font évidemment en chantant ses louanges.

Le réalisateur, ancien conseiller de Dominique de Villepin, montre un de Gaulle d’abord très isolé. Alors qu’il est réfugié à Londres en juin 1940 après avoir refusé l’armistice, la quasi-totalité du personnel politique de la Troisième République, ainsi que le patronat, se sont ralliés sans état d’âme à Pétain. De Gaulle, lui, fait le choix de représenter les intérêts de la bourgeoisie française, au même titre que Pétain… mais dans le camp adverse. Il lance ses premières recrues à l’assaut des colonies françaises d’Afrique pour obtenir des ralliements parmi les gouverneurs coloniaux. Il peut en tirer quelques troupes sans poids militaire réel, qu’il envoie se battre jusqu’au suicide contre une armée allemande bien plus puissante, pour montrer la volonté combattante de la « France libre » et obtenir que Churchill, puis Roosevelt le reconnaissent comme un représentant crédible de l’impérialisme français.

Lorsque l’armée américaine débarque en Algérie fin 1942, sans en avertir de Gaulle, c’est encore avec les représentants de Vichy que Roosevelt négocie. Le général reste encore quantité négligeable pour les dirigeants américains, et le film montre comment, à l’approche du débarquement de Normandie en 1944, ils envisagent de placer la France sous une administration américaine, l’AMGOT, avec sa propre monnaie et ses propres préfets. Si les dirigeants américains finissent par abandonner ces plans, c’est parce qu’ils ont compris que de Gaulle sera la meilleure carte à jouer pour maintenir l’ordre social après la chute du régime de Pétain.

Et si cela apparaît possible, c’est que le PCF offre à de Gaulle sa capacité à encadrer la classe ouvrière. Cet aspect est largement passé sous silence dans le film, à part une allusion à l’intégration du PCF dans le Conseil national de la résistance. Les dirigeants américains et la bourgeoisie française consentirent en effet à l’alliance avec ce parti car Staline s’était montré, lui aussi, préoccupé d’éviter que la chute du nazisme n’entraîne des mouvements révolutionnaires en Europe ou dans les colonies.

De Gaulle utilisa le PCF pour restaurer le pouvoir de la bourgeoisie, en lui évitant d’affronter la révolte populaire. Le PCF se chargea en effet, avec la CGT qui lui était liée, d’encadrer la classe ouvrière, de lui imposer de nouveaux sacrifices pour remettre en route la machine économique du patronat. Le terme de « Résistance » cachait la réalité de cette politique, contraire aux intérêts des travailleurs et des peuples colonisés.

Si on voit dans le film le général Leclerc intégrer une compagnie formée de communistes et d’anarchistes espagnols aux côtés de ses troupes coloniales, la « Libération » n’a pas été la victoire pour laquelle les uns et les autres étaient prêts à se sacrifier. La fin de la guerre signifia le maintien de l’ordre social, en France comme ailleurs, de la domination sur les colonies et même du pouvoir de Franco en Espagne. En 1945, les armées de Leclerc allaient partir en Indochine pour y rétablir brutalement l’administration coloniale française.

La préoccupation de De Gaulle dans son combat « pour la France » était la défense des intérêts de la bourgeoisie française et de son empire, dans le cadre d’un nouvel ordre mondial sous domination américaine. La politique « patriotique » du PCF rallié à de Gaulle, abandonnant toute perspective indépendante pour les travailleurs et les opprimés, rendait un grand service à la bourgeoisie. Quant aux prétendus acquis sociaux du CNR, ils n’étaient que la menue monnaie payée par la bourgeoisie pour maintenir l’asservissement de la classe ouvrière.

Aujourd’hui, ce film qui dénonce l’hégémonie des États-Unis rencontre logiquement un large écho. Mais son message prônant l’union sacrée autour de la défense de la patrie, salué par les politiciens de tous bords, de Retailleau à Roussel en passant par Mélenchon et Villepin, survient à point dans l’actuel contexte guerrier. Il fait partie du piège habituel destiné à faire accepter au bon peuple l’idée de se sacrifier pour la gloire d’un autre impérialisme, bien français celui-là.

                                              Serge Fauveau (Lutte ouvrière n°3028)

mercredi 13 août 2025

Il y a 80 ans : 6 et 9 août 1945 : Hiroshima et Nagasaki sous le feu nucléaire

 Il y a 80 ans, 6 et 9 août 1945 : Hiroshima et Nagasaki sous le feu nucléaire

Le 6 août 1945, l’aviation américaine larguait la première bombe nucléaire de l’histoire, anéantissant la ville japonaise d’Hiroshima. Elle réitérait le 9 août, sur la ville de Nagasaki. En quelques secondes, les deux villes étaient entièrement détruites, et une grande partie de leur population réduite en cendres.

Publié le 06/08/2025

L’idée de construire une bombe d’une puissance incomparablement plus grande que tous les explosifs classiques était déjà ancienne. Dès la fin du 19e siècle, des scientifiques comme Henri Becquerel ou Marie Curie, découvreurs de la radioactivité, avaient en effet fait l’expérience de l’énergie colossale que recelait la fracture du noyau des atomes, d’où provient le terme « nucléaire ». Mais la première réaction en chaîne basée sur cette propriété ne fut réalisée qu’en 1942 à Chicago, en pleine Deuxième Guerre mondiale.

Le gouvernement américain avait décidé peu auparavant de lancer un programme de construction d’une telle bombe, le projet Manhattan. Albert Einstein en est parfois présenté comme l’initiateur, du fait de sa lettre au président américain Roosevelt, en 1939. En réalité, c’est un autre physicien, Leo Szilard, qui en avait pris l’initiative. Tous deux juifs, ils avaient vécu en Allemagne avant l’arrivée au pouvoir d’Hitler, se disaient pacifistes et craignaient que les nazis ne développent leur arme nucléaire. Ils étaient convaincus que l’armée américaine n’oserait pas se servir d’une telle bombe contre des populations, et que son rôle serait dissuasif. Ce raisonnement est souvent encore repris aujourd’hui. Mais les bombardements de Hiroshima et Nagasaki sont l’effroyable démonstration de sa fausseté.

De puissants moyens de recherche

Le projet Manhattan, l’un des plus onéreux programmes industriels jamais mis sur pied, employait 129 000 personnes en juin 1944. L’État américain planifia tout, construisant plusieurs villes à partir de rien. Une des usines d’enrichissement de l’uranium, à Oak Ridge dans le Tennessee, fut construite en moins d’un an.

Après l’essai baptisé Trinity par le directeur scientifique du projet Manhattan, le physicien Robert Oppenheimer, réalisé le 16 juillet 1945 dans le désert du Nouveau-Mexique, le président américain Truman décida de poursuivre l’expérimentation en bombardant deux villes japonaises. C’était loin d’être une nécessité militaire puisque, à l’été 1945, le Japon était défait. Ses grandes villes avaient déjà été massivement bombardées par l’aviation américaine ; Tokyo avait été incendiée et détruite par un raid aérien qui fit entre 90 000 et 100 000 morts. Sa flotte était presque détruite, et un blocus naval étouffait l’économie et la population.

Pour les dirigeants de la principale puissance impérialiste, l’enjeu était donc de préparer l’après-guerre. Truman décida d’utiliser les bombes nucléaires pendant la conférence de Potsdam qui, après celles de Téhéran et de Yalta, devait fixer le repartage du monde entre puissances victorieuses. En cherchant à imposer une capitulation sans condition au Japon, Truman entendait aussi démontrer à ses alliés et concurrents, et d’abord à l’Union soviétique, sa puissance et les moyens dont il disposait pour l’imposer. Les dirigeants impérialistes se souvenaient aussi de la vague révolutionnaire qui avait secoué l’Europe à la fin de la Première Guerre mondiale. Ils savaient que les pays vaincus pouvaient être le théâtre de révolutions, du fait du vide du pouvoir succédant à la défaite. Ils avaient donc enseveli sous des tapis de bombes les quartiers ouvriers des principales villes allemandes, dont Hambourg et Dresde, dans le but de terroriser la population.

De terribles effets destructeurs

Le jour même, les bombardements de Hiroshima et Nagasaki firent respectivement 70 000 et 40 000 victimes. Les déflagrations créèrent des ondes de choc mortelles accompagnées de températures avoisinant 4 000 degrés. Quatre mois après, les chiffres avaient doublé. Les habitants de Hiroshima et de Nagasaki qui avaient survécu firent l’atroce expérience d’une forme inédite de souffrance, résultant de l’irradiation. Ce syndrome provient de la destruction du matériel génétique des organismes exposés aux rayonnements de la bombe. Des médecins japonais ne purent que décrire cette mort à petit feu qu’ils ne connaissaient pas.

Les survivants des bombardements furent appelés « hibakushas », et furent traités en parias. Les dirigeants japonais, comme les autorités d’occupation américaines, cherchèrent à cacher les effets des bombes. Les journalistes ne furent pas autorisés à enquêter, et les quelques films réalisés dans les deux villes anéanties furent classés secret-défense. Des dizaines d’années après 1945, les victimes survivantes présentaient encore des séquelles et vivaient dans l’angoisse que leurs enfants naissent atteints de malformations génétiques.

Les dirigeants du plus puissant impérialisme étaient pleinement conscients des souffrances que la bombe atomique allait engendrer. Des études sur des animaux et des observations cliniques datant des années 1930 avaient en effet montré certains effets de l’exposition aux rayonnements. Mais surtout, des médecins du projet Manhattan avaient eux-mêmes réalisé des tests sur des êtres humains. Le premier d’entre eux fut un ouvrier noir du nom d’Ebb Cade, auquel on injecta, à son insu, du plutonium sous prétexte de traitement médical. Dix-sept autres « patients » subirent le même sort. Ces ignominies ne furent révélées que dans les années 1990.

La barbarie n’est pas dans la technique

Les conséquences des bombardements nucléaires incitèrent certains courants politiques à réclamer l’interdiction de toute technologie nucléaire, aussi bien civile que militaire. De fait, le développement des deux programmes a toujours été lié.

Mais si l’arme nucléaire est une arme terrifiante, on peut par exemple en dire autant de l’agent orange, un pesticide déversé massivement par l’armée américaine durant la guerre du Vietnam, qui provoqua des cancers et des malformations graves pendant des dizaines d’années. La barbarie n’attend pas les innovations techniques. Au Rwanda, en 1994, des machettes ont été une des armes principales du génocide, dont fut complice l’État français, qui fit 800 000 morts.

À l’heure où la multiplication et l’intensification des rivalités guerrières ont remis sur les lèvres des dirigeants la menace nucléaire, ces massacres de civils et leurs terribles séquelles rappellent l’horreur dont les puissances qui se disent démocratiques sont capables quand il s’agit de maintenir l’ordre impérialiste. Un ordre qui a de plus en plus le visage de la barbarie.

                                               Thomas Baumer (Lutte ouvrière n°2975)

jeudi 22 février 2024

Panthéon : opération de récupération politicienne

Récupération d’hier et d’aujourd’hui

 

 

Missak Manouchian et ses camarades, qui menaient la lutte armée contre l’occupation allemande en 1943, ont été panthéonisés par Macron.

         Communistes, leur dévouement avait déjà été récupéré à cette époque par la politique nationaliste du Parti communiste stalinien. Passant sous silence le sacrifice de ses militants immigrés, le PCF avait aidé en 1944-45 de Gaulle a rétablir l’autorité de l’État, qui continuait a écraser les travailleurs de privations, et de sa police, qui avait pourchassé ses propres militants et s’apprêtait à recommencer.

         Aujourd’hui Macron, qui stigmatise les migrants et promulgue des lois pour les refouler, utilise l’héroïsme de l’arménien Manouchian et de ses camarades immigrés pour redorer son piteux blason. Au Panthéon, du PCF à l’extrême-droite, les partis qui vont communier dans le nationalisme se placeront sur le terrain de la bourgeoisie française, tout comme dans les années 1940.

 

Les prochaines permanences prévues à Argenteuil :

- Vendredi 23 février : de 15h40 à 16 h40 au marché du Val-Nord ;

-et de 17 h.15 à 18 h.15, « Carrefour Babou » ;

-Samedi 24 février : de 10 h. à 10 h.30 marché des Coteaux ;

-et de 11 h à midi au marché de la Colonie ;

-10 h.30 à midi, Centre Cl de la cité Joliot-Curie ;

-Dimanche 25 février, de 9 h.30 à 10 h15 devant l’Intermarché du Centre ;

-Lundi 26 février : de 18 à 19 heures, centre cl des Raguenets à Saint-Gratien ;

-Mercredi 28 février : de 11 h.30 à midi, marché des Champioux.

 

Toutes les semaines, l’hebdomadaire Lutte ouvrière est aussi en vente à la librairie Le Presse-papier et au Tabac-Presse du mail de la Terrasse du quartier du Val-Nord que nous remercions.

 

Réservez votre billet d’entrée pour notre banquet local qui aura lieu en journée le dimanche 24 mars prochain. Le prix du repas : 17 euros pour les adultes, 8 pour les enfants jusqu’à 14 ans.

 

mercredi 28 juin 2023

Manouchian au Panthéon : morts d’hier et combines politiques d’aujourd’hui

Manouchian au Panthéon : morts d’hier et combines politiques d’aujourd’hui

21 Juin 2023

Le 18 juin, lors du traditionnel et obligatoire discours présidentiel sur la Résistance, de Gaulle, l’unité nationale et l’habituel fatras tricolore, Macron a annoncé l’entrée de Missak et Mélinée Manouchian au Panthéon.

Ainsi, au milieu d’une campagne permanente contre les immigrés, les sans-papiers, les étrangers, après l’envoi de la police contre les travailleurs qui se battent pour leurs droits, après les litanies injurieuses contre « l’ultra gauche », le geste de Macron se voudrait dirigé vers sa gauche, en offrant à deux ouvriers communistes, arméniens arrivés clandestinement en France, une place aux côtés des grands hommes méritant la « reconnaissance de la patrie ». Cela ne concerne évidemment pas leur engagement communiste dans la lutte de classe des années 1930, mais le fait d’avoir été sous l’Occupation les organisateurs des FTP-MOI, les groupes armés issus du secteur Main-d’œuvre immigrée du PCF d’avant-guerre. Missak Manouchian et 23 de ses camarades, espagnols, italiens, juifs, arméniens, furent pour cela arrêtés et fusillés au mont Valérien en février 1944.

Après la tragédie de 1944 vient la comédie politique d’aujourd’hui, soigneusement calibrée, du petit intérêt immédiat jusqu’à la préparation de sombres lendemains. Ce geste en direction de la gauche, et singulièrement du PCF, qui milite depuis longtemps pour la panthéonisation de Manouchian, veut démontrer la largeur d’esprit de Macron, son attachement au roman national, version de Gaulle-Jean Moulin-Résistance. Il lui fallait bien cela pour faire pendant à la quasi-réhabilitation du maréchal Pétain opérée en 2018. Cette célébration participe aussi du constant effort étatique et politique pour installer l’idée de l’unité nationale. Il s’agit, comme en toute circonstance, de persuader les travailleurs que, nés ici ou ailleurs, ils doivent être prêts à mourir pour la mère patrie, c’est-à-dire pour ses banquiers et ses industriels.

L’opération politique n’est pas nouvelle et toute l’histoire de Missak Manouchian et des militants communistes entrés dans le combat contre le nazisme et l’État de Pétain en fut une tragique illustration. Leur courage et, pour beaucoup, le sacrifice de leur vie furent mis au service d’une bien mauvaise cause. Le PCF suivait depuis juin 1941 une politique d’union sacrée derrière de Gaulle, Roosevelt et Staline. Il s’agissait de vaincre l’Allemagne sans risquer de provoquer de crise révolutionnaire, comme celle commencée lors de la Première Guerre mondiale ou comme celle qui s’annonçait dès 1943, en Italie. Toute idée de lutte de classe devait donc être abandonnée au profit de l’unité nationale derrière la bourgeoisie. Personne ne peut savoir ce que Manouchian et ses camarades pensaient de l’abandon par le PC de tout internationalisme, de toute perspective révolutionnaire et de son alignement derrière un général réactionnaire. Quoi qu’il en soit, la direction stalinienne les envoya à la mort pour se faire admettre par les autres partis de la Résistance comme un parti « combattant pour la France ». Cette politique purement nationaliste allait contribuer à réinstaller après la guerre la république en tant que régime « démocratique » de la bourgeoisie capitaliste. C’est cette politique qui est aujourd’hui honorée par Macron, les médias unanimes et les héritiers revendiqués, à tort ou à raison, du PCF de l’époque.

Missak et Mélinée Manouchian et leurs camarades, militants ouvriers abusés par les staliniens, combattants assassinés par les fascistes, internationalistes transformés malgré eux en icones nationales, avaient eu suffisamment de courage et de foi dans l’avenir pour offrir leur vie dans la lutte contre l’oppression. Cela les place hors d’atteinte des combinaisons minables d’un Macron et de l’exploitation de leur image par un PCF qui ne sait plus depuis longtemps ce que le mot communisme signifie.

                                                     Paul GALOIS (Lutte ouvrière n°2864)