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mardi 15 septembre 2026

Roussel 2027 : parler aux travailleurs, mais de quoi ?

 Roussel 2027 : parler aux travailleurs, mais de quoi ?

Dimanche 6septembre, les militants du PCF se sont prononcés pour une candidature de leur parti à l’élection présidentielle en la personne de leur dirigeant national, Fabien Roussel.

Publié le 09/09/2026

La question posée aux militants, et que certains posent encore, est celle de l’utilité d’une candidature du PCF, quand la seule perspective est d’avoir un candidat « de gauche », Mélenchon évidemment, qui puisse être opposé à Le Pen au deuxième tour. À cela, Fabien Roussel et la majorité des militants répondent que le PCF ne va pas diviser la gauche mais, au contraire, augmenter son influence. Et de dire qu’il faut s’adresser aux travailleurs qui ne votent plus et à ceux qui se fourvoient en votant RN, sous-entendant assez justement que ce n’est pas ce que fait LFI.

Ce langage ne peut qu’aller droit au cœur des militants des villes ouvrières où le PCF était naguère influent voire majoritaire, mais où les habitants des cités populaires ne vont plus voter, quand ils ne votent pas à l’extrême droite. Il touchera aussi les militants ouvriers des usines de ces mêmes villes et régions qui entendent jour après jour certains de leurs collègues de travail évoluer vers le vote Le Pen et, de plus en plus, s’en faire les propagandistes. C’est, en effet, pour l’ensemble des militants ouvriers, une nécessité urgente que de travailler à reconquérir le terrain perdu devant la montée de l’indifférence et des idées réactionnaires, qui ne se bornent pas d’ailleurs aux sornettes lepénistes.

Mais le moins qu’on puisse dire est que la direction du PCF n’aide pas les militants dans cette direction. En effet, non seulement elle ne reconnaît pas sa responsabilité dans la situation actuelle, mais elle propose de recommencer la même politique, avec le même vocabulaire, les mêmes illusions et la même perspective purement électorale qui ont été bien incapables d’arrêter la démoralisation et la croissance du RN en terre ouvrière, quand ils ne les ont pas suscitées. Par exemple, Roussel et ses porte-parole disent d’avance que les voix nouvelles qu’ils comptent conquérir se reporteront automatiquement au deuxième tour pour faire barrage à Le Pen, donc poursuivre une politique de rabatteur électoral qui les a fait descendre marche après marche jusqu’à faire voter Chirac et Macron. De même, Roussel prétend parler aux « travailleurs » et mettre en avant leurs problèmes, mais tient à s’adresser aux « Français », comme s’il avait quelque chose à dire au citoyen français Bernard Arnault et rien à proposer à l’ouvrier immigré. Les discours, les écrits de la direction du PCF sont infectés par ce poison patriotique, qui revient à appeler les opprimés à se ranger derrière l’État et la classe dominante. Et tout cela tend à se réduire à cette question de plus en plus délicate et dérisoire : avec qui faut-il s’allier pour conserver quelques positions du PCF ?

Pourtant, après avoir dit le premier mot « reconquérir les travailleurs », les militants ouvriers du PCF pourraient s’interroger sur le deuxième, « avec quel programme ? » Dans la situation actuelle, plus que jamais, on ne peut s’adresser utilement aux travailleurs que sur la base des idées de la lutte de classe révolutionnaire.

                                                       Paul Galois (Lutte ouvrière n°3032)

vendredi 28 août 2026

“La bataille de Gaulle” : une propagande cocardière

 À propos de “La bataille de Gaulle” : une propagande cocardière

En ce moment sur les écrans, la superproduction qu’est La Bataille de Gaulle ne reprend pas le mythe habituel de la lutte « des démocraties contre le fascisme » mais c’est pour faire l’éloge de l’union patriotique incarnée par le général.

Publié le 12/08/2026

Si les deux épisodes montrent bien que l’essentiel de la bataille du général visait à faire une place à l’impérialisme français, aux côtés des alliés anglo-saxons, ils le font évidemment en chantant ses louanges.

Le réalisateur, ancien conseiller de Dominique de Villepin, montre un de Gaulle d’abord très isolé. Alors qu’il est réfugié à Londres en juin 1940 après avoir refusé l’armistice, la quasi-totalité du personnel politique de la Troisième République, ainsi que le patronat, se sont ralliés sans état d’âme à Pétain. De Gaulle, lui, fait le choix de représenter les intérêts de la bourgeoisie française, au même titre que Pétain… mais dans le camp adverse. Il lance ses premières recrues à l’assaut des colonies françaises d’Afrique pour obtenir des ralliements parmi les gouverneurs coloniaux. Il peut en tirer quelques troupes sans poids militaire réel, qu’il envoie se battre jusqu’au suicide contre une armée allemande bien plus puissante, pour montrer la volonté combattante de la « France libre » et obtenir que Churchill, puis Roosevelt le reconnaissent comme un représentant crédible de l’impérialisme français.

Lorsque l’armée américaine débarque en Algérie fin 1942, sans en avertir de Gaulle, c’est encore avec les représentants de Vichy que Roosevelt négocie. Le général reste encore quantité négligeable pour les dirigeants américains, et le film montre comment, à l’approche du débarquement de Normandie en 1944, ils envisagent de placer la France sous une administration américaine, l’AMGOT, avec sa propre monnaie et ses propres préfets. Si les dirigeants américains finissent par abandonner ces plans, c’est parce qu’ils ont compris que de Gaulle sera la meilleure carte à jouer pour maintenir l’ordre social après la chute du régime de Pétain.

Et si cela apparaît possible, c’est que le PCF offre à de Gaulle sa capacité à encadrer la classe ouvrière. Cet aspect est largement passé sous silence dans le film, à part une allusion à l’intégration du PCF dans le Conseil national de la résistance. Les dirigeants américains et la bourgeoisie française consentirent en effet à l’alliance avec ce parti car Staline s’était montré, lui aussi, préoccupé d’éviter que la chute du nazisme n’entraîne des mouvements révolutionnaires en Europe ou dans les colonies.

De Gaulle utilisa le PCF pour restaurer le pouvoir de la bourgeoisie, en lui évitant d’affronter la révolte populaire. Le PCF se chargea en effet, avec la CGT qui lui était liée, d’encadrer la classe ouvrière, de lui imposer de nouveaux sacrifices pour remettre en route la machine économique du patronat. Le terme de « Résistance » cachait la réalité de cette politique, contraire aux intérêts des travailleurs et des peuples colonisés.

Si on voit dans le film le général Leclerc intégrer une compagnie formée de communistes et d’anarchistes espagnols aux côtés de ses troupes coloniales, la « Libération » n’a pas été la victoire pour laquelle les uns et les autres étaient prêts à se sacrifier. La fin de la guerre signifia le maintien de l’ordre social, en France comme ailleurs, de la domination sur les colonies et même du pouvoir de Franco en Espagne. En 1945, les armées de Leclerc allaient partir en Indochine pour y rétablir brutalement l’administration coloniale française.

La préoccupation de De Gaulle dans son combat « pour la France » était la défense des intérêts de la bourgeoisie française et de son empire, dans le cadre d’un nouvel ordre mondial sous domination américaine. La politique « patriotique » du PCF rallié à de Gaulle, abandonnant toute perspective indépendante pour les travailleurs et les opprimés, rendait un grand service à la bourgeoisie. Quant aux prétendus acquis sociaux du CNR, ils n’étaient que la menue monnaie payée par la bourgeoisie pour maintenir l’asservissement de la classe ouvrière.

Aujourd’hui, ce film qui dénonce l’hégémonie des États-Unis rencontre logiquement un large écho. Mais son message prônant l’union sacrée autour de la défense de la patrie, salué par les politiciens de tous bords, de Retailleau à Roussel en passant par Mélenchon et Villepin, survient à point dans l’actuel contexte guerrier. Il fait partie du piège habituel destiné à faire accepter au bon peuple l’idée de se sacrifier pour la gloire d’un autre impérialisme, bien français celui-là.

                                              Serge Fauveau (Lutte ouvrière n°3028)

mardi 14 juillet 2026

40e congrès du PCF : survivre électoralement ?

 40e congrès du PCF : survivre électoralement ?

Le 40e congrès du PCF se tenait les 3, 4, 5 juillet à Lille. Des divergences se sont exprimées, non pas sur le fond mais sur la stratégie à adopter pour survivre.

Publié le 08/07/2026

Cela fait bien longtemps que le PCF n’a plus de communiste que le nom. À l’opposé des perspectives révolutionnaires qu’il traçait lors de sa création en 1920, la seule politique qu’il a poursuivie depuis 90 ans a été de s’intégrer à l’ordre social de la bourgeoisie et de le défendre à chaque fois qu’il était menacé par l’intervention des travailleurs.

Les intervenants au congrès du PCF avaient donc ce problème en toile de fond : comment ne pas disparaître parmi les autres partis de gauche, LFI dont l’électorat a augmenté et le PS, en perte de voix mais structuré autour de nombreuses mairies de grandes villes. Cette concurrence est d’autant plus grande que, sur le fond, les illusions électorales qu’ils véhiculent sont les mêmes. Le PCF emballe cette illusion du terme ronflant « des jours heureux», d’autant plus ridicule que la période est à l’intensification de la guerre sociale menée par les capitalistes contre les travailleurs, dans un contexte où la guerre économique entre les grands trusts entraîne l’humanité vers la généralisation des conflits armés.

Enfin, le PCF a d’autant plus de difficultés à survivre que, dans son électorat populaire traditionnel, cette illusion a laissé la place à une forte abstention ou à une illusion électorale encore plus grave, portée par l’extrême droite. Dans le Pas-de-Calais, département très ouvrier, dix des douze circonscriptions ont, depuis 2024, des députés RN.

Dans ce congrès, une fois de plus, les discours étaient saturés de nationalisme, quels que soient les intervenants. Parmi les perles, celle d’un responsable de Loire-Atlantique : « Nous avons le patronat le moins patriote d’Europe, il a organisé le grand déménagement de notre industrie ». Prétendre que l’industrie appartiendrait aux travailleurs dans le cadre du capitalisme est un poison : c’est préparer les travailleurs à se battre, y compris les armes à la main, pour défendre la bourgeoisie française dans sa concurrence avec les autres bourgeoisies. Cette politique nationaliste menée par le PCF a pavé la voie depuis des décennies au RN et continue de le faire.

Plusieurs « stratégies » en vue des prochaines élections se sont exprimées au congrès. Toutes veulent résoudre la quadrature du cercle : pour exister il faut se présenter contre les autres, mais pour être élus il faut s’allier avec eux. Cela vaut pour LFI comme pour le PS. Le PCF a donc alternativement, depuis 1965, soutenu le candidat de gauche au premier tour ou présenté son propre candidat. De plus, aujourd’hui, la pression à l’unité est d’autant plus forte que Le Pen monte dans les sondages. Finalement, le congrès s’est prononcé pour la candidature de Fabien Roussel.

Alors, les électeurs du PCF pourront-ils voter pour leur candidat en avril 2027 ? Rien n’est moins sûr, car tout dépendra des garanties que Roussel pourra obtenir pour les législatives qui suivront l’élection présidentielle.

Autant de stratégies, ou plutôt d’arrangements qui ne sont en rien des perspectives pour les travailleurs mais des calculs pour sauver des postes et ne peuvent, une fois de plus, que décevoir et décourager les militants.

                                                     Kevin Villard (Lutte ouvrière n°3023)

samedi 11 juillet 2026

Argenteuil, carnet, le décès de Viviane Colombier

 

 

Thierry Pellet, notre camarade, nous a annoncé le décès de Viviane Colombier.

         Pour ce camarade, Viviane avait été de sa famille, une amie très proche de ses parents, en particulier de sa maman Simone, des militants PCF de toujours de la région de Bessancourt-Frépillon.

         Viviane était l’épouse de Gaston, décédé, lui, il y a quelques années.

         Pour ma part, j’avais connu l’un et l’autre lorsqu’ils tenaient jusqu’à la fin des années 1990 le café-restaurant de l’impasse des Bûchettes conduisant à la passerelle du quai central de la gare d’Argenteuil. Les militants de LO d’Argenteuil en avaient fait leur lieu favori de rendez-vous durant plusieurs années. Cela avait permis aux uns et aux autres de se connaître.

         Viviane aura animé jusqu’au bout le comité qui ranima la mémoire de Rino Della Negra et des victimes du camp d’Aincourt.

         Jusqu’à aujourd’hui, nous avions conservé les relations fraternelles qui doivent être entre des militants se réclamant des travailleurs et de la lutte pour renverser le capitalisme.

         Condoléances fraternelles à ses enfants. DM

 

dimanche 3 mai 2026

Argenteuil, espace mémoriel Gabriel Péri, la municipalité doit revenir en arrière

Si c’est une erreur, il suffit de la réparer !

  


Lundi 4 mai, à 18 heures, la section d’Argenteuil du PCF organise un rassemblement devant la statue de Gabriel Péri, avenue éponyme, dont la destruction de l’espace mémoriel a commencé à être détruit il y a plusieurs semaines.

         Cette mémoire n’est pas celle d’un fait simple fait historique ancien mais une partie du patrimoine politique local, en particulier pour le PCF, dont ce parti continue à se réclamer, au-delà du caractère dramatique de la mort du député Gabriel Péri, au vue de quelques commentaires sur ce que j'ai écrit.

         Ce que nous reprochons à la municipalité d’Argenteuil, c’est qu’elle n’ait pas eu l’idée de ce que représentait cette mémoire toujours vivante, et ait sans apparemment se poser trop de questions commencé la destruction de cet espace mémoriel. Si j’avais été présent ce jour-là à Argenteuil, personnellement, j’aurais été solidaire sur ce plan, de l’initiative du PCF.

         Passant hier dans le secteur, j’ai pu constater que la démolition de l’espace ne s’était pas poursuivi et que la photo prise dix jours plutôt ci-dessus était toujours valable.

         La municipalité se pose peut-être des questions, et considère aujourd’hui qu’elle a agi avec précipitation dans cette affaire. Qu’elle le reconnaissance simplement publiquement, et qu’elle tire les conclusions aujourd’hui de son erreur. DM

 

samedi 2 mai 2026

Argenteuil, PCF, Lutte ouvrière, discuter tranquillement ou avec passion au sein du mouvement ouvrier, mais discuter, cela relève simplement de la démocratie ouvrière entre militants, une évidence, que cela plaise ou non.

 

Le débat, une exigence du combat militant

 

J’ai largement informé sur le commencement de destruction de l’espace mémoriel dédié à Gabriel Péri. J’ai contesté cette initiative municipale. Mais j’ai tenu tout de même ensuite à évoquer ce que je pense de l’homme Péri, dont la mort est totalement respectable certes, mais qui fut une personnalité notable du PCF, de la localité mais également à l’échelle du pays. En quoi il porte une responsabilité dans la politique de son parti, des années 1920 à son arrestation le 18 mai 1941.

         Comme je pouvais l’imaginer, cela n’a pas plu à des responsables ou ex petite personnalité locale du PCF. Cette dernière m’a envoyé un commentaire perfide « Anticommuniste d’un jour, anticommuniste toujours », un responsable actuel m’a dit sur la route du 1er mai : « je te sers la main malgré ce que tu as écrit sur Péri et le Pacte germano-soviétique », et la responsable fédérale m’a purement et simplement ignoré lorsque je l’ai croisée. C’est la vie, et je préfère cela plutôt que les coups que je reçus naguère.

         Au lieu de bouder, pourquoi n’ont-ils pas discuté ce que j’écrivais ? Sans doute un militant de leur parti d’ailleurs a pris, lui, au moins, le temps de le faire, et je l’en remercie.

         Car c’est comme cela qu’on pourrait au moins se comprendre, que l’on reste sur ses positions ou pas. DM, le 1.5.26.

 

Voilà ce que j’écrivais le 23 avril dernier. C’est injurieux ?

 

Argenteuil,  Gabriel Péri, s’opposer à une décision municipale calamiteuse n’est pas approuver et se réclamer d’un passé désastreux

 

Un acteur important d’une politique désastreuse pour l’avenir du mouvement ouvrier

 

 


Gabriel Péri et Maurice Thorez dans les années 1930

 

Chaque année, une cérémonie a lieu en décembre pour commémorer la mort sous les balles de l’armée allemande du député d’Argenteuil et de la région, Gabriel Péri. Il avait 39 ans. Pour ma part, je ne participe à cette cérémonie.

         Né en 1902, engagé jeune dans le mouvement socialiste durant la Première guerre mondiale, de la naissance du Parti communiste en France jusqu’à sa mort dramatique, Gabriel Péri fut un cadre de ce parti, d’abord comme responsable des Jeunesses communistes, puis tout au long de sa courte vie, comme un des responsables du Parti Communiste devenu Français, un responsable de second plan il est vrai.

         Le drame de ce parti fut qu’il approuva et suivit la dégénérescence stalinienne de l’Union soviétique et de l’Internationale communiste, menant une politique erratique selon les virages de Staline, et abandonnant la perspective de la révolution ouvrière. À parti du « tournant antifasciste » de 1935, il rompit avec l’internationalisme pour le nationalisme, une voie que le PCF poursuivit ensuite, mais c’est une autre histoire.

         Gabriel Péri ne s’opposa jamais, en tout cas publiquement à cette politique. En son for intérieur, il n’approuva pas sans doute le pacte germano-soviétique de fin août 1939, comme d’autres cadres du PCF à ce moment-là, mais il se tut une nouvelle fois.

         La mort tragique de Gabriel Péri mérite le respect, mais n’exige pas de gommer sa responsabilité parmi tant d’autres dans le drame du prolétariat d’ici comme du monde : le stalinisme. Un drame dont les travailleurs ne se sont jamais relevé jusqu’à nos jours, et qui permet que les affres du capitalisme se poursuivent encore. DM

  

Notons que c’est sur la base politique que j’évoque ci-dessus que les ancêtres politiques de la municipalité actuelle, et De Gaulle en premier lieu, purent aider la bourgeoisie française à franchir la Libération qui était pourtant grosse de la possibilité d’une révolution ouvrière, en France comme dans d’autres pays d’une Europe exsangue. De cela, Gabriel Péri, disparu en décembre 1941, ne fut pas responsable. Mais il est bon de le rappeler à nos démolisseurs d’aujourd’hui. Il est vrai que la bourgeoisie et ses défenseurs n’ont guère ni  mémoire ni reconnaissance. DM