L’armée
française en guerre
Macron, ses ministres et leurs
porte-parole nuancent leurs prises de position sur la guerre en cours dans le
Golfe en fonction des besoins.
Publié le 25/03/2026
Pour le grand public, celui qui
écoute les actualités, qui redoute la guerre et, éventuellement, qui vote, le
gouvernement évoque la défense des ressortissants français. Il souligne que
Trump ne demande l’avis de personne. Macron parle de n’intervenir que lorsque
les hostilités auront cessé et prêche pour la paix universelle, le respect du
droit et toute cette sorte de choses.
Sur la scène diplomatique, le ton
change quelque peu. Les grandes puissances européennes, France en tête, ont
signé le 19 mars une déclaration
commune, accusant l’Iran de
bombarder des pays innocents, de menacer la paix du monde et d’interrompre le commerce mondial. Le texte ne
comprend en revanche pas un mot pour condamner l’intervention conjointe
États-Unis-Israël, ces deux pays n’étant même pas cités. On ne peut plus
clairement choisir son camp et se préparer à intervenir du côté américain.
Sur le terrain, c’est encore plus
net. L’armée française participe de fait déjà aux combats. Tous les jours, des
avions Rafale s’envolent, armés et prêts à tirer. Ils auraient, d’après les
autorités militaires, déjà abattu des dizaines de drones et de missiles
iraniens. Les systèmes de détection français, radars, satellites ou embarqués
repèrent les tirs venus d’Iran. Et qui sait s’ils ne guident pas ceux allant
vers l’Iran ?
Le ministère des Armées recense
ainsi les forces françaises dans la région. Les 900 hommes cantonnés à Abou
Dhabi, répartis entre la base navale, la base aérienne et les blindés, sont les
plus directement concernés. Il y aurait désormais douze Rafale et le personnel
requis sur place. Il y a aussi 600 hommes, des blindés et dix Rafale en Irak,
au titre de l’opération Chammal de lutte contre Daesh. Il y a des conseillers
au Liban, les 1 500 militaires de la base de Djibouti, le groupe aéronaval
autour du porte-avions en Méditerranée orientale, d’autres navires encore dans
l’océan Indien. Il y a, mais le ministère ne les recense pas, tous les
spécialistes et formateurs qui accompagnent les engins vendus par des
industriels français aux armées des pays du Golfe, des Rafale aux frégates, des
radars aux missiles, des canons aux véhicules blindés. Il y a enfin tous ceux
aux missions plus obscures qui existent pourtant et sont sous les armes. Un
soldat des forces françaises a été tué en Irak, d’autres ont été blessés, mais
qui dira sur qui ou sur quoi tirent aujourd’hui les forces françaises ?
L’armée française a d’ores et
déjà dépensé dans ses opérations prétendument défensives de quoi rénover bien
des collèges et embaucher nombre d’infirmières : elle tire des missiles à 1 million d’euros l’unité et chaque heure de vol de Rafale est facturée 20 000 euros. En
opération, le Charles-de-Gaulle coûte un
million d’euros par jour, dépensant donc en dix jours ce que l’État verse
chaque année aux associations de sauveteurs en mer. Ce n’est probablement qu’un
début, car l’armée française sera inévitablement entraînée en cas
d’élargissement du conflit. L’état-major s’y prépare déjà et la classe
politique fourbit sa propagande guerrière et ses arguments patriotiques.
L’invocation de la défense de la
démocratie, toujours frauduleuse venant de l’armée française, est carrément
risible lorsqu’elle s’applique aux dictatures théocratiques et moyenâgeuses du
Golfe, qui n’ont rien à envier à celle de l’Iran. Le respect des traités et du
droit, par une ex-puissance coloniale, est tout aussi mensonger. Les traités de
défense mutuelle avec le Qatar, le Koweït et les Émirats arabes unis sont
l’expression diplomatique des liens économiques et militaires entre les
financiers et les industriels français et leurs homologues du Golfe. C’est la garantie
de leurs bénéfices mutuels, chiffrés en milliards d’euros. En même temps que
l’ordre impérialiste en général, ce sont ces bénéfices que l’armée française
défend là-bas, en même temps d’ailleurs qu’elle les arrondit.
Paul Galois (Lutte ouvrière n°3008)