Maroc :
contre la contestation, la répression à l’œuvre
Le mouvement de la jeunesse
marocaine, dit GenZ 212, qui revendique depuis le 27 septembre des
droits élémentaires dans les domaines de l’éducation et de la santé, se heurte
à une répression massive.
Publié le 22/10/2025
Jusqu’au 10 octobre, les
rassemblements et les marches étaient quasi quotidiens dans les grandes et
petites villes, réunissant de plusieurs centaines à plusieurs milliers de
manifestants. Ils ont été suspendus, non sans illusions, la veille de
l’allocution du roi Mohammed VI à son gouvernement pour la rentrée
politique.
Mais la première réponse à la
jeunesse contestataire a été celle de l’appareil de répression policier et
judiciaire, ce qu’au Maroc on appelle le Makhzen. Dès le début, les
manifestants ont subi des coups de matraque à la volée et des arrestations
violentes. À Oujda, une fourgonnette de la police a foncé sur les manifestants,
dont l’un a été mutilé. Début octobre, au sud d’Agadir, trois étudiants ont été
tués par des tirs des gendarmes. Les associations de défense des droits de
l’homme parlent de deux mille arrestations, dont une quarantaine de mineurs,
arrestations qui continuent et plombent les tentatives de regroupement.
Dans le même temps, les verdicts
tombent : d’un bout à l’autre du pays, des mois voire des années
d’emprisonnement. Dans la région d’Agadir, 17 jeunes ont écopé en moyenne
de dix ans de prison chacun. Un étudiant et organisateur de la ville de
Berkane, dans l’Est, a été condamné à dix mois pour avoir… posté le rendez-vous
du rassemblement dans sa ville !
L’État met tout son poids pour
intimider les manifestants. Les appels de la GenZ pour un « 2e round
», samedi 18 octobre, ont tout de même rassemblé à Rabat, Casablanca,
Marrakech quelques centaines de jeunes aux cris de « Liberté, dignité et
justice sociale », « Libérez-les tous » et « Akhannouch [Premier
ministre] dégage ! »
Lundi 20 octobre, le
gouvernement a annoncé un effort budgétaire faisant passer les sommes allouées
à la santé et à l’éducation de 118 milliards de dirhams en 2025 à
140 milliards (un peu moins de 14 milliards d’euros), soit une
augmentation d’un peu plus de 2 milliards d’euros. Mais le budget de la
défense passe, lui, de 133,5 milliards de dirhams (13 milliards
d’euros) en 2025 à 157 milliards (15 milliards d’euros).
Un adage populaire dit que «
trois choses ne peuvent être surmontées : le feu, l’inondation et le Makhzen ».
La présence connue d’agents de renseignement parmi la population, y compris
dans l’immigration et sur les réseaux sociaux, est là pour dissuader toute
critique trop ouverte de l’État et du roi. Ce sont bien eux les garants de
l’ordre social et de la bonne marche des affaires des bourgeoisies marocaine et
occidentale.
Louisa Guersif (Lutte ouvrière
n°2986)