Syrie :
Assad et l’impérialisme, complicité et oppositions
Publié le 18/12/2024
Avec leur cynisme habituel, les
dirigeants impérialistes se sont félicités de la chute de Bachar Al-Assad. Ils
ont fait mine de découvrir les crimes de son régime, Macron se réjouissant
qu’un « État de barbarie soit tombé ».
Mais, pendant plus de cinquante
ans, la famille Assad a imposé une dictature féroce en Syrie. Et pour les
dirigeants occidentaux ce régime a représenté un facteur de stabilité, même
s’il les a parfois gênés.
Hafez Al-Assad, officier de
l’armée de l’air, est arrivé au pouvoir à la suite d’une série de coups d’État
achevée en novembre 1970. Il appartenait à la branche syrienne du parti
Baas, le Parti de la résurrection arabe et socialiste. Celui-ci se voulait un
parti nationaliste panarabe remettant en cause les frontières tracées au
Moyen-Orient par la France et la Grande-Bretagne, qui avaient séparé ce qui
était devenu la Syrie, le Liban, l’Irak, la Palestine et la Jordanie. Ce
panarabisme teinté de socialisme trouvait alors un écho du côté des opprimés de
la région, maintenus dans la misère et dont les révoltes avaient été plusieurs
fois réprimées pendant les années d’occupation coloniale. Mais une fois
parvenus au pouvoir, en Irak comme en Syrie, les dirigeants baassistes
s’attachèrent d’abord à renforcer leur propre pouvoir et leur propre appareil
d’État, y compris contre le voisin, réduisant leur panarabisme à des mots et à
l’acceptation de fait des frontières tracées par l’impérialisme.
En Syrie, Hafez Al-Assad liquida
les opposants qui refusaient de se soumettre, installant des services de
renseignement militaires, les tristement célèbres mukharabat, redoutés jusqu’à
l’étranger. Nationaliste et cherchant à gagner une marge de manœuvre vis-à-vis
de l’impérialisme, il trouva le soutien de l’Union soviétique, se posa en champion
de la cause palestinienne et en ennemi d’Israël, mais en étant avant tout un
défenseur de l’ordre.
Ainsi, en 1976, c’est l’armée
syrienne qui intervint au Liban contre les milices palestiniennes et celles de
la gauche libanaise qui semblaient en mesure de l’emporter sur l’extrême droite
phalangiste. L’armée syrienne s’installa alors pour longtemps au Liban en
gardienne du statu quo afin de démontrer à l’impérialisme que, pour cela, il
pouvait compter sur elle. À plusieurs reprises, les chars syriens tirèrent sur
les milices palestiniennes pour qu’elles restent à leur place. En 1991, Assad
s’aligna derrière la coalition occidentale venue punir Saddam Hussein qui avait
voulu mettre la main sur le Koweit.
De Giscard d’Estaing jusqu’à
Sarkozy, tous les présidents français déroulèrent le tapis rouge aux Assad dans
l’espoir de s’en faire des alliés. En 1982, Mitterrand n’eut pas un mot pour
condamner le massacre de Hama – plus de 20 000 morts – perpétré par
l’armée syrienne pour mater une révolte dirigée par les Frères musulmans
syriens. En 2000, Chirac fut le seul dirigeant occidental à se rendre aux
obsèques d’Hafez Al-Assad. En 2008, Sarkozy invita même son fils Bachar à
assister au défilé du 14 juillet sur les Champs-Élysées. Durant toutes ces
années, les mukharabat pouvaient terroriser les opposants syriens jusqu’en
France.
Quand la révolte a gagné la
population syrienne en 2011 après la Tunisie, l’Égypte et la Libye, les
gouvernements occidentaux ont d’abord hésité à prendre leurs distances avec le
régime Assad. Puis, lorsque des groupes armés rebelles se sont constitués, ils
ont cherché à s’appuyer sur les uns ou les autres et encouragé la Turquie ou
l’Arabie saoudite à le faire. Ces manœuvres n’ont abouti qu’au développement de
groupes djihadistes de moins en moins fiables pour les Occidentaux, jusqu’à
l’émergence de Daesh, qui réussit à prendre le contrôle d’une grande partie de
la Syrie. Ce furent alors la Russie et l’Iran qui intervinrent, en pleine
complicité avec les Occidentaux, pour écraser et faire reculer Daesh. C’était
ainsi sauver le pouvoir d’Assad, en quelque sorte faute de mieux, et lui
permettre de continuer à massacrer son propre peuple.
Assad étant maintenant déchu, les
dirigeants occidentaux espèrent trouver dans les forces qui lui succèdent, HTC
et son chef, Ahmed Al-Charaa, des dirigeants capables de faire régner l’ordre
tout en restant présentables et suffisamment compréhensifs vis-à-vis des
intérêts impérialistes.
Pour la population syrienne, il
n’y a rien à espérer de leurs manœuvres.
Xavier
Lachau (Lutte ouvrière n°2942)