Chantiers
de l’Atlantique – Saint-Nazaire : chronique d’une fournaise annoncée
Au chantier naval de
Saint-Nazaire, comme dans beaucoup d’autres entreprises, la direction n’avait
rien prévu pour faire face à la canicule, pourtant annoncée par les
météorologues.
Publié le 01/07/2026
Dans des ateliers de tôlerie, à
la chaleur extérieure tapant sur les murs et les toitures métalliques,
s’ajoutait celle des chalumeaux et des pinces à souder. C’est le lundi 22 juin que
l’équipe d’après- midi a
appris quelques heures avant la débauche qu’elle pourrait venir travailler en quart du
matin ou en quart de nuit, mais seulement mardi et mercredi ! Et encore, cela
faisait suite à un rassemblement de travailleurs qui avaient profité de leur
pause pour aller demander des comptes à la direction pour l’équipe
d’après-midi.
Dans d’autres secteurs, en 2x8, le
responsable d’atelier a d’abord expliqué qu’il ne pouvait pas aménager les
horaires… pour ne pas créer de jalousie. Les ateliers mécanisés n’auraient
aucun aménagement d’horaires et les travailleurs détachés en deux fois 10 heures n’auraient aucun changement non plus ! À bord
des navires et sur les aires de travail en extérieur, la direction refuse
depuis des années de passer les équipes en horaires du matin quand il fait trop
chaud, pour ne pas payer la prime d’équipe qui va avec. Elle a donc maintenu le
travail d’après-midi, malgré la chaleur intenable dans ces fours métalliques
que sont les navires en construction.
La semaine avançant et la
surchauffe aussi, la plupart des équipes, y compris dans la sous-traitance,
sont passées en horaires du matin, créant des bouchons à l’embauche et à la
débauche sur un site où pointent tous les jours près de 10
000 travailleurs. En milieu de semaine, l’encadrement a fini par réaliser
que le travail n’était plus possible. Les responsables les plus corrects ont laissé
les travailleurs gérer la journée comme ils le pouvaient, les autres ont
disparu, se répandant en compassion écœurante lors de leurs rares apparitions.
Tandis que la tôle des navires atteignait les 65o C, les fontaines à
eau fraîche disponibles sur le site se sont mises à fournir de l’eau chaude et
ont finalement été condamnées. Et ce ne sont pas les quelques palettes de
bouteilles de 25 centilitres mises à disposition qui ont pu régler le problème.
Dans les selfs en préfabriqué,
les travailleurs de la restauration, derrière leurs fourneaux, sortaient des
plats froids au compte-goutte, de peur qu’ils ne tournent. Les vestiaires
étaient des fournaises, mais contrairement à l’hiver, les douches y étaient
chaudes ! Et pour finir, l’infirmerie a très vite été saturée. Jeudi 25, vers
13 heures la direction a décidé de faire
évacuer les bureaux sans clim et d’interdire le travail en extérieur. Dans certains services, l’information a mis 2 heures 15 à arriver, une demi-heure avant la débauche. Dans d’autres,
on attend toujours…
Dans la salle de pause d’un
atelier, un climatiseur a été installé, à la va-vite, bien enchaîné pour éviter
qu’il ne soit volé. Finalement, un chef d’atelier a fait sauter le cadenas pour
l’installer au chevet d’une machine en surchauffe dont le confort est pour lui
plus important que celui des travailleurs. Malgré tout, ces derniers ont eu
droit en remplacement à un ventilateur, qui a rapidement rendu l’âme. Enfin, le
vendredi on a appris que des brumisateurs seraient disponibles prochainement
dans les magasins du site.
Ce tableau illustre parfaitement
le fonctionnement normal d’une grande entreprise capitaliste : les paquebots,
concentré de luxe et de technologie, sont livrés en temps et en heure, les
brumisateurs, eux, arrivent après la fournaise. Pour qu’il en soit autrement,
faudra-t-il que les matelots se mutinent et débarquent le capitaine sur une île
déserte ?
Correspondant LO (Lutte ouvrière
n°3022)