Algérie :
mascarade électorale
En Algérie, la campagne pour les
élections législatives qui ont eu lieu le 2 juillet a
été marquée par un climat d’indifférence et
d’écœurement
face aux manœuvres du régime.
Publié le 01/07/2026
En effet, avant même que les
électeurs se prononcent, le pouvoir avait décidé quel candidat méritait de se
présenter et comment il devait faire campagne. Dans l’arbitraire le plus total,
des listes ont été invalidées et plus de 3 000 candidats sur 10
000 ont été écartés, accusés sans aucune preuve d’« atteinte aux bonnes
mœurs », d’« activités suspectes » ou d’être « en lien avec les
milieux d’argent » !
Si les partis qui ont fait
allégeance au président Abdelmadjid Tebboune, comme le FLN, le RND ou El Bina,
ont été concernés, ce sont surtout les partis dits d’opposition tels que le
RCD, le MSP, le FFS, ou le Parti des Travailleurs, qui ont été particulièrement
affectés. Mais ces derniers, après avoir dénoncé des accusations infamantes et
tenté des recours contre l’invalidation de leurs listes, se sont pour la
plupart rapidement inclinés devant le régime. En effet, ils ont sans honte
accepté de signer une charte électorale qui leur interdit toute critique du
bilan politique du pouvoir, ainsi que toute critique des programmes de leurs
rivaux ! C’était jouer le rôle de caution démocratique d’un régime qui refusait
que surgissent des polémiques et des débats qui auraient permis au mécontentement
populaire de s’exprimer.
D’un bout à l’autre du pays,
reprenant le refrain autorisé par le pouvoir, les dirigeants des partis ont
mené campagne comme si de rien n’était et ont répété que la participation au
scrutin et en particulier celle de la jeunesse était un enjeu majeur. Si Cherif
Hassani du parti islamiste MSP, la définit comme « essentielle », Louisa
Hanoune, du Parti des Travailleurs, en a fait un gage de prospérité et Youcef
Aouchiche, du FFS, « une responsabilité nationale et un exercice
démocratique important ». Ils ont parlé de démocratie alors que la vie
politique est verrouillée, que des cheminots sont en prison pour avoir lutté
pour un salaire décent et que la justice s’acharne sur des femmes pour leurs
mœurs et leur liberté de ton !
Ces partis dits d’opposition
prétendent se distinguer du régime mais, sur le fond, ils reprennent ses
discours sur les sacrifices nécessaires pour le bien de la nation. Mais quelle
nation défendent-ils ? Est-ce celle des travailleurs à qui on impose des
sacrifices ou celle des bourgeois qui s’engraissent en les exploitant et en
détournant les richesses du pays ?
Les travailleurs et les classes
populaires sont excédés de voir leur salaire et leur retraite bloqués, excédés
de ne pouvoir vivre dignement et de voir une fraction de la jeunesse fuir le
pays. Ils sont excédés du mépris des patrons et des dignitaires du régime à
leur égard.
Alors que la population subit une
dégradation insupportable de ses conditions d’existence, cette mascarade
électorale a de quoi écœurer. Derrière elle s’abritent les dirigeants de
l’armée pour régler leurs affaires et leurs différends, au bénéfice des classes
possédantes. Cela ravive le sentiment de mépris ressenti lorsque, en 2019,
Bouteflika, malade, muet et impotent, avait été présenté à un cinquième mandat,
ce qui avait déclenché le mouvement du Hirak.
Le « dégagisme » exprimé
contre tous ces clans politiciens n’avait pas permis de dégager le système.
Mais un profond sentiment de rejet anime toujours les travailleurs, qui doit
les amener à s’organiser et à se mobiliser pour la défense de leurs propres
intérêts.
Leïla Wahda (Lutte ouvrière n°3022)