Medef : le patronat sort ses
cartes
Medef :
le patronat sort ses cartes
Tandis que les candidats déclarés
ou potentiels à l’élection présidentielle multiplient les promesses pour
attirer les électeurs, la feuille de route du futur élu est en préparation…
dans les bureaux du Medef.
Publié le 24/06/2026
L’organisation patronale vient en
effet de publier une brochure intitulée Cartes sur table, dans laquelle
elle déroule ses exigences. Si l’on écoute son président, Patrick Martin, le
seul objectif du Medef serait de « redonner du pouvoir d’achat, par le
travail, pour l’emploi, de sorte que tout le monde ait la patate ». Et,
pour cela, rien ne vaudrait les remèdes patronaux.
Des dizaines de pages de
graphiques sont censées démontrer que les salariés français ne travaillent pas
assez par rapport à ceux d’autres pays, qu’ils coûtent trop cher, que le
soutien public au développement des nouvelles technologies est insuffisant ou
encore que les riches financent massivement les aides sociales par l’impôt. Il
faudrait aussi s’inquiéter d’un « rapport au travail qui se détériore »,
puisque seuls 8 % des salariés français se sentiraient « engagés dans leur
entreprise », ce qui serait une cause majeure de la hausse continue des
arrêts maladie.
Viennent ensuite les solutions
qui sont, sans surprise, dans la continuité de la politique anti-ouvrière que
tous les gouvernements mettent en œuvre : faire la chasse aux travailleurs en
arrêt maladie, reculer l’âge de la retraite, supprimer complètement les impôts
de production, déjà largement rabotés par Macron, diminuer les dépenses de
santé et, bien sûr, réduire encore les cotisations sociales des entreprises.
Celles-ci ont déjà été massivement réduites sur les bas salaires. Mais,
déplorent les auteurs du livret, lorsqu’un patron verse un salaire de 1,5 smic,
il paie encore des cotisations sociales ; dès lors, « le salarié ne perçoit
qu’une fraction de l’effort consenti par l’employeur ». Comme si ce n’était
pas l’effort des salariés qui nourrit les bénéfices des patrons, et non
l’inverse ! Toutes ces mesures auraient, bien sûr, un effet vertueux sur la
compétitivité et généreraient en retour la création de 260 000 emplois.
C’est nettement moins que le million d’emplois promis en 2014 par un
prédécesseur à la tête du Medef, et qui n’ont, bien entendu, jamais vu le jour.
Le livret appelle aussi à «
évaluer systématiquement chaque politique publique, supprimer les dispositifs
inefficaces et rendre visibles les résultats concrets obtenus pour chaque euro
dépensé ». Gageons que cette exigence de transparence n’est pas censée
s’appliquer aux quelque 200 milliards d’euros d’aides publiques, niches
fiscales, exonérations et crédits d’impôt accordés chaque année aux
entreprises, ni aux dispositifs qui permettent à des milliers de millionnaires
de ne pas payer un euro d’impôt sur le revenu.
Le programme défendu par ce
livret ne sera pas envoyé sur papier glacé aux électeurs au printemps prochain
dans les enveloppes de propagande électorale. Mais les travailleurs auront bien
à combattre les mesures qu’il contient, quel que soit le futur vainqueur de
l’élection.
Claire Dunois (Lutte ouvrière
n3021)