dimanche 12 juillet 2026

Iran : derrière la démonstration de force, la guerre contre les exploités

Iran : derrière la démonstration de force, la guerre contre les exploités

Le régime iranien a transformé en démonstration de force les funérailles d’Ali Khamenei, le guide suprême tué par une frappe israélo-américaine le 28 février, premier jour de la guerre.

Publié le 08/07/2026

 


Les journalistes venus du monde entier ont pu montrer la marée humaine venue défiler à Téhéran à l’occasion de ces obsèques. Des millions de personnes ont en effet participé à cette commémoration en criant vengeance contre les États-Unis et Israël. Moins de six mois après les manifestations de janvier et leur terrible répression, le régime démontre qu’il a retrouvé un certain soutien populaire. La guerre déclenchée par Trump et Netanyahou, en visant les infrastructures civiles, en bombardant des immeubles d’habitation, a contribué à créer cette union nationale. Et les dirigeants du régime jouent à fond la carte de la fierté d’avoir tenu tête à l’impérialisme.

Ces obsèques ont mis en lumière les nouveaux hommes forts du régime, la plupart issus des Gardiens de la révolution, rendant encore plus flagrante l’absence de Mojtaba Khamenei, désigné comme nouveau Guide suprême mais invisible depuis cette nomination. Elles ont été l’occasion d’accueillir les représentants officiels de nombreux pays, avec des nuances. Ainsi les délégations russe, chinoise et qatarie ont été saluées plus chaleureusement que celle de la Turquie, accusée d’être restée silencieuse depuis le 28 février.

Certains opposants au régime ont participé aux cérémonies, y compris des femmes non voilées venues par patriotisme et pour dénoncer les frappes américaines, alors qu’elles se sont battues contre le voile. Cependant, bien des travailleurs voient cette agitation avec distance. Car les raisons de haïr ce régime antiouvrier et corrompu n’ont pas disparu : pénurie d’eau, inflation, répression, et une situation économique qui continue de se dégrader.

En neuf ans, entre mars 2016 et avril 2025, l’indice des prix à la consommation des denrées alimentaires a augmenté de 4 000 %, frappant en premier lieu les plus pauvres. Pour le seul mois de juin 2026, l’inflation globale dépasse 60 %. La guerre a aggravé encore la situation économique. Aux conséquences des destructions, au chômage qui augmente et touche particulièrement les femmes, aux problèmes d’eau, s’ajoutent les retards de salaire et les licenciements. Parmi les dernières annonces, la société industrielle maritime d’Iran, Sadra, des chantiers navals, a annoncé 58 licenciements.

La répression continue contre les militants ou les simples manifestants de janvier, avec des arrestations et des exécutions quotidiennes. Ainsi Sharifeh Mohammadi, militante pour les droits des travailleurs et des femmes, a de nouveau été arrêtée cette semaine.

Mais la répression n’empêche pas des mouvements de contestation et notamment des grèves. Des enseignants et des soignants se sont mobilisés fin juin à Téhéran. À la mine de cuivre Derakhshan Takht-e Gonbad dans la région de Sirjan, les grévistes dénoncent les trois mois de retard de salaire ; à l’usine Barak à Rasht, où on tisse de la laine, une grève est en cours. Sur la banderole des grévistes visible sur X on peut lire : « Des travailleurs iraniens crient au scandale, 19 mois de salaires impayés, 42 mois d’assurance non versée, le conseil d’administration et les actionnaires doivent nous rendre des comptes».

Pendant que les dirigeants iraniens montrent les muscles face à l’impérialisme, ils mènent sans retenue une guerre de classe contre les travailleurs et font subir leur dictature à toute la population.

                                                        Elise Patach (Lutte ouvrière n°3023)

 

Les prochaines permanences et rendez-vous prévus à Argenteuil :

-Aujourd’hui dimanche 12 juillet, de 11 h. à midi au marché Héloïse.

 

Airbus : Enfadados con Airbus ! En colère contre Airbus !

 

Notre langue internationale : celle de la lutte de classe

 

A Séville le 10 juillet

De nombreux travailleurs des sites de Getafe à Madrid et depuis jeudi d’Albacete à Seville se sont mis en grève. Ils réclament le rattrapage de leur pouvoir d’achat, en baisse de presque 12 % depuis 7 ans et la fin des attaques contre les accords de télétravail.

         Comme ici les travailleurs galèrent pendant que les actionnaires se gavent avec les 2,5 milliards d’euros de dividendes versés. Nos camarades de l’autre côté des Pyrénées se sont organisés en votant la grève en assemblée générale et en élisant leurs représentants. Ils ont voté pour un comité de grève qui organise la lutte. Ils utilisent les réseaux et soutenus par les syndicats, ils entendent négocier directement avec la direction pour obtenir satisfaction.

         Nos camarades espagnols parlent la seule langue internationale qui permet de se faire respecter : la lutte de classe !

Macron : au marché à Damas

 Macron : au marché à Damas

Publié le 08/07/2026

Visite annoncée la veille du départ, lunettes d’aviateur et accolades avec le dirigeant syrien Ahmed al-Charaa : pour la première visite à Damas d’un chef d’État européen depuis la chute de Bachar el- Assad, Macron a joué son rôle de représentant de commerce des capitalistes français, attirés par le marché de la reconstruction.

Macron a multiplié les discours sur la paix et la souveraineté de la Syrie qui, pour les dirigeants français, signifie surtout le retour d’un pays ouvert aux investissements étrangers. Le président était bien sûr accompagné d’une délégation de chefs d’entreprise. CMA CGM a profité du voyage pour signer un contrat de fret aérien, après avoir obtenu le renouvellement pour trente ans de sa concession du terminal à conteneurs du port de Lattaquié en 2025, puis l’exploitation de deux plateformes logistiques en mai dernier. Airbus négocie la vente de huit avions à l’État syrien. TotalEnergies, Thales et d’autres patrons ont participé au forum économique franco-syrien organisé à cette occasion.

Après quinze années de guerre, la Syrie est ravagée. Routes, réseaux d’eau et d’électricité, hôpitaux ou usines sont à reconstruire. Les besoins sont évalués à 216 milliards de dollars par la Banque mondiale, dont 7 milliards pour le seul réseau électrique. Depuis la levée de l’essentiel des sanctions occidentales, les multinationales américaines, turques, chinoises ou des monarchies du Golfe se disputent ce marché, qui reste encore largement virtuel vu l’absence de moyens financiers de l’État syrien. Macron est venu aider les capitalistes français à y prendre leur place.

Il renoue ainsi avec une vieille tradition, car les intérêts français en Syrie sont anciens. Les gouvernements français ont longtemps entretenu de bonnes relations avec la dictature d’Hafez el-Assad et, en 2008 encore, Sarkozy avait invité son fils et successeur Bachar el-Assad au défilé du 14 juillet. Pendant toute la guerre, CMA CGM a conservé sa concession du port de Lattaquié. Lafarge a financé indirectement l’organisation État islamique pour maintenir en activité sa cimenterie de Jalabiya, avant d’être condamné par la justice. TotalEnergies, qui était l’un des principaux producteurs de gaz et de pétrole dans le pays, a dû suspendre ses activités pour se conformer aux sanctions européennes contre le régime ; son PDG Pouyanné est en discussion pour un contrat d’exploration offshore, première étape d’un retour du groupe dans le secteur énergétique syrien.

Face aux dizaines de milliards que ces multinationales rêvent d’encaisser, les 50 millions d’euros saisis par la justice française à la famille Assad, dont Macron a annoncé la restitution à la Syrie, sont dérisoires.

Pour les Syriens, les ruines sont le résultat de quinze années de guerre. Pour les grandes puissances et leurs multinationales, elles sont un marché à conquérir.

                                                                  Claire Dunois (Lutte ouvrière n°3023)

Lidl : le mépris en promo

 

Lidl : le mépris en promo

Le 2 juillet, de nombreux médias ont relayé des scènes de bousculades, voire de bagarres, dans des magasins Lidl. Des clients s’y pressaient pour acheter un climatiseur ou un ventilateur bon marché, alors que la nouvelle vague de canicule s’annonçait.

Publié le 08/07/2026

 

L’enseigne avait promis 200 000 ventilateurs et climatiseurs, avec des ventilateurs à moins de 15euros et des climatiseurs mobiles à 179euros. En réalité, avec quelques climatiseurs par magasin, les rayons ont été vidés en quelques minutes. Lidl maîtrise ce genre d’opération publicitaire autour de produits recherchés que l’enseigne met en vente à bas prix mais en petites quantités.

Cette promotion gonflera peut-être un peu plus les milliards d’euros de chiffre d’affaires de Lidl. Elle a d’ores et déjà servi de prétexte à un déchaînement de mépris contre des pauvres accusés de ne pas savoir se tenir, devant des vidéos de cohue autour des rares appareils disponibles, comme s’il était incompréhensible d’espérer trouver un ventilateur ou un climatiseur à un prix abordable.

Le scandale est ailleurs, dans les décisions de ces grands patrons qui, à l’instar de l’héritier multimilliardaire propriétaire de Lidl, imposent des salaires trop bas, obligeant les familles ouvrières à vivre dans des logements bouilloires et à passer des heures dans des transports étouffants.

                                                   L. P. (Lutte ouvrière n°3023)