mardi 16 juin 2026

Éditorial des bulletins Lutte ouvrière d’entreprise du lundi 15 juin 2026

 Trump, G7 : les agents du chaos

 Publié le 15/06/2026

 

Que les choses sont bien huilées ! Juste avant de fêter ses 80 ans et transformer le jardin de la Maison Blanche en salle de MMA, Trump, triomphant, a annoncé avoir trouvé un protocole d’accord avec l’Iran. 

« J’autorise pleinement la réouverture du détroit d’Ormuz sans droits de passage et, parallèlement, la levée immédiate du blocus naval américain. Navires du monde entier, mettez les moteurs en marche. Que le pétrole coule à flots ! », a écrit Donald Trump dans un message sur son réseau Truth Social, comme s’il était le maître du monde. 

Cette mise en scène est d’autant plus répugnante que ce pétrole a plus que jamais l’odeur du sang des Palestiniens, des Libanais et des Iraniens. 

En réalité, les États-Unis enregistrent un revers cinglant, car ils ne sont précisément ni les maîtres incontestés du Moyen-Orient, ni les maîtres du détroit d’Ormuz. Le régime iranien a démontré sa capacité à résister et à imposer ses propres conditions. On ne sait d’ailleurs pas quelle est la teneur exacte du protocole d’accord. 

Les États-Unis et l’Iran sont surtout d’accord pour arrêter les frais de cette guerre qui coûte si cher aux uns et aux autres. Et peut-être se sont-ils mis d’accord sur la liste… de leurs désaccords, reportés à des négociations ultérieures !

Le fait est que la première puissance mondiale ne peut pas soumettre les peuples comme elle le veut, ni piller comme elle le veut toute une région. Et cela ne peut que nous réjouir car la domination de l’impérialisme coûte cher à tous les peuples. 

La paix et la sécurité ?

Après avoir soutenu la fuite en avant génocidaire de l’État d’Israël, après avoir lui-même embrasé le Moyen-Orient en bombardant l’Iran, Trump promet « paix et sécurité à toute la région ». Comme si la paix pouvait se construire sur une montagne de cadavres et de destructions ! Comme si elle pouvait aller de pair avec la colonisation de la Cisjordanie, l’occupation militaire et la politique de terreur de l’État israélien !

Si un accord donnait lieu à un véritable cessez-le-feu, ce serait évidemment un soulagement pour tous les peuples de la région qui ont tant à faire pour panser leurs plaies et reconstruire de quoi retrouver une vie supportable. Mais la poudrière qu’est le Moyen-Orient n’a fait que se charger de plus de matériel explosif. 

Sur le terrain économique, beaucoup annoncent la fin du cauchemar car la vague inflationniste serait endiguée par la réouverture du détroit d’Ormuz. C’est encore à voir ! Les cours du pétrole ont baissé, mais les hausses enregistrées ces derniers mois continuent de se répandre tel un poison lent dans tous les secteurs de l’économie. Les pénuries d’engrais, c’est certain, vont provoquer une crise alimentaire majeure dont les effets seront ressentis partout, avec d’importantes répercussions sur les autres secteurs. 

La crise toujours à l’horizon

D’autres bombes à retardement menacent l’économie. La dette des États en est une. Elle a bondi au cours de cette crise et va continuer de gonfler parce que les taux d’intérêt ont augmenté et parce que tous les États s’endettent pour acheter missiles, drones, avions de chasse... 

Une autre menace est la folie spéculative autour de l’intelligence artificielle. En faisant entrer en Bourse sa société SpaceX, Elon Musk a attiré des dizaines de milliards de dollars de capitaux lui permettant de devenir le premier « billionnaire » de l’histoire, un milliardaire dont la fortune dépasse les 1 000 milliards.

C’est d’autant plus révoltant que cet argent provient de notre travail à tous, travail dont le fruit est capté par les grands financiers. Travailler plus, produire plus et dégager plus de profits ne fait pas plus d’argent pour les salaires, les retraites, la santé, ni pour les investissements utiles. Cela fait plus de milliards engloutis dans les coups boursiers et les fortunes d’une toute petite minorité. Et cela nous rapproche d’un nouveau krach.

Voilà le monde que nous organisent les chefs d’État qui se sont réunis à Évian dans le cadre du G7 ! Les regarder se congratuler, satisfaits d’eux-mêmes, et parler au nom des peuples est insupportable. 

Un nid de brigands dont il faut se débarrasser

Réunis autour d’un Trump qui ne manquera pas de faire le show, ces dirigeants feront mine de s’entendre, alors qu’ils sont à couteaux tirés. Alors que le monde est marqué par des relations économiques tendues et guerrières, sans autre principe que la loi du plus riche et du mieux armé. Ils ne peuvent pas mettre de l’ordre dans le chaos, ils en sont les principaux agents ! 

                                                                                         Nathalie Arthaud



                                                                    

Communisme ou barbarie ?

L’hideux visage du capitalisme pourrissant

 

 

Le monde a basculé dans une période de violences inégalée depuis 1946, rapporte une étude, avec actuellement 65 conflits recensés impliquant au moins un État. Le nombre d’attaques visant les civils explose aussi. On recense au minimum 118 millions de personnes déplacées de force par la guerre ou autres formes de violences.

         Cette barbarie généralisée ne doit rien au hasard, mais tout à un capitalisme pourrissant, qui ne peut trouver de perspectives de profits qu’en pillant ou détruisant ce qui a été construit.

 

SpaceX : fusée spéculative

… jusqu’à ce que la fusée spéculative explose

 


Elon Musk, déjà le plus riche capitaliste du monde, a introduit son groupe SpaceX en Bourse, faisant miroiter la création de colonies sur Mars ou de data center dans l'espace... Alléchés, les spéculateurs s'arrachent les actions, persuadés de détenir un ticket gagnant de la loterie capitaliste, où les géants de la tech et de l'IA ont pris la place des rois de la mine et du rail d'hier.

         Cette entreprise pourrait être valorisée à 2 000 milliards de dollars, soit 100 fois son chiffre d'affaires annuel !

         Ce type d’absurdité financière devient la normalité du capitalisme, puisque les parasites de la bourgeoisie sont toujours prêts à faire décoller leur fortune tout en créant les conditions d'une explosion en plein vol du système financier et de toute l'économie.

 

Iran : la population face à la guerre

 Iran : la population face à la guerre

Le 6 juin, en Iran, des raids israéliens ont visé Téhéran, Tabriz, Ispahan, et des installations pétrolières à Mahshahr, où des ouvriers s’étaient mobilisés en mai contre des licenciements.

Publié le 10/06/2026

Ces bombardements ont fait replonger la population iranienne dans la terreur de la guerre après deux mois d’accalmie suite à la trêve du 8 avril. Celle-ci, très précaire, n’avait pas effacé les graves conséquences des bombardements du mois de mars. L’inflation, déjà élevée depuis plusieurs années, s’est envolée depuis la guerre. Elle atteint désormais plus de 50 % officiellement sur un an, et pire encore pour les produits alimentaires avec 130 %, et même 430 % pour l’huile, et 340 % pour les œufs.

Le chômage et la pauvreté augmentent donc aussi. Les salaires sont souvent suspendus dans les entreprises industrielles endommagées, quand les ouvriers ne sont pas tout simplement licenciés. Dans le complexe industriel de Mobarakeh, seuls les employés administratifs ont pu reprendre le travail, soit 1 900 salariés sur 27 000.

La guerre de mars aura des conséquences durables. La destruction des installations pétrolières et des dépôts de carburant avait déclenché une « pluie de pétrole » pendant plusieurs jours. Selon des professionnels de santé, cette pollution massive aura des implications sanitaires à long terme sur le système respiratoire de nombreux habitants.

Dans ces conditions, moins de six mois après les massacres de manifestants de janvier, le régime réussit à mobiliser contre Israël une partie de la population, y compris dans la fraction qui lui est hostile. Des brigades de femmes, pas toutes voilées, s’affichent en armes, prêtes à faire face à une éventuelle invasion terrestre. La mobilisation de la jeunesse rencontre aussi un certain succès : alors qu’en 2023, même dans les écoles élémentaires, des adolescentes déchiraient le portrait du guide suprême de leur manuel et lançaient des projectiles sur les représentants des autorités, aujourd’hui des jeunes s’engagent dans les milices du régime avec leurs parents.

En même temps, la répression contre les opposants s’intensifie, marquée par des arrestations, des tortures, des exécutions par pendaison des manifestants arrêtés en janvier ou lors du mouvement Femmes, vie, liberté. Près de 700 condamnés ont été exécutés depuis le début de l’année. Depuis la reconnexion d’internet, les images de la violence de la répression de début janvier font désormais le tour du monde.

Cette répression n’empêche pas la contestation de s’exprimer. Dans les universités, la mobilisation contre un changement du mode d’admission qui favorise les plus riches touche de nombreuses villes. Des slogans s’attaquent au pouvoir et appellent à ne pas reculer devant la répression : « N’ayons pas peur ! plutôt la mort que l’humiliation, nous avons entendu des promesses et pas vu de résultats ». Les obsèques de manifestants exécutés ou assassinés par le régime donnent parfois lieu à des rassemblements monstres, comme par exemple celles des frères Veisi, le 30 mai, des militants kurdes, tués deux jours auparavant dans un raid des gardiens de la révolution.

Des luttes ont toujours lieu, et notamment des grèves contre des licenciements. Des travailleurs du pétrole appellent à s’organiser pour obtenir de meilleures conditions d’existence. Ils dénoncent sur les réseaux sociaux les conséquences de la guerre sur leurs conditions de travail et « la minorité répressive qui détient le pouvoir et la richesse, qui cherche à se venger des grévistes du secteur pétrolier ». La mobilisation et l’organisation de ces travailleurs montrent que la classe ouvrière continue à représenter une force face à ce régime dictatorial à qui la guerre israélo- américaine a donné un répit.

                                                   Élise Patach (Lutte ouvrière n°3019)

Argenteuil, stèle Jean Moulin et rivalités pour la même politique d'Union nationale

Surenchères et polémiques politiciennes

 

 

Le Conseil National de la Résistance 

La tribune virulente de la « majorité municipale » de ce mois dans le magazine Ma Ville a dû passer à des années-lumière des préoccupations des habitants. Une polémique à propos des dépôts de gerbes sur la stèle à la mémoire de Jean Moulin et l’absence du député du cru qui avait délégué son dépôt, ce qui n’est, paraît-il, pas possible de faire. Des pétales et des cris d’orfraie qui volent… Inintéressant.

         En revanche, c’est l’allégeance manifeste des deux camps à Jean Moulin.

         Haut fonctionnaire, celui-ci devint le représentant de De Gaulle pour l’ensemble du territoire métropolitain, occupé ou relevant de l’État français de Pétain. À ce titre, il fut chargé de créer le Conseil National de la Résistance (CNR) qui allait unir toutes les forces opposées à Pétain, politiques, syndicales, et mouvements de la Résistance. Celui-ci fut fondé le 27 mai 1943. Arrêté en juin, torturé, Jean Moulin mourut quinze jours plus tard sur le chemin de l’Allemagne.

         Ce CNR avait mission de préparer les lendemains de la guerre, de rétablir l’État bourgeois, et d’éviter tout mouvement révolutionnaire susceptible de le renverser. Il fut principalement l’expression d’un « deal » entre De Gaulle et les dirigeants du PCF dont l’influence dans la classe ouvrière était nécessaire à la réalisation de ce programme contre révolutionnaire.

         Pour en revenir à la petite affaire locale du fleurissement de la stèle Jean Moulin, ce que l’on peut constater, c’est qu’au-delà de la surenchère véhémente entre la municipalité et son opposition, les deux se retrouvent unis dans la même référence au-delà de la mémoire de Jean Moulin à la politique d’Union nationale, celle de la conservation de l’ordre bourgeois. DM