Lyhanna :
un meurtre révoltant et une démagogie politicienne insupportable
Publié le 08/06/2026
On ne peut qu’être consterné et
en colère face aux négligences qui ont permis le meurtre de Lyhanna. Mais
entendre Macron et Darmanin reporter toute la responsabilité sur des greffiers
et des magistrats débordés est révoltant.
Macron est à l’Élysée depuis
2017. Darmanin a été ministre de l’Intérieur pendant quatre ans, et il est
ministre de la Justice, depuis un an et demi. Ils ne seraient responsables de
rien ?
Ils prétendent avoir fait des
violences sur les enfants leur priorité. Quelle mauvaise blague ! La spécialité
de Retailleau et de Darmanin est de faire de la démagogie sécuritaire sur le
dos des travailleurs immigrés.
Pour jouer les gros bras, ils ont
fait construire des prisons de haute sécurité et ont durci les lois, mais ils
n’ont jamais donné les moyens que les magistrats leur demandaient pour
fonctionner au quotidien. C’était moins spectaculaire et cela aurait sans doute
coûté trop cher aux yeux du grand patronat.
De la
démagogie, encore et toujours !
Aujourd'hui, Darmanin joue au
champion de la protection de l’enfance et des femmes. Il a convoqué tous les
procureurs généraux du pays et leur a ordonné de purger les 70 000 dossiers en
souffrance, quand bien même cela leur coûterait leurs week-ends et leurs
vacances. Encore de la démagogie !
En matière de violences envers
les femmes et les enfants, son bilan est accablant. Les faits de violence
signalés se multiplient. Un enfant serait agressé toutes les trois minutes dans
le pays et une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint
ou ex-conjoint.
Quant à l’aide sociale à
l’enfance (ASE), elle est dépassée : des milliers d’enfants jugés en danger
dans leur famille et qui devraient être placés dans des familles d’accueil ne
le sont pas, faute de moyens. En l’absence de suivi, les enfants placés sont
souvent victimes de nouvelles maltraitances, parfois même dans des familles
d'accueil !
Une
justice qui dysfonctionne… comme la société
Il y a, bien sûr, à redire sur la
façon dont la justice fait son travail. Qui n’a pas été choqué en entendant le
témoignage de la maman qui a déposé plainte contre le meurtrier présumé de
Lyhanna, il y a neuf mois, pour le viol de sa fille de 11 ans ?
Comme elle s’obstinait à suivre
l’avancée de l’enquête en appelant régulièrement la gendarmerie,
elle a été menacée d’être poursuivie pour harcèlement. Voilà comment les
petites gens sont respectées ! Imagine-t-on un tel accueil pour un notable ou
une célébrité ?
Cela rappelle la façon dont bien
des femmes sont accueillies dans les commissariats, et le nombre de féminicides
commis par des conjoints ou ex-conjoints supposés être sous surveillance. Et
cela n’est pas uniquement lié à des problèmes d’incompétence ou de
moyens.
La justice et la police ne sont
pas en dehors de la société. Les magistrats, les enquêteurs ou les policiers
sont eux-mêmes marqués par les préjugés de toutes sortes et par le mépris
social omniprésent. On trouve d’ailleurs des voleurs, des violeurs et des
meurtriers jusque dans leurs rangs.
La
justice au service de la population ?
« La justice doit protéger et
rendre des comptes à la population », entend-on. Mais toute la
machinerie de l'État, armée, police, justice, est précisément mise hors de tout
contrôle de la part du citoyen ordinaire. Demander son matricule à un agent de
police, critiquer une décision de justice peuvent être vus comme des outrages
passibles de poursuite.
Il y a une raison à cela, c’est
que l’État n’est pas là pour protéger la population. Il défend les intérêts de
la minorité de possédants les plus riches. Il veille à ce que l’exploitation et
les inégalités se perpétuent en poursuivant et réprimant les contestataires.
Les moyens ne manquent d’ailleurs pas pour empêcher ou disperser les
rassemblements. Et combien se sont retrouvés gardés à vue et poursuivis pour
avoir seulement manifesté !
Alors, n’attendons pas de
miracles de cette justice bourgeoise et encore moins des politiciens qui la
dirigent ! On ne combattra pas les comportements asociaux, individualistes et
violents sans changer en profondeur la société.
Le bourreau de Lyhanna est le
père d’une de ses amies. Et combien de femmes, de filles et de garçons sont
victimes de membres de leur famille ou de leur entourage ? Ces crimes,
tristement courants, ne viennent pas de nulle part. La frustration, le sexisme,
les rapports de domination qui imprègnent la société, ont des effets
dramatiques sur les relations entre hommes et femmes, entre adultes et enfants.
Ce sont ces racines qu’il faut arracher. Cela ne peut se faire qu’en menant un
combat de fond contre l’ordre social.
Nathalie ARTHAUD