Incendies
de Gironde : une forêt malade de son exploitation
Au-delà du manque évident de
moyens aériens, ceux qui ont affronté les flammes en Gironde et dans les Landes
fin juillet ont aussi dû affronter une forêt taillée avant tout pour
l’exploitation commerciale du pin.
Publié le 12/08/2026
La forêt des Landes et de
Gascogne couvre un million d’hectares, à 90 % privés, générant un chiffre
d’affaires de 10 milliards d’euros par an. Cette forêt de pins fut plantée au
19e siècle, sous l’égide de l’État et de Napoléon III, par les paysans de la
région afin d’assécher les marais et de produire du bois et de la résine. Aujourd’hui,
c’est le bois qui reste principalement exploité. Si de nombreux petits
propriétaires disposent toujours de quelques hectares, parfois abandonnés,
l’exploitation du pin est dominée par quelques grandes dynasties de
sylviculteurs et une poignée de sociétés financières.
Le fait que la forêt soit
exploitée et divisée en propriétés privées a favorisé l’incendie. Ainsi, à lire
les enquêtes de terrain, le feu qui a démarré le 22 juillet à 12 heures à
Saumos a pu se répandre très vite parce qu’il s’est nourri de parcelles
forestières non débroussaillées, contrairement aux obligations légales, et de
sous-bois « sales », « certains sylviculteurs n’ayant pas fait
leur job » de nettoyage des sous- bois et des pare-feux, ont déclaré les
pompiers. Ceux-ci ont aussi buté sur des clôtures. Ainsi vers 13 heures le 22
juillet, moins d’une heure après son démarrage, ils rapportent que le feu s’est
propagé à l’intérieur d’une chasse de 200 hectares protégée par une clôture. Le
temps de contourner la propriété, le feu a pris une puissance telle qu’il a
définitivement échappé aux moyens que les pompiers avaient au sol.
La gestion de cette forêt est en
partie déléguée à la DFCI (Défense des forêts contre l’incendie). Cet
organisme, financé par une taxe sur les propriétés mais largement abondée par
les subventions publiques, assure l’entretien des grandes pistes forestières et
une partie des pare-feux, les plus grands, et l’accès à l’eau pour les
pompiers. Mais dans certaines communes où la taxe est faible ou le budget
municipal contraint, les DFCI locales n’ont pas les moyens de faire passer tous
les ans le gyrobroyeur sur l’intégralité de leur réseau. Certains pare-feux ne
sont ainsi nettoyés que tous les trois à cinq ans, ce qui se révèle
insuffisant.
Les pompiers dénoncent aussi le
fait que « les zones de contact avec la forêt ont augmenté ». Ces
dernières années, certains maires, contraints par leurs finances communales,
ont fait bien des concessions pour accueillir de nouveaux habitants. Mais
surtout, les sylviculteurs s’accrochent au moindre hectare à exploiter : bien
des pare-feux qui leur incombent ont été réduits à la seule route
départementale, la forêt les bordant des deux côtés. Une bande de sable de 30 à
50 mètres représente des hectares de pins qui ne seront jamais vendus, une
surface qu’il faut en plus nettoyer régulièrement et sur laquelle les taxes
foncières s’appliquent.
Le mégafeu de 2022, dans la même
forêt, avait été qualifié d’incendie du siècle. Celui de 2026 l’a dépassé et
l’avenir sera pire encore. Le réchauffement climatique, fruit de l’anarchie
capitaliste, fait monter les températures, l’air et la végétation seront de
plus en plus secs l’été, créant des conditions encore plus favorables pour de
nouveaux incendies. Mais l’exploitation capitaliste de la forêt les favorise
encore. Ainsi après les incendies de 2022, les sylviculteurs ont réintroduit le
même pin maritime sur l’immense majorité des surfaces à reboiser, parce qu’il
s’agit pour eux de l’espèce la plus rentable, même si c’est l’une des plus inflammables.
Un tel système promet encore bien des désastres.
Serge Benham (Lutte ouvrière
n°3028)