Migrants :
xénophobie sans frontières
L’arrivée soudaine dans l’enclave
espagnole de Ceuta de quelque 70 000 jeunes Marocains – dont la quasi-totalité
est retournée immédiatement au Maroc – a continué d’alimenter la campagne
xénophobe et antimigrants de nombreux dirigeants européens.
Publié le 12/08/2026
La palme revient à la Première
ministre italienne, Giorgia Meloni, qui a rétabli les contrôles aux frontières
pour les vols et les bateaux en provenance d’Espagne. En rétorsion, Pedro
Sanchez, Premier ministre espagnol, a annoncé la mise en place de contrôles
d’identité pour les voyageurs venant d’Italie. Meloni et Mette Frederiksen, Première
ministre du Danemark, une social-démocrate qui remue la même boue xénophobe et
raciste que son homologue italienne d’extrême droite, ont publié une lettre
ouverte aux instances de l’Union européenne (UE). Elles en appellent à « la
protection de l’héritage chrétien de l’Europe », dénoncent la prétendue «
immigration incontrôlée » et réclament la création de centres de retour
dans des pays hors de l’UE, comme l’Albanie où l’Italie a construit de telles
prisons dans le but d’y parquer les étrangers sans papiers.
De son côté, Friedrich Merz, le
chancelier allemand, exige que l’Italie et la Grèce récupèrent les demandeurs
d’asile arrivés en Allemagne après avoir débarqué dans l’un de ces deux pays.
Il invoque l’accord signé le 12 juin entre tous les pays de l’UE tandis
que Meloni en conteste les modalités. L’un et l’autre se refilent comme des
patates chaudes ces femmes et ces hommes, qu’ils qualifient de « migrants
secondaires », mais qui sont venus en Europe pour travailler et pouvoir faire
vivre leur famille, souvent en fuyant la guerre ou la dictature.
Meloni, Frederiksen, Merz, tout
comme Sanchez ou Macron, savent parfaitement que l’UE n’a rien d’une passoire
mais tout d’une forteresse aux frontières parfois grillagées et électrifiées.
Elle est dotée d’une agence de garde-frontières, Frontex, qui traque sans pitié
les pauvres qui tentent de la rejoindre. Ils savent parfaitement que l’économie
de cette riche citadelle ne pourrait fonctionner sans les bras et les cerveaux
des travailleurs immigrés. Les secteurs les plus durs, dans l’agriculture, le
bâtiment, l’industrie, le nettoyage, la santé et l’aide à la personne ne
pourraient pas fonctionner sans ces travailleurs, qu’ils aient ou non des
papiers en règle. Même Meloni a délivré quelque 900 000 permis de travail
à des étrangers extra-européens depuis qu’elle est au pouvoir.
Toutes les déclarations des
dirigeants européens sont des postures démagogiques destinées à faire des
migrants les boucs émissaires des difficultés que vivent les classes populaires
de leurs pays. Il serait suicidaire pour les travailleurs de tomber dans ce
piège en se faisant les complices du refoulement de ces damnés de la terre qui,
quels qu’en soient les risques pour eux- mêmes, continueront de tenter de
passer les frontières. Peuplée de 450 millions d’habitants, l’UE regroupe
les pays parmi les plus riches au monde, qui se sont développés et continuent
de prospérer en exploitant une grande partie de la planète.
Ce ne sont pas quelques centaines
de milliers, ni même quelques millions de migrants qui menacent les emplois,
les logements, les hôpitaux, ce sont les capitalistes et les gouvernements qui
les ferment ou les détruisent. C’est contre ceux-là que les travailleurs,
immigrés ou pas, avec ou sans papiers, doivent unir leurs luttes.
X. L. (Lutte ouvrière n°3028)