Affichage des articles dont le libellé est Mayotte. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Mayotte. Afficher tous les articles

mercredi 5 février 2025

La Réunion : Le racisme et la xénophobie, poisons pour les travailleurs. Un communiqué de Lutte ouvrière La Réunion

 Nous publions ci-après le communiqué du 28 janvier de nos camarades de La Réunion.

Publié le 29/01/2025

À La Réunion, si les incidents dans les quartiers populaires sont une réalité, l’empressement des responsables politiques à se décharger de toute responsabilité en est une autre.

D’un seul élan, avec la même lâcheté, les élus de gauche joignent leur voix à la droite réactionnaire pour désigner la communauté d’origine mahoraise et comorienne à la vindicte publique.

Ces gens ne sont là que pour défendre leurs postes dans un système qui aggrave les inégalités, appauvrit l’ensemble de la société et enrichit les exploiteurs, ces politiciens soufflent sur les braises d’une guerre entre pauvres pour préserver les riches. Députés et maires prient l’État de leur envoyer plus de policiers, d’attribuer moins d’aides et moins de logements sociaux aux familles non réunionnaises, le « retour des détenus dans leur département d’origine »… et ouvrent grand la porte à toutes les outrances xénophobes.

Ainsi, samedi 25 janvier, lors d’un rassemblement dans les jardins de la préfecture, du collectif « Stop à la délinquance transférée à La Réunion », les Mahorais ont été traités par certains de « rats d’égouts », « nourris, blanchis, logés » dans des « centres de vacances », pour ne rien dire de propos encore plus injurieux.

Dans les classes populaires les apprentis sorciers et les politiciens qui veulent aller ou rester à la mangeoire peuvent faire beaucoup plus de dégâts que la prétendue insécurité qui leur sert de fonds de commerce. Car, pour les luttes indispensables contre la précarité, les licenciements, la vie chère et toutes les attaques contre le monde du travail, les chômeurs et les retraités, il faut unir les forces du camp des travailleurs au lieu de les diviser.

Les travailleurs réunionnais, mahorais, comoriens ou quelle que soit leur origine ou leur nationalité ne doivent pas tomber dans ce piège grossier de la division qui profite aux exploiteurs que sont les capitalistes.

À bas le racisme et la xénophobie, vive l’unité de la classe ouvrière !

                                                                                   Lutte ouvrière La Réunion

dimanche 26 janvier 2025

L’École à Mayotte, de l’obligation scolaire à la réalité, un gouffre à Mayotte

Mayotte : quelle rentrée scolaire ?

Publié le 22/01/2025

Les autorités affirment que la rentrée scolaire des 117 000 élèves de Mayotte aura bien lieu lundi 27 janvier. Il s’agit d’un effet d’annonce car près de 39 écoles et cinq lycées et collèges sont complètement hors d’usage à la suite du cyclone Chido, auxquels s’ajoutent tous les autres bâtiments endommagés.

Alors qu’il est incapable de gérer la crise, le recteur a appelé les enseignants qui reprenaient le travail lundi 20 janvier à « s’adapter et être créatifs »… De son côté, le rectorat est plus que créatif en matière de mesures qui ne servent à rien. Il a ainsi annoncé des rotations de classe dans les bâtiments encore debout, ce qui consiste à utiliser la même classe pour faire cours à certains le matin, et à d’autres l’après-midi. Mais ce système est déjà largement utilisé à Mayotte, où il manquait environ 1 200 salles de classe avant Chido. Cela va donc diminuer encore le temps d’enseignement. Ainsi, dans la banlieue de Mamoudzou, trois écoles vont devoir se partager le même bâtiment, chacune ne pouvant disposer que de trois heures par jour pour ses élèves.

Le recteur a aussi évoqué de faire école sous des tentes. Cela risque vite d’être invivable alors que les températures dépassent fréquemment 30 degrés et que la saison de la mousson a débuté, avec ses pluies torrentielles. Dernièrement, le rectorat a aussi parlé de « cours à distance », via des émissions diffusées sur la chaîne de télévision locale, inaccessible aux familles des bidonvilles qui n’ont toujours pas l’électricité.

La seule mesure annoncée qui sera réellement appliquée sera de faire « au cas par cas ». Et on sait que cela signifie une discrimination sociale. Ainsi deux écoles privées qui accueillent les enfants des familles aisées ont déjà rouvert leurs portes. Par contre, les écoles des quartiers les plus pauvres, qui étaient déjà laissées à l’abandon avant Chido risquent bien de ne rouvrir qu’en dernier, si elles rouvrent un jour.

Face à cette situation catastrophique, les politiciens locaux continuent de faire de la surenchère anti-immigrés. Ainsi, lors de l’examen du projet de loi de reconstruction de Mayotte, les 14 et 15 janvier, la députée Estelle Youssouffa a affirmé qu’avec d’autres élus locaux elle s’opposerait à la construction de nouvelles écoles à Mayotte, sous prétexte que cela créerait un « appel d’air » pour l’immigration. Elle révèle ainsi son mépris contre toutes les classes populaires de l’île, françaises ou non, avec ou sans papiers. Car pendant que les enfants de riches pourront bénéficier de bonnes conditions d’études, voire seront envoyés à La Réunion ou dans l’hexagone, ce sont les enfants de travailleurs qui se retrouveront dans des classes surchargées ou avec des cours intermittents ou limités faute de bâtiments pour les accueillir.

Ces propos xénophobes trouvent des relais parmi les militants des Collectifs citoyens qui s’illustrent depuis longtemps par leurs actions anti-immigrés. Dernièrement, ils ont manifesté devant le lycée Bamana de Mamoudzou pour exiger le départ des réfugiés africains qui s’y abritaient depuis Chido, au prétexte qu’ils empêchaient la rentrée d’avoir lieu. Vendredi 17 janvier, les collectifs s’en sont pris directement à eux, jetant leurs affaires sur le trottoir. Puis le 20 janvier, c’est finalement la police qui a expulsé ces hommes, femmes et enfants. Certains se sont retrouvés à la rue. Plusieurs centaines ont été regroupés dans le gymnase d’un collège de l’île.

Laisser ces réfugiés et les immigrés devenir les boucs émissaires des problèmes de la rentrée scolaire arrange bien l’État, qui est incapable de répondre aux besoins de la population, aussi bien pour l’eau, la nourriture ou la reprise de l’école. Refuser ce piège de la division est un enjeu vital pour les travailleurs de l’île.

                                                        Tania Lemel (Lutte ouvrière n°2947)

 

samedi 11 janvier 2025

Mayotte : incurie, mépris de classe et poison xénophobe

Mayotte : incurie, mépris de classe et poison xénophobe

Publié le 08/01/2025

À Mayotte, trois semaines après le passage dévastateur du cyclone Chido, puis les visites successives de Macron, Bayrou, Retailleau, Borne, Valls, la situation reste catastrophique. Pour dissimuler les vrais responsables du chaos, tous usent de la même ficelle grossière : viser les migrants, pourtant premières victimes du cyclone.

 


Reprenant les mêmes mots que les ministres qui l’ont précédée, Marine Le Pen a déclaré dès son arrivée sur l’île par avion militaire le 5 janvier : « Sans régler le problème de l’immigration clandestine, rien ne sera utile. » Mais s’il manque de tout à Mayotte, non seulement de l’eau potable et de l’électricité, mais aussi de la nourriture, du riz et plus encore des produits frais, ce n’est pas la faute des étrangers mais des défaillances de l’État français. Quand les Comores voisines ont envoyé de l’eau et des produits frais, ils ont même été refusés au prétexte qu’ils n’étaient pas aux normes de l’Europe. La députée Youssoufa a même déclaré que le seul geste qu’elle attend des Comores est qu’elles reprennent leurs ressortissants pour lutter contre l’émigration vers Mayotte.

Détruire, reconstruire : un cycle infernal

Tous les politiciens qui se succèdent à Mayotte annoncent d’une même voix l’interdiction de reconstruire les bangas, les maisons en tôle. Pourtant les coups de marteau se font entendre partout car pour les habitants, « l’urgence, c’est de s’abriter pour faire face à la saison des pluies, puisqu’il n’y a pas de solutions proposées par l’État », même si les abris rebâtis dans la précipitation sont moins résistants et plus dangereux.

Quatre logements sur dix à Mayotte étaient en tôle et la seule action de l’État, sous prétexte de réduire l’habitat précaire, a été de le détruire en en expulsant les habitants. Alors que le parc de logements sociaux est très insuffisant – moins de 3 % des logements contre 16 % en moyenne dans l’hexagone – et reste inaccessible pour une bonne partie des travailleurs trop mal payés, le principal objectif des opérations médiatisées de « décasages » était de dresser une fraction de la population contre les immigrés. Or selon une enquête de l’Insee, 27 % des habitants des bangas sont français et la moitié des adultes recensés sont en situation régulière, qu’ils soient Français ou étrangers.

Pour empêcher les reconstructions, le préfet de Mayotte a interdit la vente de tôles aux particuliers s’ils n’ont pas un justificatif d’identité et de domicile, ou aux professionnels s’ils ne sont pas inscrits au Registre national des entreprises. Le communiqué de la préfecture est d’un cynisme sans nom : « Cette mesure vise à protéger les Mahoraises et les Mahorais, alors que lors du passage du cyclone Chido, (…) les tôles ont constitué des projectiles, occasionnant un risque pour la vie humaine et la sécurité des biens et des personnes. » Après avoir été victimes du cyclone, les pauvres seront victimes du marché noir qui va fleurir, tandis que les margoulins se rempliront les poches.

Quelle rentrée scolaire ?

Interpellée par des enseignants sur l’état désastreux des écoles, Borne, désormais ministre de l’Éducation, leur a brutalement tourné le dos en affirmant « ne pas être une spécialiste des sujets éducatifs ». Pourtant, Bayrou l’a affirmé, la rentrée prévue le 13 janvier devra avoir lieu coûte que coûte. Mais dans quels locaux puisque beaucoup d’écoles sont éventrées ? Avec quels matériels ? Et que faire des 15 000 personnes encore réfugiées dans les écoles ? Aux ordres des ministres, le préfet a lancé un plan d’évacuation « pour qu’entre le 5 et le 13 janvier on puisse récupérer ces centres pour leur vocation première qui est l’école. » Cela veut dire jeter les familles à la rue.

Déjà avant le cyclone, les cours du primaire se faisaient par rotation du fait du manque de classes. En 2022, le recteur lui-même estimait que pour stopper les rotations « il faudrait 800 à 900 salles de classe supplémentaires ». Cette défaillance n’est pas due à Chido mais à l’incurie et au mépris colonialiste. Cela n’empêche pas, sur cette question aussi, les politiciens de désigner les étrangers comme boucs-émissaires. Ainsi la députée Youssoufa vient d’écrire à la Présidence pour réclamer de mettre fin à la scolarisation obligatoire des enfants étrangers présents à Mayotte !

Tout repose sur la population

Cette xénophobie tranche avec la réaction de nombreux habitants attachés à la remise en route des écoles et à la scolarisation de tous les enfants. Ainsi certains ont réagi aux disparitions de matériel dans des bâtiments scolaires éventrés, notamment des chaises, des tables et diverses fournitures scolaires. Car si ces pillages ont été montés en épingle par les médias, ils sont réels et fragilisent un peu plus les villages sinistrés.

Avec la participation des imams, certains habitants ont mis en place un comité de vigilance. Ainsi le 5 janvier, les mosquées de Kawéni ont lancé par haut-parleurs une prière collective… pour menacer de malédiction ceux qui ont pillé les écoles du village. Crainte de l’enfer ou de la réprobation des voisins, tout au long de la matinée, le matériel a été rendu par de jeunes enfants, envoyés par de plus grands semble-t-il. En même temps, une marche blanche appelait « à voir tout ce qui ne va pas dans le village,... quelles solutions on peut donner ». Quelqu’un ajoutait : « Si un habitant du village fait des conneries, c’est la population qui va le juger et ce qu’on va décider ici sera transmis au tribunal, à la mairie et à la préfecture. » Le désastre engendré par Chido pousse la population à trouver des solutions concrètes par elle-même, même s’il lui manque la conscience que la justice ou le préfet ne sont pas à son service.

La population ne peut compter que sur elle-même, et cela dans tous les domaines. Ainsi, des montagnes de déchets, ordures ménagères, tôles, branches arrachées… empoisonnent l’atmosphère, propagent des bactéries dans l’eau et font craindre le retour du choléra et de la leptospirose. Les secteurs les plus affectés étant les quartiers populaires, la préfecture a dû avouer que « cela commence seulement à être traité ». Les 4 et 5 janvier, les habitants étaient appelés à se rassembler sur les places publiques de plusieurs villages, point de départ « d’un effort collectif... pour restaurer la propreté et la sécurité dans leurs quartiers » dans lesquels il seraient encadrés par les agents municipaux. Les autorités, incapables d’investir de vrais moyens dans des opérations de salubrité publique sont obligées de faire appel aux capacités de la population qu’elles méprisent.

Si Mayotte est encore debout, c’est parce que sa population, les travailleurs avec ou sans papiers, multiplie les efforts et les initiatives. Si un bilan humain encore plus terrible semble avoir été évité, c’est grâce à la solidarité entre pauvres qui a joué à plein. En dépit de la xénophobie déversée par les dirigeants politiques, qu’ils soient mahorais ou métropolitains, les travailleurs ont des intérêts communs. Il est vital que leur voix se fasse entendre et qu’ils ne se laissent pas diviser.

                                                 Charlotte Dauphin (Lutte ouvrière n°2945)

 

samedi 28 décembre 2024

Mayotte : patrons vautours

Leur conscience se limite à celle de leurs profits

 

Et pendant ce temps…

Alors que bien des habitants de Mayotte ne savent pas comment boire ou manger, beaucoup de patrons locaux imposent des conditions de travail indécentes, refusent de payer les heures supplémentaires, licencient sous prétexte de « force majeure », ou exploitent les plus vulnérables, notamment les sans-papiers, avec des salaires de misère.

         Les mêmes demandent à l’État de faire sauter toutes les limites, d’imposer dans le cadre de la future loi d’urgence pour la reconstruction de Mayotte que l’amplitude de la journée de travail soit portée à 14h, que le travail du dimanche soit autorisé. En contrepartie, ils promettent d’augmenter les heures supplémentaires et le salaire minimum mais à condition d’être totalement exonérés de cotisations !

         Le cyclone n’a pas fait perdre aux patrons le sens de leurs intérêts de classe. La tempête sociale, ils ne l’auront pas volée.