Fin de vie : droit
individuel et différences de classe
Mardi 24 février, les députés devaient, une
fois de plus, voter un projet de loi sur le droit au suicide assisté, pour
certains malades et dans certaines conditions.
Publié le 25/02/2026
En toute logique, le texte contient également la
possibilité que la famille et l’équipe soignante décident d’aider à mourir un
patient inconscient ou hors d’état de choisir.
Cette question de la fin de vie, posée
individuellement depuis la nuit des temps, est devenue un problème social en
raison des progrès de la médecine. Il existe ainsi, depuis 1999, une médecine
de soins palliatifs qui, lorsqu’on sait qu’on ne peut plus améliorer l’état du
patient, tente, à tout le moins, de diminuer ses souffrances et de le conduire
dignement vers la fin. La question se pose donc alors, forcément, du passage du
palliatif à l’aide à mourir. Elle a été posée concrètement, de nombreuses fois,
par les familles de malades maintenus des mois durant dans le coma, sans espoir
d’en revenir. Certaines familles se sont battues pour qu’on arrête les soins,
d’autres, bien moins souvent, ont voulu qu’on les poursuive contre vents,
marées, médecins et mêmes juges.
À part quelques fanatiques religieux, de toutes
obédiences, l’écrasante majorité de la population considère que l’acharnement
thérapeutique, le maintien en vie d’un mourant, sans aucun espoir d’amélioration
et quelles que soient ses souffrances, est une horreur. Et, de fait, 25 années
de débats sans conclusion, montrent surtout la puissance des idées
réactionnaires, en particulier catholiques, dont le poids augmente au fur et à
mesure qu’on monte dans la hiérarchie politique et sociale, jusqu’aux évêques
et aux patrons de presse de droite extrême, Dassault et Bolloré. C’est
uniquement l’influence de cette minorité réactionnaire qui fait qu’on est
encore à discuter la loi.
Ces farouches partisans de la vie jusqu’au bout
sont, de plus, d’une hypocrisie sans nom. Tout le monde sait, même eux, que les
médecins pratiquent déjà, par obligation, l’arrêt de soins. Ainsi, le docteur
Peillon a été radié de l’ordre des médecins le 17 février, pour avoir écrit
dans un livre et expliqué dans les médias la situation réelle : urgentiste,
seul dans son hôpital, il a décidé par exemple de ne pas mettre sous
respirateur un patient de 90 ans, grabataire, atteint d’une maladie d’Alzheimer
à un stade avancé et souffrant d’une pneumonie aiguë. Combien de médecins ou
d’équipes de soignants sont placés, tous les jours, devant de telles questions
? Et comment y répondre ?
Aujourd’hui, la conduite à adopter dépend moins de
la loi que de l’état du patient et des possibilités concrètes. Y a-t-il un lit
et un équipement disponibles ? Si le matériel manque, si le personnel est trop
peu nombreux ou en cas d’épidémie, comment choisir entre les patients ? En
temps normal, il est certainement préférable d’envoyer les malades en fin de
vie en unité de soins palliatifs et de les entourer de toute l’attention
possible, mais encore faut-il que cette unité existe et soit accessible. Or,
sur cette question comme sur d’autres, les pouvoirs publics, depuis 25 ans, ont
offert plus de promesses que de crédits. Et les parlementaires qui s’opposent à
cette loi, ainsi il faut le dire que la plupart de ceux qui la soutiennent, ont
participé à la réduction continue des budgets de santé publique.
Enfin, dans une société ou tout, y compris
l’existence, se mesure en espèces sonnantes, quelle pression s’exercera sur des
vieillards, des malades incurables, des personnes souffrant de handicaps ou
invalides, sans moyens financiers, pour qu’ils « libèrent » des places ?
Reconnaître le droit individuel à mourir dignement apparaît comme une évidence
et ceux qui le combattent, comme de fieffés réactionnaires. Mais même s’il
finit par être reconnu, ce droit, comme tous ceux attachés à la personne dans
une société de classe, s’exercera différemment suivant le montant des revenus
et la position sociale.
Paul Galois (Lutte ouvrière n°3004)