Gaza : silence,
on extermine un peuple
12/05/2025
Les rares images qui nous parviennent de la bande
de Gaza sont effroyables. Corps gisant après le bombardement d’un marché, d’une
école. Hommes froidement abattus alors qu’ils tentaient de pêcher pour survivre.
Enfants qui n’ont plus que la peau sur les os. Cohues autour des distributions
de nourriture. Regards de souffrance et de désespoir. Appels au secours.
Depuis que Netanyahou a rompu la trêve, le 18
mars, deux mille habitants ont été tués. Et ceux qui échappent aux bombes sont
menacés par la famine car le gouvernement israélien empêche toute nourriture et
produits de première nécessité d’entrer à Gaza depuis plus de deux mois.
L’armée israélienne en est même à attaquer, en mer, les navires humanitaires
qui tentent de ravitailler Gaza !
La guerre que mène Netanyahou n’est pas une guerre
contre le Hamas. C’est une guerre de purification ethnique. Son objectif est de
réduire à néant toute possibilité d’existence d’un État palestinien, à Gaza ou
en Cisjordanie.
Netanyahou a d’ailleurs demandé le rappel de
dizaines de milliers de réservistes pour la conquête de Gaza : après avoir
massacré et terrorisé la population, il voudrait la déporter, de gré ou de
force. Le projet cynique et révoltant de Trump, consistant à faire de l’enclave
une Riviera sur des dizaines de milliers de cadavres, est en marche !
« Il est temps que l’Union européenne se
réveille… c’est une honte absolue », a déclaré le ministre belge des Affaires
étrangères lors d’une réunion avec ses homologues. « Nous avons vu des
images horribles, il faut que cela cesse », a déclaré la ministre
finlandaise. « Gaza est au bord de l’effondrement, du chaos et de la famine »,
a dénoncé le ministre français Jean-Noël Barrot.
Et qu’est-il sorti de cette réunion ? La
décision… d’organiser une autre réunion ! Macron a, bien sûr, joint sa
voix à ce concert d’hypocrisie : il envisage de reconnaître un État
palestinien au moment même où la possibilité d’un tel État est en train de
disparaître sous nos yeux.
Trump, en route pour une tournée au Proche-Orient,
montrerait des signes d’agacement vis-à-vis de Netanyahou. Que son principal
allié massacre les Palestiniens ne l’aide pas à se mettre dans la poche des
monarchies comme l’Arabie saoudite ! Mais il reste fondamentalement
solidaire des bourreaux de Tel Aviv.
Les dirigeants impérialistes soutiennent Israël au
nom du droit des Juifs à avoir leur État. Mais celui-ci ne les intéresse que
parce qu’il défend leurs intérêts dans la région. Et qui peut croire qu’ils protègent
les Juifs en couvrant le massacre actuel ?
La politique de Netanyahou est criminelle pour les
Palestiniens et suicidaire pour les Israéliens. Des manifestants israéliens
commencent à le dénoncer et des réservistes refusent de répondre à leur convocation.
Pour l’instant, ils dénoncent surtout une nouvelle opération guerrière qui met
la vie des otages en danger.
En fait, tous les Israéliens sont otages de ce
jusqu’au-boutisme guerrier. Il les condamne à vivre dans un camp retranché, en
guerre contre tous leurs voisins. Chaque nouveau bombardement nourrit la haine
et le désir de vengeance. De nouvelles générations de Palestiniens grossiront
les rangs des combattants à Gaza, au Liban, au Yémen, en Syrie. Israël, qui a
déjà étendu le conflit à tous ces pays, n’a pas fini de faire la guerre !
Ce n’est pas en remplissant les cimetières et en
déportant des centaines de milliers de personnes que l’on construit la paix.
C’est en cessant toute oppression, en démantelant les colonies, en mettant un
terme à la politique d’apartheid. C’est en reconnaissant l’égalité de droits
entre les peuples !
Contrairement à ce que veulent faire croire les
organisations sionistes d’extrême droite d’un côté et les organisations
islamistes réactionnaires de l’autre, la coexistence fraternelle entre le
peuple israélien et le peuple palestinien ainsi que les peuples arabes voisins
est possible.
Les États impérialistes ont tracé des frontières
artificielles entre le Liban, la Syrie, l'Irak, la Jordanie. Ils ont dressé les
peuples les uns contre les autres, Israéliens contre Palestiniens, Arabes contre
Kurdes, majorité sunnite ou chiite contre minorités chrétienne, druze,
alaouite. Seule une fédération des peuples du Moyen-Orient au sein de laquelle
tous seraient égaux et auraient les mêmes droits permettra de sortir de la
guerre permanente.
Cela ne peut se réaliser que si les opprimés de
cette région se dressent contre la volonté de domination et d’exploitation de
leurs dirigeants respectifs. Et c’est aussi à nous, ici, de porter cette
perspective contre nos dirigeants complices de ce nouveau génocide.
Nathalie Arthaud