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jeudi 19 février 2026

Contre l’extrême droite, un combat politique

 Contre l’extrême droite, un combat politique

Les événements de Lyon ont mis en lumière les actions de groupes d’extrême droite qui n’hésitent pas à venir perturber des réunions publiques et à agresser physiquement des adversaires politiques réels ou supposés.

Publié le 18/02/2026

Ces groupes, allant des identitaires aux nostalgiques du fascisme, sont nourris par la diffusion permanente dans les médias d’idées réactionnaires, xénophobes, nationalistes et sécuritaires. Même si le Rassemblement national, dans le cadre de sa dédiabolisation, se démarque ostensiblement de ces groupes peu présentables, ses succès électoraux grandissants et l’alignement de la plupart de ses concurrents sur sa démagogie, les encouragent et favorisent leur recrutement. La campagne médiatique et politique déclenchée après la mort du jeune identitaire, qui fait désormais figure de martyr, pourrait renforcer, non seulement les idées de l’extrême droite, mais aussi les agissements de ces nervis violents.

Cette mouvance représente un danger pour les organisations ou les partis qui contestent peu ou prou l’ordre social, pour ceux qui militent sur le terrain de la défense des droits des migrants, pour la fraction immigrée de la classe ouvrière, pour les militants syndicaux et plus généralement pour les travailleurs qui entrent en lutte, font grève, manifestent ou organisent des piquets de grève. Il serait illusoire et naïf de s’en remettre à la police ou la justice pour s’en prémunir.

Il est donc bien sûr vital que les manifestations, réunions, conférences et autres actions publiques se protègent contre ces menaces physiques par des services d’ordre capables de se faire respecter. Mais combattre l’extrême droite, faire reculer les idées xénophobes et empêcher de nuire les groupes identitaires prêts à attaquer, représente un tout autre enjeu. C’est une lutte qui ne se gagnera pas en répondant sur le même terrain, par des batailles rangées entre gros bras, qui ne sont pas les méthodes du mouvement ouvrier. Elle ne peut remporter des succès qu’au travers de la lutte de classe et du combat social. L’extrême droite a été nourrie par les trahisons des partis de gauche qui prétendaient représenter les classes populaires et qui leur ont fait supporter toutes les conséquences de la crise du capitalisme quand ils sont passés au pouvoir. C’est ce qui a entraîné leur discrédit, leur perte d’influence et cela se traduit aujourd’hui, au sein de la classe ouvrière, par l’absence de perspectives, le fatalisme, la résignation et l’absence de luttes collectives.

La lutte contre la progression de l’extrême droite ne peut être séparée du combat pour que les travailleurs retrouvent la confiance dans leur force collective et la conscience d’avoir des intérêts communs par-delà leur diversité, et finalement des perspectives pour changer cette société. C’est une tâche fondamentale pour ceux qui se réclament du communisme et de la révolution.

                                                                X. L. (Lutte ouvrière n°3003)

mercredi 11 février 2026

Argenteuil, journal de campagne : ma longue réponse à un travailleur a priori pas de notre côté. Cela valait le coup de lui répondre en toute fraternité. À lire et à partager.

 La fondation de l'Internationale communiste, Moscou, 1919

Nous avons reçu un message composé de nombreuses interrogations à laquelle nous répondons (DM)

 

WS :« Bonjour Camarades, 

Je suis dans le 95. Dans le cadre des élections municipales, je reçois un prospectus plutôt politique que municipal, mais bon… Je suis ouvrier et fils d’ouvrier »

DM : Un prospectus plutôt politique de municipal ? Aucune municipalité, aussi bien intentionnée soit-elle, ne peut aller contre l’évolution actuelle de la société. C’est de cette évolution dont nous devons parler d’une façon prioritaire.

 

WS : L’Europe c’est la paix ! L’Europe c’est la prospérité ! L’Europe c’est la concurrence, donc payer moins cher ! (Mais) Nous sommes en guerre, nous n’avons plus d’industrie, nous payons tous beaucoup plus cher. Faut-il rester dans l’Europe ?

DM : ce n’est telle ou telle organisation des États qui est en cause. Capitalistes de France ou de l’Union européenne, tous menent une guerre contre le monde du travail d’ici et d’ailleurs. Ils sont à l’offensive. Les travailleurs doivent préparer la contre-offensive.

 

WS : Qu’est-ce qui a tué le monde du travail et les travailleurs eux-mêmes ?

DM : le recul de la conscience d’appartenir à une classe opposée à la bourgeoisie, et de l’organisation des travailleurs. La croyance que les travailleurs seraient sauvé par les élections et un sauveur suprême.

 

WS : À quoi a servi l’immigration et les immigrés ? Réponse : 1. L’ouverture des frontières et l’Europe, le libéralisme sauvage. 2. À concurrencé les travailleurs et nivelé par le bas les salaires

DM : les migrations sont une vieille loi de l’évolution des sociétés. Lorsque la vie est impossible ici, les humains se dirigent vers là où la vie est meilleure ou semble l’être. La concurrence entre travailleurs et le nivellement par le bas des salaires sont les résultats de la division des travailleurs, dans les faits et dans leurs têtes. Il faut qu’ils s’unissent.

 

WS : Le capitalisme c’est la guerre !!!

Non, dans les années 60 et 70 et même jusque 80 nous vivions bien. Mon père était ouvrier en usine (Simca à Poissy) il était propriétaire de l’appartement ou nous vivions. Avec un seul et petit salaire nous pouvions vivre ! Ce n’est pas le capitalisme, mais l’ultra libéralisme sauvage et débridé, l’influence anglo-saxonne. Qui provoque et déclenche les Guerres, toujours les mêmes ? Nos bons “amis et alliés” Anglo-américains. Du temps de De Gaulle la France était prospère.

DM : les améliorations des 30 Glorieuses ont été le résultat des gigantesques destructions de la Seconde Guerre mondiale et de ses 50 millions de morts. De Gaulle, homme politique de la bourgeoisie a contribué en 1944 avec le PCF à éviter tout risque de révolution sociale.

 

WS : Le travailleur a-t-il le droit de profiter des fruits de son travail ?

DM : C’est une évidence. Mais aujourd’hui, la plus grande partie de ce fruit est accaparé par les rentiers et les actionnaires, et leurs serviteurs.

 

WS : Vous attaquez les propriétaires ! Je suis ouvrier et propriétaire, j’ai acheté ma p’tite baraque à crédit. Heureusement, parce qu’aujourd’hui avec ma petite retraite je ne pourrais pas payer un loyer, j’ai déjà du mal à payer mes factures de gaz en hiver (grâce à Macron). Je me chauffe moins et me lave moins ! Suis-je un chien de capitaliste ?

DM : Nous ne sommes pas contre la propriété dérisoire de ce que possède les travailleurs. Nous sommes pour l’abolition de la propriété capitaliste. Quant aux chiens, laissons-les tranquilles. Heureusement qu’ils sont souvent là pour briser les solitudes.

 

WS : Il faut défendre les travailleurs Français, OUI, mais il ne faut pas être dogmatique, il faut arrêter de monter les uns contre les autres

DM : Non, il faut défendre tous les travailleurs, quelles que soient leurs origines, leurs papiers, leurs statuts. Il faut que nous nous unissions par rapport à nos seuls adversaires, les exploiteurs bien français de papiers ou autres.

 

WS : Lycée technique de mécanique générale, spécialité mécanographie, J’ai été technicien mécanographe dès 1977 jusqu'à la disparition des machines à écrire vers 1991, dans des petits ateliers, des artisans, (surement des chiens de capitaliste !). Mon patron a su prendre le virage et nous nous sommes retrouvés dans l’informatique, à dépanner des imprimantes, toujours dans des petits ateliers, jusqu'à sa retraite à l’âge de 70 ans. Nous nous sommes fait racheter par une multinationale américaine, et là ce n’était plus la même musique, pression, objectif, remise en question permanente, le modèle américain ultra libéral !

Avant cela nous sommes passé au 35 h, d’où augmentation du coût de la main d’œuvre, et les salaires sont resté figé pendant 10 ans !... Est-ce le capitalisme NON, c’est le libéralisme mondialisé mélangé de socialisme utopique.

DM : Votre tableau est juste et illustre l’offensive capitaliste que nous avons subie depuis 50 ans, menée par les multinationales et le capital financier auquel le monde du travail n’a pas été en capacité de résister. Mais cela n’a rien à voir ni avec le socialisme, ni avec l’utopie.

 

WS : «Travailleurs de tous les pays unissez-vous !!! » Est-ce que les travailleurs Polonais ou Ukrainiens sont prêt à aider et soutenir les travailleurs Français ? QUI NOUS AIDE ? »

DM : le problème est identique pour les travailleurs de tous les pays : manque de conscience, d’union, d’illusions en des sauveurs suprêmes. Il s’agit de combattre ces illusions et d’œuvre à la réorganisation sans frontière du monde du travail. Qui nous aidera ? Personne d’autres que nous-mêmes. En répétant Karl Marx, « Prolétaires de tous les pays, unissons-nous » et « L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ».

 

WS : Nous n’avons plus de frontières, plus de monnaie, plus aucunes libertés, plus aucuns pouvoirs de décision… et l’on nous parle de souveraineté ! Nous ne sommes plus un pays, plus une nation - c’est l’internationale tant vanté par Marx  - Vivons-nous mieux ? Utopie …! Nation : territoire (donc frontière), une langue et une culture commune, des intérêts communs, Petit Larousse illustré 1938

DM : Il n’y a même pas d’Internationale du Capital, mais une histoire entre collaboration et concurrence féroce entre les États et les multinationales, dans le cadre d’une mondialisation, mouvement fondamental et irréversible de l’histoire. L’Internationale sera celle demain de tous les travailleurs si nous sommes capables d’en reconstruire une, la IVème Internationale.

 

WS : « L’union Soviétique s’est effondrée, la Chine, la Corée du Nord, Etc, etc… Est-ce cela le paradis Communiste ? »

DM : L’URSS, par défaut de l’extension de la révolution, devint un État bureaucratique, exploiteur, sous la férule de Staline. La Chine, la Corée du Nord n’ont de communiste que la couleur de leur drapeau. Ce sont des avatars tardifs bourgeois.

 

vendredi 23 février 2024

Groupe Manouchian, Rino Della Negra, défense de leur engagement et de leur héroïsme, regret pour la politique du PCF d’alors qu’ils ont suivie. Un texte de février 1944 de nos ancêtres politiques, du militant trotkyste Barta

J’évoquerai demain matin la cérémonie qui comme chaque année a lieu devant la stèle à la mémoire de Rino Della Negra, enfant du quartier Mazagran, fusillé aux côtés de ses camarades du réseau MOI-FTP le 21 février 1944. J’assiste pratiquement chaque année à cette cérémonie sans en partager les discours qui sont souvent loin de mes convictions. Je le fais à la mémoire de ces hommes, engagés, déterminés et héroïques qui auraient pu aussi se battre dans le cadre d’une autre politique. À leur mémoire et pour l’éducation de la jeune génération qui, nous en sommes sûr, rejoindra le combat de la 4ème Internationale, celui des États-Unis socialiste d’Europe et de la grande République socialiste universelle, ci-dessous le texte d’un des fondateurs de l’Union Communiste Internationaliste, l’ancêtre de Lutte ouvrière. Un texte exceptionnel qui pose le problème évoqué dans le titre de cette brève : défense de leur engagement et de leur héroïsme, regret pour la politique du PCF d’alors qu’ils ont suivie. Texte qui paraît dans le numéro 2899 de notre hebdomadaire Lutte ouvrière. DM

 


Défense des terroristes

23 Février 1944

Vingt-quatre « terroristes » sélectionnés viennent d’être livrés à la publicité par la Gestapo, pour dégoûter de l’armée clandestine, qui lutte contre l’impérialisme allemand, la « bonne société » et les petits bourgeois conformistes.

Regardez-les, disent les scribes de la Gestapo, ces faces « rusées et cruelles » de Juifs, de Polonais, d’Italiens, d’Espagnols communistes : ces gens prétendent juger du destin de la France ! Certes, d’après les prostitués de la presse bourgeoise, ce sont les Doriot et les Goering, aux faces bouffies, et tous les engraissés du régime de terreur bourgeois qui doivent décider du sort de la France...

Regardons-les bien, travailleurs : ces visages que le photographe et les commentaires des affiches veulent nous empêcher de voir sont des visages d’opprimés, des visages de travailleurs : ils sont notre propre visage. Comment ces têtes d’opprimés et d’exploités de plusieurs pays, qui luttent à mort contre le régime capitaliste d’exploitation et de misère, ne feraient-elles pas écumer de rage les bourgeois gavés au marché noir et vautrés dans les bras de prostituées qu’ils entretiennent avec le sang et la sueur des ouvriers ?

Regardons-les bien, camarades, ces têtes énergiques de jeunes qui bravent à leur « procès » les canailles galonnées chargées de les faire fusiller : leur courage doit servir d’exemple à tous les jeunes, à notre époque de guerres impérialistes et de guerres civiles.

« Ils ont des dizaines de crimes sur la conscience », profèrent leurs bourreaux, experts dans l’assassinat de milliers d’hommes en un seul jour, en une seule bataille… « Ils ont suivi l’école du crime », clament les professeurs qui enseignent l’« art » de la tuerie à des milliers de jeunes de 16 ans arrachés à leurs familles contre leur gré… « Ils ne sont pas la France », affirment les tortionnaires du peuple français qui n’ont pas assez de leur Milice, de leur police, de leur Garde mobile, des bandes fascistes et des troupes d’occupation spéciales pour venir à bout des dizaines de milliers de réfractaires à la déportation et au travail pour la guerre impérialiste, et qui se gardent bien de publier les listes des jeunes gens qu’ils abattent par dizaines tous les jours.

« Ce sont des bandits », écrivent les journaux à solde, en exposant certains cas particulièrement suspects. Mais si l’activité de véritables bandits, parmi lesquels il ne faut pas oublier des bandits de la Milice, de Doriot et de Déat, se poursuit impunément, n’est-ce pas là le résultat de l’anarchie croissante dans laquelle le capitalisme et la guerre ont jeté la société ?

La classe ouvrière est résolument pour ceux qui ont pris les armes contre les bourreaux français et allemands qui martyrisent les peuples ; elle accueille avec mépris les manœuvres de diversion de la bourgeoisie. Mais la classe ouvrière est inquiète ; elle ne comprend pas pourquoi des militants qui autrefois combattaient sans compromis la bourgeoisie de tous les pays, mènent actuellement leur lutte sous le drapeau tricolore et au bénéfice des armées de Washington, de Londres et d’Alger. Les ouvriers savent qu’ils n’ont rien à attendre d’une victoire d’armées capitalistes qui ne feraient que relever les armées allemandes dans leur rôle de gardes-chiourme pour maintenir le capitalisme. Ils savent que Roosevelt en Amérique et Churchill en Angleterre prennent contre la classe ouvrière les mêmes mesures que Hitler en Allemagne.

Le prolétariat cherche des militants et un parti qui luttent directement pour ses intérêts, pour son relèvement économique et culturel, pour ses conquêtes de juin 1936, conquêtes qui sont également odieuses pour tout gouvernement capitaliste, totalitaire ou parlementaire, et qui rencontreraient la même résistance de sa part.

Servir la classe ouvrière, c’est lutter pour les États-Unis socialistes d’Europe, pour la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile, pour le socialisme. Lutter pour le triomphe de soi-disant démocraties sur le fascisme, c’est renouveler la trahison de 1914, quand les partis socialistes de l’Entente se mirent du côté de leur bourgeoisie sous prétexte de vaincre le militarisme.

De même que la grande majorité des ouvriers socialistes comprirent la trahison de leurs chefs et passèrent à la IIIe Internationale de Lénine et de Trotsky pour accomplir leur devoir de classe, de même la grande majorité des ouvriers communistes doit cesser de s’accrocher aux restes pourris de ce qui fut autrefois la IIIe Internationale pour lutter avec les militants de la IVe Internationale, parti mondial de la révolution socialiste.

Les militants combattants du PC restés fidèles à leur classe doivent se convaincre que le réveil de la classe ouvrière, par l’activité croissante de ses éléments les plus avancés et l’assaut de celle-ci contre le régime capitaliste, n’ont rien de commun avec la lutte sous le commandement des officiers réactionnaires de De Gaulle.

La IVe Internationale appelle les meilleurs militants de la classe ouvrière à serrer leurs rangs autour du drapeau rouge communiste, qui triomphera envers et contre tous de la barbarie capitaliste et de la guerre !

                                                       Lutte de classe Février 1944