Audiovisuel :
l’objectivité version Bolloré
La commission parlementaire sur
l’audiovisuel public, créée en octobre 2025 à l’initiative
des députés UDR,
vient de clore ses travaux et les députés ont voté la
publication de son rapport.
Publié le 28/04/2026
L’UDR est le parti de droite
d’Éric Ciotti qui se veut le pont entre la droite dite classique et le RN de
Le Pen-Bardella. Selon le rapporteur de la commission, le ciottiste
Charles Alloncle, son objet était l’examen des comptes de ce service public et
l’évaluation de son objectivité, en particulier dans le domaine politique. Son
objet réel, quelque peu différent, est rapidement apparu : mener un procès à
charge contre les animateurs et les journalistes des chaînes publiques,
globalement considérés comme des suppôts de la gauche caviar, avec l’exigence
d’économiser un milliard d’euros, soit le quart de la subvention publique.
Les accusations politiques sont
évidemment risibles, car les chaînes publiques soutiennent sans coup férir, et
les yeux fermés, l’ordre social et le pouvoir du capital. Certes les
journalistes du service public ne sont pour la plupart pas des électeurs de l’extrême
droite et il leur arrive parfois de le dire ou de le laisser entendre, ce que
Alloncle voudrait leur interdire. Mais, à ce jour, et à la différence de celles
du groupe Bolloré, les chaînes publiques ne passent pas tout leur temps
d’antenne à déblatérer sur les migrants, les islamistes et la terreur d’extrême
gauche. Elles donnent même encore l’occasion de s’instruire par d’intéressantes
émissions et c’est aussi une des choses qui gênent l’extrême droite.
La commission a dénoncé les
bénéfices réalisés par des sociétés privées qui vendent des émissions aux
chaînes publiques. Leurs profits sont certes coquets et les
producteurs-animateurs célèbres ne pointent pas aux restos du cœur, pas plus
d’ailleurs que les hauts cadres de la télévision. Alloncle, Ciotti, Le Pen et
Bolloré sont d’autant plus sourcilleux sur les quatre milliards de
l’audiovisuel, et les quelques-uns qui en vivent largement, qu’ils
applaudissent aux 60 milliards du budget militaire et
aux 171 milliards
d’aides aux entreprises qui, tous, finissent
dans les coffres des grands groupes privés.
Quel que soit son résultat, la
commission aura été un tremplin pour Alloncle, son parti et les idées
réactionnaires qu’il partage avec le RN et le groupe Bolloré. Les médias de ce
dernier lui ont d’ailleurs tressé des couronnes tout au long des débats et ses
services lui ont adressé des « argumentaires » pour faciliter son travail. Ce
n’est pas par simple proximité idéologique. Alloncle propose en effet que le
service public laisse une plus grande part du marché publicitaire au privé et
réduise les retransmissions des grands événements sportifs. Et à qui donc
iraient alors le Tour de France, les Jeux Olympiques et la coupe du monde de
football ?
Les bénéfices pour Bolloré, les
bonnes émissions pour personne, Pascal Praud, matin, midi et soir pour tout le
monde, quelle radieuse perspective a voulu ouvrir cette commission !
Paul Galois (Lutte ouvrière n°3013)