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jeudi 27 août 2026

Airbus Espagne : la grève n’est pas finie

Quand les travailleurs le décident, la lutte continue

  


Alors que la grève des usines Airbus d’Espagne, sur les salaires et les conditions de travail, avait été arrêtée fin juillet suite à un accord signé par un syndicat dans le dos des grévistes, des milliers de travailleurs ont voté le 24 août la reprise de leur combat.

Face à la pression, la direction a déjà reculé sur la suppression de jours de télétravail et cédé des augmentations de salaire.

Pour les milliers de travailleurs qui ont arraché ces concessions par leur grève de plusieurs semaines en juillet, la lutte continue.


dimanche 9 août 2026

Ceuta et Melilla, héritages de la colonisation

 Ceuta et Melilla, héritages de la colonisation

Les enclaves de Ceuta et Melilla sont des confettis de ce qui fut l’Empire espagnol.

Publié le 05/08/2026

Ceuta, qui était alors un des ports importants du monde arabo- musulman, fut conquise par le Portugal en 1415, dans le cadre de la Reconquista, l’offensive chrétienne qui mit fin aux royaumes musulmans de la péninsule ibérique. Ceuta fit ensuite partie de l’Union ibérique entre 1580 et 1640, avant de demeurer espagnole lors de la dissolution de cette union entre le Portugal et l’Espagne. Melilla, elle, fut conquise par la couronne de Castille en 1497, cinq ans après que le dernier royaume musulman eut été vaincu à Grenade.

Même si l’Empire d’Espagne s’est effondré au dix- neuvième siècle, le pays a tenu à garder les deux territoires. Ils étaient en effet stratégiques, pour protéger le commerce maritime du royaume, en particulier Ceuta située à l’entrée de la Méditerranée, à une quinzaine de kilomètres seulement de l’Espagne.

De 1912 à 1956, le Maroc fut un protectorat franco-espagnol, euphémisme utilisé pour désigner ce qui était une domination coloniale partagée. Ceuta et Melilla étaient alors les bases administratives et militaires à partir desquelles l’Espagne exerçait son contrôle sur une partie du Maroc, au nord et au sud- ouest. Entre 1921 et 1927, la France et l’Espagne alliées menèrent la guerre du Rif qui fut une guerre coloniale féroce pour la conquête de la zone au nord du Maroc, non loin des deux villes.

C’est à Ceuta que commença en 1936 la rébellion militaire de Franco à l’origine de la guerre civile espagnole.

Quand le Maroc devint indépendant en 1956, l’Espagne garda les deux enclaves, ainsi que des territoires proches de la côte marocaine, les rochers Vélez de la Gomera et Al Hoceima, les îles Chafarinas, l’îlot de Perejil. Au Maroc, qui revendique la souveraineté sur ces différents territoires, l’Espagne a toujours opposé une fin de non-recevoir, y compris sous des gouvernements dits de gauche. Quand près de 60 000 jeunes migrants marocains sont entrés à Ceuta avant d’être refoulés sans ménagement, Pedro Sanchez a dénoncé vendredi 31 juillet « une violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne ». Le temps des colonies n’est pas fini.

                                                       Michel Bondelet (Lutte ouvrière n°3027)

samedi 1 août 2026

Ceuta : liberté de circulation !

 

Vestiges de colonisations et frontières, la même absurdité

 

 


Le gouvernement de gauche de Pedro Sanchez dénonce une « attaque » et une « atteinte à l’intégrité territoriale de l’Espagne » à propos de l’arrivée de dizaines de milliers de Marocains à Ceuta. Madrid qui régulièrement rappelle qu’il est aberrant que Gibraltar, situé sur la péninsule ibérique, soit britannique plutôt qu’espagnol, proclame à l’inverse que Ceuta doit rester une possession de l’État espagnol, bien que située en Afrique.

C’est l’absurdité de ces frontières qui font de ce territoire, vestige du colonialisme européen, entièrement enclavé dans le Maroc - et en vérité marocain - un tremplin bien hypothétique vers l’Europe pour les jeunes Marocains à la recherche d’un avenir.

Selon la presse, Macron a promis que « la France se tient prête à apporter aux autorités espagnoles tout l’appui nécessaire » : c’est une solidarité de puissances coloniales.

Espagne 1936 : la révolution trahie par le Front populaire

 Espagne 1936 : la révolution trahie par le Front populaire

Le 17 juillet 1936, en Espagne, commençait le soulèvement de l’armée dirigée par Franco visant à abattre la république, et surtout à écraser sous la dictature les classes populaires. Il allait en retour déclencher de véritables mouvements révolutionnaires et provoquer trois ans de guerre civile.

Publié le 29/07/2026

Depuis l’avènement de la République en 1931, les classes possédantes liées aux militaires et aux partis réactionnaires tentaient de sauver leur dictature. Celle-ci était confrontée à une classe ouvrière et à une paysannerie en révolte dans cette Espagne pauvre qui gardait encore bien des aspects féodaux.

La classe ouvrière, qui prenait de plus en plus confiance dans sa force, possédait de nombreux partis et syndicats. Le courant anarchiste y jouait un rôle déterminant, au travers de la Confédération nationale du travail (CNT) et de la Fédération anarchiste ibérique (FAI). Le Parti socialiste dirigeait l’important syndicat UGT. Le Parti communiste lié à l’URSS stalinienne, en cette année 1936, disposait d’une implantation bien moindre, de même que le Parti ouvrier d’unification marxiste, le POUM, opposé à la politique stalinienne.

Le Front populaire contre la révolution

Le 16 février 1936, le Front populaire remporta les élections. Cette alliance signée un mois plus tôt regroupait des partis bourgeois, la gauche républicaine d’Azaña, l’Union républicaine de Martinez Barrio, la gauche catalane de Companys, et les partis ouvriers, le Parti communiste (PC), le Parti socialiste (PSOE), ainsi que le POUM qui justifiait l’accord par le fait que la loi électorale le lui imposait pour avoir des députés. La CNT n’adhéra pas à l’alliance mais, pour la première fois, elle n’appela pas à l’abstention. Or le programme du Front populaire ne reprenait aucune des revendications essentielles des travailleurs. Les républicains avaient fait inscrire qu’ils n’acceptaient pas « le principe de la nationalisation des terres ni leur remise gratuite aux paysans ». La seule concession y figurant était la promesse d’une amnistie pour tous les prisonniers condamnés suite à la révolte des Asturies de 1934.

Aussitôt la victoire électorale proclamée, Azaña forma un gouvernement composé de républicains bourgeois, que les partis ouvriers soutinrent sans y participer. Les masses n’attendirent cependant pas la signature du décret d’amnistie pour intervenir. Le 17 février, des manifestants ouvrirent les portes des prisons et des grèves commencèrent pour la réintégration immédiate des condamnés ou licenciés. Deux mois plus tard, le 17 avril, une grève commencée à Madrid marqua le début d’un mouvement général touchant toutes les villes importantes. La situation était également révolutionnaire à la campagne où les occupations de terres se multipliaient.

Entre février et juillet, le gouvernement d’Azaña tenta d’éteindre le feu révolutionnaire. Il déclara les grèves illégales et fit arrêter des grévistes, faisant les yeux doux à l’armée alors que la caste des officiers, intrinsèquement hostile à la République, préparait son coup d’État.

Alors que les milices d’extrême droite, dont la Phalange, se mobilisaient, attaquant les locaux des partis ouvriers, assassinant des grévistes, des militants, des vendeurs de journaux, et que grandissait la menace d’un coup d’État militaire, les organisations ouvrières se contentaient d’appeler les masses à se fier au gouvernement du Front populaire.

La révolution à l’ordre du jour...

Pourtant, les travailleurs se montrèrent capables d’affronter l’armée de Franco. Dès le 19 juillet, le prolétariat de Barcelone et des villes voisines réagit. Sans attendre le gouvernement qui, de toute façon, avait refusé d’armer les travailleurs, ceux-ci s’emparèrent d’armes sur les navires de guerre du port, dans les magasins de chasse, sur les chantiers, et même dans quelques dépôts gouvernementaux. Après de furieux combats, les militaires durent capituler. Barcelone était aux mains des travailleurs en armes.

À Madrid, suivant l’exemple de Barcelone, le 20 juillet la population ouvrière se rendit elle aussi maîtresse de la ville. De même, dans de nombreuses villes industrielles, dans des villages, les travailleurs prirent les choses en main. Des soldats refusèrent de tirer sur eux, retournant leurs armes contre leurs officiers.

Dans les quartiers, des comités de défense se mirent en place. Toutes les organisations ouvrières constituèrent des milices de façon indépendante du gouvernement républicain. À Barcelone, les travailleurs de la CNT assurèrent la distribution de l’eau, du gaz et de l’électricité, firent rouler à nouveau les tramways et les trains, organisèrent le ravitaillement et sa répartition, remirent en route la production industrielle. Les maisons des riches furent réquisitionnées, les hôtels de luxe transformés en restaurants populaires. Pour coordonner ces initiatives, les dirigeants anarchistes de la CNT mirent en place un « comité central des milices » en s’adjoignant des représentants des autres organisations.

Dans les campagnes, les paysans prirent les terres, formèrent des comités pour l’approvisionnement des villes en coordination avec les milices et les syndicats.

… trahie par le Front populaire

Le coup d’État de Franco fut donc d’abord un échec. Dans une grande partie de l’Espagne, les travailleurs tenaient les rênes. Cependant, aucun pouvoir ouvrier et paysan centralisé ne fut mis en place. Au contraire, les dirigeants des organisations ouvrières continuaient de faire allégeance à la république et à s’en remettre au gouvernement du Front populaire.

Au fil des mois, le Parti socialiste et le Parti communiste mirent toute leur énergie à enchaîner les travailleurs derrière le pouvoir républicain bourgeois, en prétextant les nécessités de la guerre contre l’armée franquiste, qui occupait toute une partie du territoire. Pour eux, il fallait d’abord défendre la république, la révolution viendrait après. C’était en réalité une façon d’enterrer la révolution. Les dirigeants anarchistes, de leur côté, opposés par principe à toute forme de pouvoir, refusèrent de constituer un véritable pouvoir ouvrier, et finirent par participer à ce gouvernement qui se donnait pour tâche de rétablir l’ordre bourgeois.

L’élan révolutionnaire de juillet 1936 allait ainsi être brisé par le gouvernement républicain avant d’être écrasé par la dictature franquiste, finalement victorieuse en février-mars 1939.

Trotsky concluait dans Leçons d’Espagne en décembre 1937 : « Les ouvriers et les paysans ne sont capables d’assurer la victoire que quand ils mènent la lutte pour leur propre émancipation. Les soumettre dans ces conditions à la direction de la bourgeoisie, c’est assurer d’avance leur défaite dans la guerre civile. […] L’histoire moderne des sociétés bourgeoises est pleine de Fronts populaires de toutes sortes, c’est-à-dire de combinaisons politiques les plus diverses pour tromper les travailleurs. L’expérience espagnole n’est qu’un nouvel anneau tragique de cette chaîne de crimes et de trahisons. »

                                                   Aline Retesse (Lutte ouvrière n°3026)

vendredi 24 juillet 2026

Airbus Espagne : des grévistes déterminés

 Airbus Espagne : des grévistes déterminés

Jeudi 16 juillet, 4 000 grévistes de l’usine d’Airbus de Getafe, dans la banlieue de Madrid, ont manifesté depuis l’usine jusqu’au centre-ville, marquant ainsi leur détermination à continuer la grève commencée le 1er juillet.

Publié le 22/07/2026

 


En juin, le PDG Guillaume Faury, dans un courrier plein de mépris adressé à l’ensemble des salariés en quatre langues différentes, confirmait la réduction du télétravail à une journée par semaine. Cette énième attaque des conditions de travail avait conduit à des débrayages dans plusieurs usines en France. En Espagne, elle a été la goutte de trop.

Plusieurs dizaines de «cols blancs» ont insisté, pendant une semaine, auprès de tous les syndicats pour qu’ils appellent à la grève. SIPA, le syndicat majoritaire à Getafe, a finalement organisé une assemblée générale (AG) où 2 000 travailleurs ont voté la grève du 1er au 31 juillet. Les grévistes réclament au moins 18 % d’augmentation de salaire, l’indexation des salaires sur l’inflation et 40 % de télétravail.

Les discussions à 2 000 grévistes étant difficiles, ils ont créé plusieurs commissions de travail (communication, documentation, logistique, slogans, etc.). Ces commissions se réunissent publiquement, sous des barnums devant l’usine, tous les jours, à partir de 6 heures et jusqu’à 10 heures, heure de l’assemblée générale. Il y a une rapporteuse de tout ce qui a été discuté dans les commissions. Puis les orientations sont votées en AG.

Un comité de grève composé de deux représentants par syndicat pro-grève et de deux représentants de travailleurs hors syndicat a aussi été constitué. Ce comité est dédié à la négociation avec la direction. Les deux représentants sans mandats syndicaux, imposés par la mobilisation à la direction, ont pour mission d’observer les discussions et de s’assurer du respect des décisions prises en AG. Les grévistes, qui veulent diriger eux-mêmes leur mouvement, ont même installé une banderole sur leur usine pour l’exprimer : «C’est notre grève, ici les travailleurs décident et les syndicats obéissent.»

Malgré cette mobilisation historique dans un groupe tel qu’Airbus, le syndicat implanté chez les ouvriers, Commissions Ouvrières (CO), a cherché dès le début à saper le mouvement. D’abord en disant que c’est une grève pour les cols blancs, puis à présent en réclamant un référendum car selon lui les revendications des 6 000 grévistes d’Espagne ne seraient pas légitimes. Ceux-ci ne sont pas dupes de ces manœuvres de division et continuent de militer pour gagner les syndiqués de CO au mouvement.

En deux semaines, la grève s’est étendue de Getafe aux usines de la banlieue de Séville, de Cadix, d’Illescas et d’Albacete : ils sont actuellement 6 000 grévistes sur 15 000 travailleurs et la prolongation du mouvement après les congés d’août a été votée.

Des travailleurs des usines Airbus en France sont entrés en contact avec eux et s’attellent à populariser le mouvement dans leurs usines. L’un d’eux est même venu assister à une assemblée générale à Getafe dans laquelle il a pu prendre la parole. Son intervention, qui visait à soutenir le mouvement et à lancer un appel pour qu’il dépasse les frontières, a été chaleureusement accueillie par de longs applaudissements. Des travailleurs criaient même en français « Tous ensemble, tous ensemble ! »

La colère existe partout, en Espagne, en France et dans les autres pays. Les camarades en Espagne ouvrent la voie et leur grève et ses expériences marquent d’ores et déjà les esprits et font évoluer les consciences.

                                                            Sarah Lallier (Lutte ouvrière n°3025)

 

dimanche 12 juillet 2026

Airbus : Enfadados con Airbus ! En colère contre Airbus !

 

Notre langue internationale : celle de la lutte de classe

 

A Séville le 10 juillet

De nombreux travailleurs des sites de Getafe à Madrid et depuis jeudi d’Albacete à Seville se sont mis en grève. Ils réclament le rattrapage de leur pouvoir d’achat, en baisse de presque 12 % depuis 7 ans et la fin des attaques contre les accords de télétravail.

         Comme ici les travailleurs galèrent pendant que les actionnaires se gavent avec les 2,5 milliards d’euros de dividendes versés. Nos camarades de l’autre côté des Pyrénées se sont organisés en votant la grève en assemblée générale et en élisant leurs représentants. Ils ont voté pour un comité de grève qui organise la lutte. Ils utilisent les réseaux et soutenus par les syndicats, ils entendent négocier directement avec la direction pour obtenir satisfaction.

         Nos camarades espagnols parlent la seule langue internationale qui permet de se faire respecter : la lutte de classe !