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lundi 12 octobre 2026

Samsung : profits historiques

 

Les pharaons des temps modernes

  


L’entreprise Samsung Electronics vient d’annoncer qu’elle a généré les plus gros profits jamais réalisés dans toute son histoire : plus de 71 milliards d’euros sur trois mois, entre juillet et septembre.

         Cette entreprise produit les composants indispensables aux systèmes informatiques développant l’IA. La spéculation boursière actuelle booste ses commandes et ses profits de manière pharaonique. Cela donne une entreprise hypertrophiée au pouvoir hors de contrôle sur l’ensemble de la société, mais aux mains de capitalistes privés. Il faudra la socialiser.

dimanche 4 octobre 2026

Affaire Orélien : une polémique loin de la littérature

 Affaire Orélien : une polémique loin de la littérature

Thélyson Orélien, auteur québécois d’origine haïtienne, est accusé d’avoir utilisé l’IA pour rédiger son roman C’était ça ou mourir. La polémique et les doutes ont abouti à son retrait de la liste des livres sélectionnés pour le prix Goncourt.

Publié le 30/09/2026

C’était ça ou mourir raconte le périple d’un enseignant qui fuit Haïti et les gangs qui contrôlent sa capitale, Port-au-Prince. Comme des dizaines de milliers de migrants sans papiers et sans argent, il traverse clandestinement la moitié de l’Amérique avant d’arriver au Québec. Que ce roman, à la fois dur, nuancé et touchant, ait été rédigé avec l’aide de l’IA ou non, il ne pourrait exister sans que nombre de femmes et d’hommes, bien réels, aient vécu les tribulations à travers les frontières racontées dans le livre et en aient témoigné. Le roman a le mérite de rendre, avec subtilité, leur humanité à ces parias.

Le recours à l’IA atteint désormais la littérature, la musique et d’autres arts, après de nombreux domaines. Qu’on déplore cette évolution ou qu’on se contente de la constater, tout indique que ceux qui ont fait campagne contre Thélyson Orélien étaient motivés, bien plus que par la défense de la littérature, par la volonté de discréditer un roman écrit par un Haïtien relatant le parcours de migrants. Ainsi le site « Balance ton Claude », du nom de l’assistant IA d’Anthropic, a été créé par le journaliste du Figaro Samuel Fitoussi. L’information a été relayée par Valeurs actuelles et Cnews, deux médias d’extrême droite. Les mêmes n’ont jamais cherché à savoir quelle plume, humaine ou numérique, avait rédigé, par exemple, les livres d’un Jordan Bardella ou de divers auteurs à succès.

Quant à évoquer des gens talentueux, bien avant l’invention de l’IA des écrivains reconnus n’ont pas rédigé eux-mêmes des parts entières de leurs œuvres. Alexandre Dumas est connu pour avoir fait rédiger plusieurs de ses romans par des « nègres ». L’Américain James Michener, auteur prolifique, disposait d’une petite armée de sous-traitants pour rédiger ses textes.

Dans cette société où tout se vend et s’achète, ce qui préside à la publication et la promotion d’un ouvrage et explique que certains écrivains soient mis dans la lumière quand d’autres restent des inconnus, n’est pas leur talent personnel, ou pas toujours. Ce qui compte est d’abord la puissance des maisons d’édition. Ce n’est pas un hasard si le prix Goncourt, l’un des plus prestigieux et celui qui permet de multiplier les ventes d’un livre par dix ou quinze, est monopolisé par une poignée de grands éditeurs. Leur motivation est évidemment le profit qu’ils escomptent en commercialisant des livres pouvant se vendre en masse parce qu’ils collent à l’air du temps. Une telle création littéraire, dans le monde capitaliste, n’a souvent pas besoin du secours de l’IA pour être tout à fait artificielle.

                                                   Xavier Lachau (Lutte ouvrière n°3035)

lundi 31 août 2026

IA : spéculation et anarchie

 IA : spéculation et anarchie

Mi-août, Nvidia et ChatGPT se sont mis d’accord pour financer la construction du plus grand centre de données au monde. Ce centre est en cours de construction aux États-Unis dans l’Ohio.

Publié le 26/08/2026

 

Nvidia a mis sur la table une garantie de 105 milliards de dollars, tandis que ChatGPT s’est engagé à le louer pendant vingt ans. Il abritera plus de 1,5 million de puces, bien évidemment fournies par Nvidia. Pour les alimenter, il faudra construire une centrale électrique dont la puissance sera équivalente à ce que consomment six millions de foyers américains !

Avec la bulle spéculative de l’IA, des capitalistes de tout horizon trouvent facilement des fonds pour construire des centres de données un peu partout sur la planète. Leur objectif est d’en louer l’accès aux entreprises du secteur au meilleur prix, si toutefois la bulle ne finit pas par exploser. En attendant, peu leur importent les conséquences pour les populations locales ou pour le climat. Dans l’Oise, 300 personnes se sont mobilisées mi-août contre l’installation de deux centres de données. Le promoteur met en avant un investissement de 4 milliards d’euros et 150 emplois, mais les riverains dénoncent ces « radiateurs géants » qui se nourrissent de quantités astronomiques d’eau et d’électricité – ils dévoreraient quatre fois ce que les habitants des dix communes avoisinantes consomment. Selon la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) de l’Oise, ils sont aussi susceptibles de laisser s’échapper les polluants éternels contenus dans les liquides de refroidissement nécessaires à leur fonctionnement.

En France, l’implantation des data centers a été facilitée par la récente loi de « simplification de la vie économique ». Plus de 500 data centers devraient être en service d’ici 2030, pour 69 milliards d’euros d’investissements. Leur consommation électrique pourrait atteindre 40 TWh, soit la consommation électrique annuelle moyenne d’environ neuf millions de ménages, l’équivalent de la production de cinq à six réacteurs nucléaires.

Dans les pays pauvres, la course aux datas centers est encore plus choquante. France 24 rapportait, il y a peu, le cas d’un township en bordure du Cap en Afrique du Sud, où les habitants sont quotidiennement confrontés à des pénuries d’eau potable et d’électricité, et où la construction de deux nouveaux centres, approuvée sans études préalables sur leur impact ni consultation des riverains, menace un peu plus leur accès à ces denrées vitales. En Afrique subsaharienne, 600 millions de personnes habitent dans des bidonvilles et n’ont qu’un accès limité ou épisodique à l’électricité et à l’eau, mais des entreprises trouvent des milliards pour y construire des centres de données et faire fonctionner leurs millions de puces.

L’intelligence artificielle est sans aucun doute un immense progrès technique. Mais la priorité de la classe capitaliste, c’est le profit, quitte à assoiffer les pauvres, à les priver d’électricité, et à faire chauffer un peu plus la planète.

                                                              Serge Benham (Lutte ouvrière n°3030)