Affaire
Orélien : une polémique loin de la littérature
Thélyson Orélien, auteur
québécois d’origine haïtienne, est accusé d’avoir utilisé l’IA pour rédiger son
roman C’était ça ou mourir. La polémique et les doutes ont abouti à son
retrait de la liste des livres sélectionnés pour le prix Goncourt.
Publié le 30/09/2026
C’était ça ou mourir raconte
le périple d’un enseignant qui fuit Haïti et les gangs qui contrôlent sa
capitale, Port-au-Prince. Comme des dizaines de milliers de migrants sans
papiers et sans argent, il traverse clandestinement la moitié de l’Amérique
avant d’arriver au Québec. Que ce roman, à la fois dur, nuancé et touchant, ait
été rédigé avec l’aide de l’IA ou non, il ne pourrait exister sans que nombre
de femmes et d’hommes, bien réels, aient vécu les tribulations à travers les
frontières racontées dans le livre et en aient témoigné. Le roman a le mérite
de rendre, avec subtilité, leur humanité à ces parias.
Le recours à l’IA atteint
désormais la littérature, la musique et d’autres arts, après de nombreux
domaines. Qu’on déplore cette évolution ou qu’on se contente de la constater,
tout indique que ceux qui ont fait campagne contre Thélyson Orélien étaient
motivés, bien plus que par la défense de la littérature, par la volonté de
discréditer un roman écrit par un Haïtien relatant le parcours de migrants.
Ainsi le site « Balance ton Claude », du nom de l’assistant IA
d’Anthropic, a été créé par le journaliste du Figaro Samuel Fitoussi.
L’information a été relayée par Valeurs actuelles et Cnews, deux médias
d’extrême droite. Les mêmes n’ont jamais cherché à savoir quelle plume, humaine
ou numérique, avait rédigé, par exemple, les livres d’un Jordan Bardella ou de
divers auteurs à succès.
Quant à évoquer des gens
talentueux, bien avant l’invention de l’IA des écrivains reconnus n’ont pas
rédigé eux-mêmes des parts entières de leurs œuvres. Alexandre Dumas est connu
pour avoir fait rédiger plusieurs de ses romans par des « nègres ».
L’Américain James Michener, auteur prolifique, disposait d’une petite armée de
sous-traitants pour rédiger ses textes.
Dans cette société où tout se
vend et s’achète, ce qui préside à la publication et la promotion d’un ouvrage
et explique que certains écrivains soient mis dans la lumière quand d’autres
restent des inconnus, n’est pas leur talent personnel, ou pas toujours. Ce qui
compte est d’abord la puissance des maisons d’édition. Ce n’est pas un hasard
si le prix Goncourt, l’un des plus prestigieux et celui qui permet de
multiplier les ventes d’un livre par dix ou quinze, est monopolisé par une
poignée de grands éditeurs. Leur motivation est évidemment le profit qu’ils
escomptent en commercialisant des livres pouvant se vendre en masse parce
qu’ils collent à l’air du temps. Une telle création littéraire, dans le monde
capitaliste, n’a souvent pas besoin du secours de l’IA pour être tout à fait
artificielle.
Xavier
Lachau (Lutte ouvrière n°3035)