Intérêt du
capital contre l’intérêt de la société
Green dock, 647 mètres de long, chemin de halage sur le toit ?
Le méandre de la Seine a
créé longtemps sur la rive gauche du fleuve une zone de marais inhospitalière
pour les habitants et les cultures, même si elle fut une zone d’inspiration
pour les peintres de l’Impressionnisme. Face à elle, le quartier d’Orgemont des
communes d’Argenteuil et d’Épinay-sur-Seine fut jusqu'à récemment un espace agricole qui
commença à être loti après la Première guerre mondiale. Du côté d'Argenteuil, c’est là où fut construite la Cité jardins si particulière. Initiée
en même temps, la transformation des espaces de marais en premier port fluvial
du pays n’allait vraiment se concrétiser qu’aux lendemains de la
Seconde guerre mondiale.
Cet immense espace portuaire a généré au fil du temps d’immenses
pollutions qui sont une des raisons qui font de cet espace de la cuvette
parisienne une des plus polluées d’Europe. Pollution industrielle, olfactive,
chimique, émission de particules fines… La densité des activités propices
à cette pollution avec ses conséquences sur la vie quotidienne et la santé
n’ont fait que de se développer.
De nouveaux projets d’importance risquent d’en rajouter
encore davantage sur ce plan. Il s’agit d’un méthaniseur présentant en outre
des risques d’explosion. Il y a également l’installation d’un élément de
stockage de pétrole brut francilien, avec expédition par voie fluviale pour
raffinage à Rouen. Cerise de 647 mètres sur le gâteau, cette fois directement
au bord du fleuve, un immense bâtiment visant à réceptionner sur
le fleuve puis distribuer quotidiennement plus de 2.500 tonnes de
marchandises destinées à l'Ile-de-France, par le rail, la route et le fleuve.
Cette fois, c’est le paysage qui en prend un coup.
Oui, pas de chance pour les habitants de la rive gauche de
la Seine, face à quelques centaines de mètres du port de Gennevilliers.
Tout cela est-il vraiment bien raisonnable ?
Derrière ces installations, ce qui prime n’est pas l’intérêt
de la société et des habitants, mais celui sonnant et trébuchant d’immenses
groupes industriels et financiers.
Cela durera tant qu’ils auront le pouvoir, car c’est eux qui
en disposent à travers si nécessaire le pouvoir politique de serviteurs qui
leur sont dévoués.
Alors bon courage à ces opposants qui tentent l’impossible
face à des forces d’une toute autre puissance que la municipalité d’Argenteuil
et le petit promoteur Fiminco de l’affaire Jean Vilar. Oui, courage à eux. Mais
ce à quoi il faut travailler pour gagner vraiment un jour, c’est au renversement
d’un système capitaliste où le profit est roi, et l’intérêt social un critère
marginal. DM