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samedi 5 septembre 2026

Algérie : les incendies et leur instrumentalisation

 Algérie : les incendies et leur instrumentalisation

Fin août, des feux gigantesques ont ravagé des forêts et des villages de l’Est algérien. Si les images des incendies ont entraîné un élan de solidarité à travers le pays, le silence des autorités sur leur nombre nourrit la défiance et la colère.

Publié le 02/09/2026

De la Kabylie à la frontière tunisienne, les feux ont brûlé le couvert forestier, détruit des habitations, des vergers, des oliveraies et anéanti le bétail. Quant aux victimes humaines, le chiffre officiel est de douze morts, alors même qu’à Jijel, la région la plus touchée, les habitants annoncent un bilan provisoire de 73 morts. Dans cette localité, des feux d’une hauteur inédite, propagés par des vents de plus de 100km/heure, ont empêché larrivée des secours ainsi que lintervention des bombardiers d’eau.

Sur les réseaux sociaux, des citoyens, écœurés que le gouvernement et les médias cachent la vérité, se font l’écho du nombre de morts qu’ils estiment à plus de deux cents, sans compter les blessés graves acheminés dans tous les hôpitaux du pays.

Les fortes chaleurs qui ont régulièrement atteint 50 o et l’existence de pyromanes ne sont pas les seuls facteurs de la gravité de ces incendies. En effet, depuis des années, les gouvernements successifs se sont désengagés de la gestion du secteur forestier. Celui-ci se dégrade de plus en plus par manque de moyens humains. Les gardes forestiers partis à la retraite ne sont pas remplacés. Dans chaque forêt, ils se comptent sur les doigts d’une main et souffrent de manque de matériel pour intervenir dans des secteurs où le relief est très accidenté.

Le gouvernement a tout de suite évoqué des départs de feux criminels, commis selon lui par la « main de l’étranger » pour affaiblir le pays. Les ministres veulent se dédouaner de toute responsabilité et éviter d’avoir à rendre des comptes. En juillet, le jeune Jalil avait été arrêté pour avoir diffusé – à la demande des habitants de son village – une vidéo dénonçant l’inaction des autorités locales après un incendie. En annonçant que le Code pénal serait modifié, afin de rétablir la peine de mort pour les incendiaires, le président Tebboune ne fait pas seulement diversion, il se saisit de cette crise pour accentuer sa politique répressive.

Cette fuite en avant autoritaire ne règle rien, car l’Algérie fait partie des pays les plus affectés par le dérèglement climatique, et les feux de forêts sont amenés à prendre de l’ampleur, mais le pouvoir ignore volontairement cette question et n’anticipe pas ses conséquences. Pour défendre les intérêts de la bourgeoisie algérienne en Afrique, il préfère consacrer 25milliards au budget militaire, le plus important du continent. Ainsi, pendant que des pompiers et des bénévoles luttaient contre les flammes, quatre avions de combat algériens étaient déployés au Niger.

                                                Leïla Wahda (Lutte ouvrière n°3031)

mercredi 26 août 2026

Algérie : accidents routiers et incurie gouvernementale

 Algérie : accidents routiers et incurie gouvernementale

En l’espace de quinze jours, une série d’accidents, impliquant principalement des bus, a fait au moins 44 morts et 166 blessés à Boumerdès, Constantine, Timimoun, Aîn Sefra et Naama.

Publié le 19/08/2026

Cette hécatombe suscite l’écœurement d’une population confrontée à un réseau routier dégradé et à des véhicules vétustes.

Concernant l’accident de Boumerdès, le plus meurtrier, l’enquête charge le chauffeur, qui aurait roulé trop vite et sous l’effet de psychotropes. Mais l’état du bus semble aussi en cause. Un an après un grave accident dans la banlieue d’Alger, le président Abdelmadjid Tebboune a ressorti les mêmes discours, déclarant que « la justice frapperait d’une main de fer ». La répression et un nouveau code de la route assimilant les présumés chauffards à des terroristes n’ont cependant pas fait baisser le nombre de victimes.

En janvier, lors d’un mouvement de grève très populaire, les transporteurs, les chauffeurs de taxi, d’ambulance et les conducteurs de bus s’étaient insurgés contre ce code, refusant d’être rendus seuls responsables et pointant les difficultés auxquelles se heurtent tous les usagers de la route.

Le gouvernement prétend mettre un terme à ces accidents mortels en luttant contre l’impunité et l’irresponsabilité. Mais c’est bien lui qui est responsable de l’état des routes et de leur entretien. C’est lui le donneur d’ordre d’entreprises de travaux publics qui, en toute impunité, bâclent leur travail et livrent des routes avec des malfaçons, source de bien des accidents ! Alors que, depuis des décennies, le train a été délaissé au profit de l’automobile, le blocage de l’importation de véhicules neufs et d’occasion, de pneus et de pièces détachées condamne ceux qui veulent se déplacer à rouler dans des véhicules défaillants.

Depuis 2021, cette politique censée favoriser le « made in Algeria » s’est révélée criminelle. Elle n’a profité qu’à une poignée de patrons, comme celui d’Iris Tyres, qui s’est enrichi dans la fabrication de pneus, grâce au monopole garanti par l’État, tandis que la population subit les pénuries et une flambée de l’insécurité routière.

Face à l’ampleur de la crise, le gouvernement, qui rechigne à mettre en cause l’état du matériel, les pénuries et les conditions de travail épuisantes des chauffeurs, a annoncé qu’à partir du 6août les bus de plus de 30 ans ne circuleraient plus. Mais la promesse faite il y a un an dimporter un million et demi de pneus et dix mille bus, elle, na pas été tenue.

Incapables de s’attaquer aux causes de ces accidents, les autorités cherchent des coupables, répriment à tout va pour se dédouaner de toute responsabilité.

                                                      Leïla Wahda (Lutte ouvrière n°3029)

dimanche 5 juillet 2026

Algérie : mascarade électorale

Algérie : mascarade électorale

En Algérie, la campagne pour les élections législatives qui ont eu lieu le 2juillet a été marquée par un climat dindifférence et d’écœurement face aux manœuvres du régime.

Publié le 01/07/2026

En effet, avant même que les électeurs se prononcent, le pouvoir avait décidé quel candidat méritait de se présenter et comment il devait faire campagne. Dans l’arbitraire le plus total, des listes ont été invalidées et plus de 3 000 candidats sur 10 000 ont été écartés, accusés sans aucune preuve d’« atteinte aux bonnes mœurs », d’« activités suspectes » ou d’être « en lien avec les milieux d’argent » !

Si les partis qui ont fait allégeance au président Abdelmadjid Tebboune, comme le FLN, le RND ou El Bina, ont été concernés, ce sont surtout les partis dits d’opposition tels que le RCD, le MSP, le FFS, ou le Parti des Travailleurs, qui ont été particulièrement affectés. Mais ces derniers, après avoir dénoncé des accusations infamantes et tenté des recours contre l’invalidation de leurs listes, se sont pour la plupart rapidement inclinés devant le régime. En effet, ils ont sans honte accepté de signer une charte électorale qui leur interdit toute critique du bilan politique du pouvoir, ainsi que toute critique des programmes de leurs rivaux ! C’était jouer le rôle de caution démocratique d’un régime qui refusait que surgissent des polémiques et des débats qui auraient permis au mécontentement populaire de s’exprimer.

D’un bout à l’autre du pays, reprenant le refrain autorisé par le pouvoir, les dirigeants des partis ont mené campagne comme si de rien n’était et ont répété que la participation au scrutin et en particulier celle de la jeunesse était un enjeu majeur. Si Cherif Hassani du parti islamiste MSP, la définit comme « essentielle », Louisa Hanoune, du Parti des Travailleurs, en a fait un gage de prospérité et Youcef Aouchiche, du FFS, « une responsabilité nationale et un exercice démocratique important ». Ils ont parlé de démocratie alors que la vie politique est verrouillée, que des cheminots sont en prison pour avoir lutté pour un salaire décent et que la justice s’acharne sur des femmes pour leurs mœurs et leur liberté de ton !

Ces partis dits d’opposition prétendent se distinguer du régime mais, sur le fond, ils reprennent ses discours sur les sacrifices nécessaires pour le bien de la nation. Mais quelle nation défendent-ils ? Est-ce celle des travailleurs à qui on impose des sacrifices ou celle des bourgeois qui s’engraissent en les exploitant et en détournant les richesses du pays ?

Les travailleurs et les classes populaires sont excédés de voir leur salaire et leur retraite bloqués, excédés de ne pouvoir vivre dignement et de voir une fraction de la jeunesse fuir le pays. Ils sont excédés du mépris des patrons et des dignitaires du régime à leur égard.

Alors que la population subit une dégradation insupportable de ses conditions d’existence, cette mascarade électorale a de quoi écœurer. Derrière elle s’abritent les dirigeants de l’armée pour régler leurs affaires et leurs différends, au bénéfice des classes possédantes. Cela ravive le sentiment de mépris ressenti lorsque, en 2019, Bouteflika, malade, muet et impotent, avait été présenté à un cinquième mandat, ce qui avait déclenché le mouvement du Hirak.

Le « dégagisme » exprimé contre tous ces clans politiciens n’avait pas permis de dégager le système. Mais un profond sentiment de rejet anime toujours les travailleurs, qui doit les amener à s’organiser et à se mobiliser pour la défense de leurs propres intérêts.

                                                              Leïla Wahda (Lutte ouvrière n°3022)

 

vendredi 30 janvier 2026

Algérie : une grève des transports populaire

Algérie : une grève des transports populaire

Au nom de la lutte contre le « terrorisme routier », le Parlement algérien a adopté un nouveau code de la route, dont le premier effet a été de déclencher la colère des camionneurs.

Publié le 28/01/2026

La grève, démarrée le 1erjanvier dans les régions de l’est, s’est étendue à tout le pays, ainsi qu’aux chauffeurs de bus, de taxis et de VTC. Ce nouveau code de la route, plus répressif, est en effet la seule réponse du gouvernement pour réduire les accidents routiers qui, en 2025, ont provoqué 3 571 morts et près de 35 000 blessés. Les chauffeurs encourent des amendes allant jusqu’à 30 000 dinars, soit un mois de salaire, et des peines jusqu’à quinze ans de prison. Ils sont excédés d’être rendus seuls responsables de la situation, alors que les patrons des entreprises de travaux publics, qui détournent de l’argent alloué à la construction et à l’entretien des routes, eux, ne sont jamais inquiétés. Le travail est bâclé et l’état catastrophique du réseau routier est à l’origine de nombreux accidents.

Un propriétaire de bus, un chauffeur et un receveur sont en prison, étant impliqués dans l’accident qui, en août, avait fait dix-huit morts et une vingtaine de blessés. C’était, en fait, le résultat du manque d’entretien des véhicules, notamment à cause de la pénurie de pièces détachées. Saïd Sayoud, ministre des Transports au moment des faits, est toujours en poste et s’est dédouané de toute responsabilité. C’est pourtant le gouvernement qui, en limitant les importations, a engendré cette pénurie.

Malgré les difficultés de circulation et la menace d’une rupture d’approvisionnement des produits de consommation, le mouvement des chauffeurs a suscité une immense sympathie parmi les classes populaires. Il est apparu comme un sursaut de dignité face à un pouvoir qui les muselle et n’a que mépris à leur égard.

Après avoir temporisé, le gouvernement a accusé les grévistes de déstabiliser le pays pour le compte d’États hostiles à l’Algérie, tout en menaçant des propriétaires de bus de fermer leur ligne. Mais, le 8janvier, face à une contestation qui risquait de s’élargir aux commerçants, le ministre des Transports a reçu une délégation de camionneurs et a annoncé l’importation de milliers de bus ainsi que la réduction du montant des amendes. Des chauffeurs grévistes et des influenceurs solidaires du mouvement ont été arrêtés, mais il reste que ce mouvement a ouvert une brèche dans la chape de plomb que le régime tente d’imposer.

                                                      Leïla Wahda (Lutte ouvrière n°3000)

 

lundi 26 janvier 2026

Histoire des deux rives : La disparition de Mohamed Harbi

 Mohammed Harbi : une figure de la lutte du peuple algérien

Mohammed Harbi, historien et militant ayant participé à la lutte du peuple algérien pour son émancipation, est décédé le 1er janvier.

Publié le 21/01/2026

Né en 1933, issu d’une famille de notables du Constantinois, il avait découvert les idées marxistes grâce à un professeur de son lycée. Marqué comme tous ceux de sa génération par les massacres du 8 mai 1945, il avait rejoint alors les rangs du MTLD, le mouvement nationaliste de Messali Hadj. Étudiant à Paris, Mohamed Harbi devint dirigeant de la fédération française du FLN, de 1954 à 1958, et côtoya des militants trotskystes. Par la suite, il devint un cadre du Gouvernement provisoire de la République algérienne et participa aux premières négociations des accords d’Évian.

Témoin de la guerre fratricide qui opposa le FLN au MNA de Messali Hadj, Mohammed Harbi vécut de l’intérieur les luttes de pouvoir qui firent d’Ahmed Ben Bella le premier président du nouvel État indépendant. Il devint son conseiller chargé d’encadrer le mouvement d’autogestion né dans les domaines agricoles laissés par les colons, une tâche qu’il accomplit assisté du militant trotskyste Michel Raptis, alias Pablo. Malheureusement cela entretenait aussi l’illusion que l’Algérie empruntait la voie du socialisme, alors qu’au même moment Ben Bella éliminait ses rivaux et mettait au pas le syndicat Union générale des travailleurs algériens, sous influence de militants communistes.

En 1965, après le coup d’État militaire de Boumédiène, Mohammed Harbi, critique de cette évolution, passa dans l’opposition au régime. Il fonda avec des militants du Parti communiste algérien et des militants de la gauche du FLN, l’Organisation de la résistance populaire. Aussitôt arrêté, il passa les sept années suivantes en prison puis en résidence surveillée, avant de réussir à s’évader et s’exiler en France.

Ses ouvrages, Aux origines du FLN, écrit en prison, et Le FLN, mirage et réalité, publié en 1981, alors interdits en Algérie, furent une révélation pour toute une génération d’Algériens, abreuvée d’un récit officiel mythifiant le rôle joué par le FLN durant la guerre d’indépendance. Son œuvre continue à nourrir la réflexion de ceux qui en Algérie veulent comprendre ce passé et comment changer l’avenir.

                                                      Leïla Wahda (Lutte ouvrière n°2999)