Affichage des articles dont le libellé est Algérie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Algérie. Afficher tous les articles

lundi 10 mars 2025

Accord franco-algérien de 1968 : une cible pour Retailleau

Accord franco-algérien de 1968 : une cible pour Retailleau

Bruno Retailleau, le ministre de l’Intérieur, qui se livre à une surenchère xénophobe, a fait des accords bilatéraux de 1968 entre la France et l’Algérie sa nouvelle obsession.

Publié le 05/03/2025

Sous sa pression et celle d’une extrême droite héritière des partisans de l’Algérie française, François Bayrou a lancé un ultimatum au gouvernement algérien : si, d’ici quatre à six semaines, il ne coopère pas à sa politique d’expulsion des ressortissants algériens, l’accord de 1968 sera dénoncé, aggravant encore les tensions entre les deux pays.

En 1968, cet accord signé entre la France et l’Algérie créait un statut particulier pour les Algériens en matière de circulation, de séjour et d’emploi en France. En fait, il représentait une restriction par rapport aux accords d’Évian de 1962, qui avaient mis fin à la guerre d’Algérie et instauré la libre circulation des Algériens sur le territoire français, comme celle des Français en Algérie.

Cet accord avait été conçu pour faciliter l’immigration économique des Algériens, à une époque où le patronat français, qui avait un besoin urgent de main-d’œuvre dans les usines et les chantiers, voyait l’immigration portugaise ou espagnole se tarir. À partir de là, les 35 000 travailleurs algériens qui s’installèrent chaque année en France, en justifiant d’un emploi, bénéficièrent d’une carte de résident de cinq ans pour eux et leur famille.

En 1971, la nationalisation des hydrocarbures en Algérie déclencha en France une campagne raciste contre l’immigration algérienne et, en 1973, l’Algérie mit fin à l’immigration de travail vers la France.

Par la suite, avec la crise, la montée du chômage et la progression des scores de l’extrême droite, l’accord fut révisé à trois reprises, en 1985, 1994 et 2001. Si, lors de ces révisions, les conditions de séjour des Algériens ont parfois pu être améliorées, leurs droits d’entrée et de circulation ont été restreints.

L’accord de 1968 qui concentre les attaques des politiciens réactionnaires est accusé de favoriser les ressortissants algériens et de leur donner trop de facilités. C’est loin d’être le sentiment des 900 000 Algériens qui vivent actuellement en France, et qui sont encore une fois la cible d’une campagne haineuse.

Depuis 1986, l’entrée des Algériens en France est subordonnée à l’obtention d’un visa et la carte de séjour a été remplacée par le certificat de résidence. À la différence des autres étrangers, qui reçoivent lors du renouvellement un titre pluriannuel, les ressortissants algériens ne reçoivent qu’un titre d’un an renouvelable. En outre, leur sont fermées de droit les mentions « passeport talent », « talent-famille », « talent-porteur de projet » et « talent-salarié qualifié » qui permettent l’obtention de titres de séjour pluriannuels. Quant aux étudiants, un visa long séjour pour « études » leur donne droit, à leur arrivée, à une carte d’étudiant renouvelable d’année en année, et non pluriannuelle comme pour les autres étudiants étrangers.

Le regroupement familial plus rapide est un avantage décrié, tout comme le fait que les commerçants algériens voulant s’établir en France peuvent en principe obtenir un visa long séjour, sans vérification préalable de la viabilité économique de leur projet. Ce qui est vrai sur le papier. Mais en réalité, tout dépend des décisions des consulats de France.

Retailleau accuse par ailleurs ces accords de favoriser les flux migratoires en provenance d’Algérie. Mais, alors que de tels accords n’existent pas avec le Maroc, les flux en provenance de ce pays ont permis à l’immigration marocaine de rattraper en nombre l’immigration algérienne.

Ce qui contrarie Retailleau est que l’accord relève du droit international et que les parlementaires n’ont donc pas la main dessus. Il prime sur le droit français et écarte les Algériens de ce qui relève de celui-ci en matière d’immigration, sauf pour ce qui concerne la procédure de reconduite à la frontière, les contrôles, les sanctions et l’asile. Macron vient de rappeler que c’est lui qui aura le dernier mot. Quant à son homologue en Algérie, Abdelmadjid Tebboune, il a récemment déclaré que l’accord de 1968 était une coquille vide, mais une ligne rouge à ne pas franchir.

                                                              Leïla Wahda (Lutte ouvrière n°2953)

 

dimanche 2 mars 2025

France-Algérie : ultimatum néo-colonial

 

Une seule classe ouvrière au milieux de nos combats communs

 

 

Bayrou a menacé le gouvernement algérien de revenir sur les accords bilatéraux de 1968 si l’Algérie ne coopérait pas plus à la chasse aux immigrés qui a cours en Europe. Bayrou se situe ainsi sur le terrain de l’extrême droite en reprenant une de ses revendications.

         Quant aux Algériens travaillant en France, ils ne doivent rien à l’État français, qui, quel que soit la couleur des gouvernements, a pillé cette ancienne colonie, lui a fait la guerre, et a fait venir les travailleurs algériens en France pour se faire exploiter dans les usines de la bourgeoisie française. 

         Venus ici, ils vivent ici, ils travaillent ici, ils doivent pouvoir rester ici

lundi 20 janvier 2025

Algérie-France : les tensions et leur instrumentalisation

Algérie-France : les tensions et leur instrumentalisation

Publié le 15/01/2025

Six influenceurs algériens ont été arrêtés pour « propos haineux » sur les réseaux sociaux. L’un d’entre eux, Doualemn, qui appelait à frapper un opposant au régime algérien, a été expulsé vers l’Algérie, puis renvoyé en France, et les tensions se sont accrues entre les deux pays.

En 2022, en visite en Algérie, Emmanuel Macron promettait une nouvelle ère dans les relations franco-algériennes. Mais, en reconnaissant le 31 juillet dernier la souveraineté du Maroc sur l’ex- colonie espagnole du Sahara occidental, le président français ouvrait une crise diplomatique inédite avec l’État algérien. Celui-ci se dit le défenseur du peuple sahraoui, mais il est surtout préoccupé par la montée en puissance du Maroc, avec lequel il est en rivalité pour la conquête des marchés africains et le rôle de première puissance régionale. Les revers essuyés par l’impérialisme français au Sahel ont conduit celui-ci à rompre sa relative neutralité sur cette question. Outre la possibilité d’exploiter les importantes ressources minières du Sahara occidental, le Maroc pourrait être une base arrière française et une porte d’entrée pour continuer à défendre ses intérêts vers les pays du Sahel.

Cette politique ne pouvait qu’entraîner des réactions du régime algérien qui, de 2013 à 2022, au nom de la lutte contre le terrorisme, a notamment permis à l’armée française déployée au Mali de mener l’opération Barkhane. Dans une collaboration discrète, jamais revendiquée de part et d’autre, l’Algérie lui a apporté un soutien logistique en fournissant l’eau, le carburant, ainsi que le partage de renseignements et sa connaissance du terrain. Il a également joué le rôle de garde-frontières en refoulant des dizaines de milliers de migrants subsahariens vers le Niger, sans les contreparties financières versées par l’UE à ses voisins tunisien et marocain.

La surenchère de déclarations de la droite et du RN décrivant le régime algérien comme arrogant à l’égard de la France ne pouvait qu’attiser les tensions. Bruno Retailleau, le ministre de l’Intérieur, y a ajouté sa propre provocation en ordonnant une expulsion qui lui est revenue comme un boomerang, mettant à mal sa posture de fermeté. Vexé, il a affirmé aussitôt que l’« Algérie cherche à humilier la France » et qu’il fallait « évaluer tous les moyens à notre disposition vis-à- vis de l’Algérie pour défendre nos intérêts ». Jordan Bardella, lui, a appelé au nom du RN à la suspension des visas pour les ressortissants algériens ainsi qu’à celle des transferts de fonds de la diaspora algérienne vers leur pays. L’ancien député socialiste Julien Dray y est aussi allé de son petit couplet : « Ça fait 50 ans que les gouvernements reculent face aux menaces de l’Algérie. »

Le pouvoir algérien, quant à lui, se défend d’avoir voulu humilier la France et dit n’avoir renvoyé Doualemn que pour lui permettre de répondre aux accusations portées contre lui dans un pays où il vit depuis 36 ans. Il dit de plus que Retailleau n’a respecté aucune règle, n’ayant pas pris soin d’informer les autorités algériennes de l’expulsion.

De part et d’autre de la Méditerranée, les deux pouvoirs attisent les tensions et les mettent en scène comme un dérivatif au mécontentement social et politique, au moment où l’un et l’autre traversent des crises politiques majeures. En Algérie, le pouvoir se sert de la mémoire de la guerre d’indépendance contre la puissance coloniale française pour asseoir sa légitimité. En France, après l’arrestation à Alger de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal pour ses propos concernant les frontières entre le Maroc et l’Algérie, nombre de politiciens se posent en défenseurs de la liberté d’expression.

Cette brouille mise en scène entre les dirigeants des deux pays, au moment ils mènent une guerre sociale féroce à leur propre population, leur sert de dérivatif. Pour les travailleurs, en Algérie comme en France, cet affrontement n’est pas le leur.

                                                          Leïla Wahda (Lutte ouvrière n°2946)