Israël :
l’emprise de l’extrême droite
La Marche des drapeaux, organisée
jeudi 14 mai par l’extrême droite israélienne, a donné lieu à Jérusalem à
un rassemblement de dizaines de milliers de personnes qui ont convergé vers le
Mur des lamentations, dans la partie orientale de la ville, en multipliant les
violences, crachats et attaques haineuses et racistes à l’encontre des Arabes.
Publié le 20/05/2026
Comme chaque année, l’extrême
droite sioniste et ultrareligieuse a commémoré la « réunification de Jérusalem
», c’est-à-dire l’occupation de sa partie orientale, majoritairement arabe, par
l’armée israélienne à l’issue de la guerre des Six-Jours de 1967. Venant pour
beaucoup des colonies installées en Cisjordanie, souvent jeunes – parfois à
peine plus de douze ans – les manifestants ont fait régner la terreur dans les
rues de Jérusalem-Est aux cris de « Mort aux Arabes » et « Que vos villages
brûlent ». La plupart des habitants, par peur d’être agressés, étaient restés
chez eux et les commerces étaient restés fermés. Plus de 3 000 policiers
avaient été déployés dans la ville, mais certains d’entre eux ont été filmés
dansant avec les manifestants. Autre soutien de poids, deux membres d’extrême
droite du gouvernement, Itamar Ben Gvir, ministre de la Sécurité nationale, et
Bezalel Smotrich, ministre des Finances, sont venus parader au milieu de leurs
troupes.
« Comme nous avons repris
Jérusalem, nous reprendrons Eretz Israël (la terre d’Israël) », clamaient
certains manifestants, faisant ainsi référence à un terme biblique englobant la
Cisjordanie occupée, mais aussi une partie du Liban et de la Syrie. Preuve
qu’il ne s’agit pas seulement de slogans, ces militants se livrent à de
nombreuses violences contre les Palestiniens de Cisjordanie pour les obliger à
quitter leurs terres. D’après un porte- parole de l’Unicef, au moins un enfant
palestinien a été tué en moyenne chaque semaine depuis janvier 2025 en
Cisjordanie occupée.
Cet activisme d’extrême droite
finit par alarmer une partie des Israéliens, y compris parmi des responsables,
en fonction ou à la retraite, de l’appareil militaire et sécuritaire du pays.
Fin mars, l’association Commandants pour la sécurité d’Israël, regroupant
550 officiers supérieurs et généraux en retraite, a publié une lettre
ouverte évoquant le « danger stratégique » pour la sécurité du pays que
représente pour eux le « terrorisme juif ». En avril 2026, après une
visite de villages palestiniens attaqués, l’ancien directeur du Mossad Tamir
Pardo avait déclaré sur une chaîne de télévision israélienne : « Ma mère est
une survivante de l’Holocauste, et ce que j’ai vu ici m’a rappelé les
événements du siècle dernier qui ont frappé les Juifs. » Et d’ajouter : «
L’État sème les graines du prochain 7 octobre. »
Ces prises de position reflètent
certainement l’inquiétude croissante d’une partie de la population israélienne
qui reproche à Netanyahou sa politique d’escalade guerrière. À l’approche des
élections législatives, prévues en octobre, des opposants de Netanyahou tentent
de capitaliser ce mécontentement à leur profit sans remettre pour autant en
cause la politique de colonisation.
Si une telle alternance avait
lieu, on ne peut en attendre une véritable issue pour les populations
israélienne et palestinienne, ni pour celles de l’ensemble de la région. Faire
reculer le poids de l’extrême droite et permettre aux populations israélienne
et arabe de coexister pacifiquement nécessitera de rompre radicalement avec les
politiques menées par tous les gouvernements depuis 1948. Cela nécessitera d’en
finir avec la politique de spoliation et de colonisation menée à l’encontre des
Palestiniens et de s’opposer aux politiques des puissances impérialistes et de
leurs relais gouvernementaux qui entretiennent une guerre permanente pour mieux
dominer la région.
Marc Rémy (Lutte ouvrière n°3016)