Allemagne :
dangereuse montée de l’extrême droite
Petit Land de l’ancienne Allemagne de l’Est, la
Saxe-Anhalt compte environ 2,1 millions d’habitants. Les résultats des
élections régionales du 6 septembre dépassent largement ses frontières : en
obtenant 44 % des suffrages, le parti d’extrême droite AfD a plus que doublé
son score de 2021 et frôle la majorité absolue au Parlement régional.
Publié le 09/09/2026
Dans un contexte où la participation a fortement
augmenté, atteignant 80 % – un record –, la CDU (conservateurs) s’effondre à 17
% (37 % en 2021). La défaite est d’autant plus spectaculaire que la CDU
gouverne ce Land depuis 2002. Le résultat constitue un désaveu massif du
gouvernement fédéral dirigé par Friedrich Merz de la CDU. Les autres partis
(Die Linke, SPD, Verts), restent loin derrière, autour de 9 % chacun.
L’AfD disposera de 39 sièges, à un cheveu des 42
nécessaires pour gouverner seule. Aucun des autres partis représentés au
Landtag n’entend officiellement former une coalition avec elle ; mais que se
passera-t-il en coulisses ? Le BSW (Bündnis Sahra Wagenknecht), scission de Die
Linke aux positions proches de celles de l’AfD sur l’immigration, obtient un
peu plus de 5 % et pourrait se placer en arbitre. Pour la première fois depuis
1945, un Land risque d’être gouverné par l’extrême droite.
Le succès de son candidat, Ulrich Siegmund, tient
aussi à un marketing habile : présence permanente sur les réseaux sociaux,
selfies avec les électeurs, kermesses, petits cadeaux et produits dérivés à son
effigie. Il cultive une image de « type normal », qui contraste avec la radicalité
de son programme.
Car, derrière le marketing, Siegmund prône des
mesures violentes contre les migrants, dans un discours assimilant immigration
et criminalité, des « milices citoyennes », des attaques contre les
programmes scolaires et les enseignants « trop à gauche », une hostilité
aux droits des personnes LGBT, la remise en cause du droit à l’avortement et la
dénonciation d’une justice prétendument laxiste. Siegmund a participé en 2023 à
la réunion secrète de Potsdam au cours de laquelle l’extrême droite avait
discuté du projet de « remigration », c’est-à-dire l’expulsion de
migrants ainsi que de citoyens allemands d’origine étrangère.
Parmi ses promesses sociales, l’AfD évoque des
loyers abordables, une baisse des prix de l’énergie et davantage d’hôpitaux.
Elle affirme que l’argent actuellement consacré à « l’aide à l’Ukraine »
pourrait être utilisé pour les retraites et le pouvoir d’achat et réclame la
levée des sanctions contre la Russie, permettant l’accès au gaz russe.
Les raisons de la colère sont réelles. Si Merz est
devenu en un temps record le plus détesté des chanceliers, son arrogance n’est
pas seule en cause : c’est aussi que son gouvernement mène une série d’attaques
sans précédent contre les conditions de vie et de travail des couches populaires
: santé, retraites, chômage, temps de travail, destruction de services utiles à
la population, tout y passe.
Cela intervient dans un contexte de baisse du
pouvoir d’achat et d’inquiétude profonde quant à l’avenir, alors que tous les
secteurs moteurs de l’économie et tous les grands groupes industriels, dont
ceux de l’automobile et de la chimie, multiplient les annonces choc de
fermetures d’usines et de licenciements par dizaines de milliers.
La Saxe-Anhalt, Land parmi les plus pauvres
d’Allemagne, subit depuis des années un nombre particulièrement élevé de
fermetures d’entreprises, un chômage supérieur à la moyenne nationale, une
baisse de sa population, en particulier parmi les jeunes. Le vote AfD exprime
donc aussi une volonté de sanctionner les partis qui gouvernent.
Prochainement, deux autres élections régionales
auront lieu : en Mecklembourg-Poméranie à l’Est et à Berlin. Prenant la parole,
le 7 septembre, au sujet du résultat électoral de la veille, Merz a annoncé
qu’il continuera les « réformes » de son gouvernement CDU-SPD… simplement en y
ajoutant de la pédagogie. De quoi pousser de nouveaux électeurs à délaisser la
CDU au profit de l’extrême droite.
Alice Morgen (Lutte ouvrière
n°3032)