Les dirigeants européens
veulent leur part
Dès la parution du document de Trump sur
l’Ukraine, la « coalition des volontaires » – soit une grande partie des
dirigeants européens – est montée au créneau.
Publié le 26/11/2025
La coalition a crié que son plan faisait la part
trop belle à Moscou, qu’aucune paix ne pouvait se conclure en Ukraine, dans le
dos de son gouvernement, et de l’Union européenne. Pour Macron, il faut « la
paix, pas une capitulation ».
L’ancien président Hollande y est allé de sa
déclaration sur « le plan de Trump pour l’Ukraine [qui] réduit
l’Europe au rang de spectatrice assiégée ». Pour avouer crûment que, dans
l’affaire, l’UE ne compte pour rien, il faut comme lui se trouver en
semi-retraite forcée. Mais le problème, pour les dirigeants européens qui sont
encore aux affaires, est qu’ils auraient bien du mal à reconnaître, devant leur
opinion publique, qu’ils ne décident pas grand-chose. De surcroît, il leur
faudrait admettre que, bon gré mal gré, ils vont devoir s’aligner sur ce que
veut Washington. Autrement dit, ils vont devoir avaliser un accord dans lequel
le régime ukrainien a perdu beaucoup de sa valeur dès que ses parrains
américains ont trouvé à défendre leurs intérêts sans lui, voire contre lui. Et
cela d’autant que le pouvoir ukrainien, qu’eux et leurs compères européens
encensaient, dont ils disaient qu’on devait le soutenir à tout prix, est si
affaibli par les affaires de corruption à grande échelle, que Zelensky pourrait
devoir céder sa place un de ces jours. Cela pourrait être, par exemple, à son
prédécesseur, le milliardaire Porochenko, qui se permet, en pleine guerre,
d’appeler à la démission du gouvernement Zelensky.
En fait, les dirigeants européens sont surtout
mortifiés de voir poindre un accord dans lequel ils sont les parents pauvres et
où les trusts américains – et russes – se tailleront une grosse part du gâteau.
Mais la diplomatie et les diplomates peuvent servir à masquer la brutalité des
rapports de force, et de leur expression. Pour faire passer la pilule, et
permettre aux puissances impérialistes de second rang de ne pas trop perdre la
face, Trump a concédé que ses alliés pouvaient discuter de son plan, et même –
il faut bien ménager leur ego – « l’améliorer ».
Les dirigeants européens et Zelensky ne tarissent
donc pas maintenant de qualificatifs sur les « progrès », les « avancées »
obtenues : le texte, devenu « meilleur », pourrait encore être « amélioré ».
Jusqu’à ce que Trump siffle la fin de la partie ? À moins qu’il n’y voie
l’occasion, en soufflant le chaud et le froid, d’obtenir… quelques concessions
de Poutine, dont il pourrait se prévaloir à grands coups de trompe.
Si après cela Trump ne se trouve pas en bonne
place pour le prix Nobel de la paix 2026, c’est à n’y rien comprendre. Quant
aux Macron, Merz en Allemagne ou Starmer en Grande-Bretagne, ils pourront
toujours prétendre qu’ils ont œuvré eux aussi à la « paix ». Mais sans oublier,
tel Macron, de dire que « sans éléments de dissuasion, les Russes
reviendront ». Pour qui n’aurait pas compris : il ne faudrait pas qu’un
cessez-le-feu mette en péril la « commande historique » de 100 Rafale et
autres engins de mort, signée par Zelensky durant sa visite à la base aérienne
de Villacoublay. Pour les marchands de canons et les dirigeants impérialistes,
qui sont leurs commis, la paix qu’ils préfèrent est souvent celle des
cimetières.
P.
L. (Lutte ouvrière n°2991)