Ukraine :
règlements de comptes au sommet
Le remaniement gouvernemental,
survenu mi-juillet en Ukraine, a suscité la grogne au sein même du parti du
président Zelensky et des manifestations contre sa décision. Cela a été aussi
l’occasion d’étaler au grand jour ce qui motive les dirigeants du pays quand
ils exhortent la population à aller « défendre la patrie ».
Publié le 22/07/2026
En changeant de Premier ministre,
Zelensky a voulu faire passer dans la foulée le limogeage de son ministre de la
Défense. Ce Fedorov, qu’il avait nommé en janvier, il l’encensait jusqu’à
récemment encore pour avoir obtenu d’Elon Musk qu’il ferme l’accès à Starlink,
son système de communication satellitaire, à l’armée russe, ce qui handicape
ses drones à longue portée.
Mais ce qui valait une certaine
popularité à ce ministre, jeune technocrate clamant sa volonté de réformer
l’armée pour la rendre plus efficace, dressait contre lui l’état-major et son
chef Syrsky, qu’il mettait en cause. Cela indisposait aussi Zelensky, qui
voyait là un rival s’affirmer, alors même que la cote du président a baissé.
Affaibli par les affaires de
corruption à répétition et son incapacité à emporter une victoire sans cesse
promise, Zelensky voit son propre pouvoir fourmiller de rivaux. Et ceux-ci se
positionnent auprès des États soutenant l’Ukraine, à l’instar de Fedorov qui
déclare n’avoir fait que se conformer « aux exigences de l’OTAN et au bon
sens ». Et pour prendre date, si jamais les parrains ouest-européens du
régime de Zelensky venaient à vouloir le remplacer, Fedorov se présente comme
adversaire de la corruption au sein de l’institution militaire, un phénomène
tel que l’UE finit par s’en agacer.
Fedorov a aussi incité ses
partisans à dénoncer dans la rue le chef d’état-major Syrsky, accusé de couvrir
la corruption de la hiérarchie militaire et, de fait, Zelensky, qui le
protégeait. Ces manifestations, qui même peu nombreuses viennent d’obliger
Zelensky à évincer son chef des armées contesté, mettent à nouveau le président
ukrainien au centre des questions de corruption. Comme il y a un an, lorsqu’il
avait tenté, sans succès, de neutraliser les agences officielles
anticorruption.
La presse ukrainienne signale que
l’organisation des actuelles manifestations doit beaucoup à l’oligarque mafieux
Kolomoïsky, le même qui avait propulsé Zelensky à la tête du pays, dans
l’espoir d’y avoir un homme à sa botte. Le président ayant fini par l’envoyer
en prison, il semble désormais miser sur Fedorov…
Face à ceux qui le contestent au
sommet en cherchant des relais dans la rue, Zelensky a mobilisé les réseaux
sociaux amis. Mais la polémique entre les uns et les autres fait qu’on assiste
à un grand déballage où chaque coterie opposée apparaît trempant jusqu’aux
oreilles dans d’énormes scandales d’argent.
Ainsi, a-t-on appris, le «
réformateur » et « chevalier blanc » Fedorov est personnellement lié à Skyfall,
le principal fabricant de drones en Ukraine, auquel son ministère passait
systématiquement commande. Évidemment, cela s’opposait aux intérêts d’autres
fabricants de drones, dont FirePoint, auquel sont liés Zelensky et son
entourage ! Entre les clans en lutte au sommet du pouvoir, ce sont donc de très
concrets règlements de comptes auxquels on assiste.
La presse française et européenne
en général s’extasie sur « l’expertise » acquise par l’armée ukrainienne en
matière de drones. Mais elle garde un silence remarquable sur les hauts faits
en ce domaine des affairistes, bureaucrates et oligarques qui se disputent le
pouvoir à Kiev. Non pas par ignorance, mais parce qu’il ne faudrait pas cracher
dans la soupe guerrière que concoctent ces bons amis de l’UE, de l’OTAN et des
grands groupes occidentaux.
Pierre Laffitte (Lutte ouvrière
n°3025)