Ukraine-Russie :
Avant des négociations, l’hécatombe continue
Publié le 18/09/2024
Zelensky, le chef de l’État
ukrainien, va rencontrer le président Biden lors de l’assemblée générale de
l’ONU à New York, fin septembre. Il a claironné qu’il attend de lui et de ses
alliés de l’OTAN qu’ils lui livrent des missiles longue portée pour aller
frapper en Russie même, loin de la ligne de front.
Poutine a aussitôt fait savoir
qu’un feu vert occidental en ce sens serait une entrée en guerre de l’OTAN
contre la Russie, qui y répliquerait en conséquence. Il n’a pas précisé
comment, mais nombre de commentateurs déclarent que, venant d’une puissance
nucléaire, il ne faudrait pas négliger ses menaces.
En deux ans et demi de guerre,
Moscou a plusieurs fois fixé au camp d’en face des « lignes rouges », que Kiev
et l’OTAN ont fini par franchir. Il y a eu l’envoi en Ukraine de chars lourds,
pourtant d’abord exclu ; puis celui d’avions F-16, eux aussi d’abord sous
embargo ; plus récemment, alors que l’Occident disait refuser d’étendre le
conflit en Russie, on a vu des drones d’attaque ukrainiens frapper de plus en
plus souvent, et en profondeur, des objectifs civils, économiques et militaires
russes, dont Moscou. Et depuis le 4 août, des brigades ukrainiennes ont
pénétré en Russie et occupent une partie de la région de Koursk.
Dans cette escalade, la
fourniture à Kiev d’armes occidentales de plus en plus puissantes et perfectionnées
tient une place centrale. Face à cela, le Kremlin ne pouvait pas ne pas suivre.
Outre qu’il a conclu des contrats de fourniture massive d’obus et de drones
avec la Corée du Nord et l’Iran, il n’a cessé d’accroître le nombre de soldats
engagés en Ukraine. Fin 2023, le demi-million était déjà bien dépassé, selon
Poutine. Et pour la troisième fois, il vient d’ordonner qu’on augmente les
effectifs de son armée. Ces 180 000 hommes supplémentaires remplaceront ceux
qui sont tués et blessés chaque jour sur le terrain, même si Moscou, tout comme
Kiev, tient secrètes les données chiffrées de ce bain de sang.
De façon similaire, Poutine et
Zelensky ne cessent de limoger des hauts-gradés et des dirigeants, dont ces
dernières semaines leurs ministres de la Défense respectifs. C’est qu’il leur
faut faire croire à leur population, sommée de fournir de la chair à canon, que
le pouvoir reconnaît ses souffrances. Et il leur faut aussi paraître
sanctionner ceux qu’ils désignent comme responsables des échecs militaires, de
la boucherie permanente pour quelques kilomètres pris à l’ennemi, mais aussi
des bombardements meurtriers d’immeubles d’habitation, d’écoles, de centres
commerciaux de part et d’autre de la frontière.
Quand il déclare que, pour les
mois qu’il lui reste à passer à la Maison- Blanche, il va aider au maximum
l’Ukraine à résister militairement, Biden promet que l’hécatombe va continuer
et s’accroître. Mais pratiquement le même jour, le chancelier allemand, Olaf
Scholz, qui recevait le président ukrainien sur une base militaire américaine
en Allemagne, a semblé prendre le contre-pied de Biden. Il a déclaré que son
pays, premier contributeur européen d’aide militaire à l’Ukraine, réduirait sa
part de moitié, et il a appelé Zelensky à engager au plus vite des négociations
de paix avec Moscou. Mais il a aussi confirmé l’envoi à l’Ukraine de douze
canons automoteurs PzH-2000.
Il est difficile de démêler dans
les dires de Biden ou de Scholz ce qui relève de postures de politique
intérieure, du bluff diplomatique, du soutien à leurs industriels de l’armement
ou de la volonté de mettre un terme à un conflit qui a fortement affecté
l’économie allemande. Mais le conflit peut aussi être vu par des cercles
dirigeants américains comme les détournant trop de leur ennemi principal, la
Chine.
En fait, et bien qu’ils ne
l’évoquent guère officiellement, les États-Unis et leurs alliés n’excluent pas
de négocier un arrêt au moins provisoire de cette guerre avec la Russie. Après
la « conférence de paix » de juin en Suisse, en l’absence d’une délégation
russe, les dirigeants américains et européens ont insisté pour que la Russie
participe à la prochaine. Ainsi, à l’assemblée générale de l’ONU où la question
de la guerre sera discutée, Zelensky sera présent, mais aussi le ministre des Affaires
étrangères de Poutine.
Cela ne signifie pas que les
combats vont cesser ni ralentir bientôt. Au contraire : chaque camp veut
avancer ses pions, dans le Donbass ou autour de Koursk, pour améliorer le
rapport de force dans la perspective de négociations à venir. Cela peut prendre
du temps et signifier une masse de destructions, de morts et d’estropiés civils
et militaires de plus. Car les dirigeants des grandes puissances ne peuvent
conclure une paix que comme ils font la guerre : avec la peau des peuples.
Pierre Laffitte (Lutte ouvrière
n°2929)