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vendredi 6 novembre 2026

Le 5 novembre et après : des confédérations syndicales pas pressées

 Le 5 novembre et après : des confédérations syndicales pas pressées

Alors qu’elle était programmée fin septembre par la fédération CGT Métallurgie comme une journée visant à défendre « notre industrie », la date du 5 novembre est devenue une étape dans le mouvement initié par la jeunesse.

Publié le 04/11/2026

Ce n’est que le 5 octobre, après le succès de la mobilisation du 29 septembre, que poussée par l’explosion de colère lycéenne, une intersyndicale CGT, FO et CFDT s’est emparée de la date du 5 novembre pour appeler les salariés du privé et du public à en faire une journée de grève et de manifestation « pour les salaires, les services publics, l’emploi et l’industrie ». Alors que la jeunesse en était déjà à sa deuxième semaine de mobilisation, l’intersyndicale n’affichait de perspective pour les travailleurs que dans un délai d’un mois… Pendant tout le mois d’octobre, les confédérations se sont donc contentées du minimum : déclarer leur soutien aux lycéens et appeler aux manifestations des samedis. Dans la plupart des entreprises, elles ont de plus maintenu le silence radio, la parole restant le monopole du gouvernement, de BFMTV et de CNews.

Après trois samedis de mobilisation réussie, les 17, 24 et 31 octobre, le 5 novembre est finalement devenu de fait une perspective pour bien des lycéens et des étudiants, leur permettant de relancer leur mouvement après les congés. Les confédérations syndicales ont pu aussi apparaître comme voulant donner une perspective, une direction au mouvement de protestation. Pas plus qu’en octobre, les confédérations syndicales ne cherchent vraiment à faire que les travailleurs s’engouffrent dans la brèche ouverte par les manifestations lycéennes pour défendre leurs intérêts de classe. Elles se placent même en retrait. Ainsi, quand Sophie Binet s’est adressée par lettre aux syndicats CGT le 26 octobre, c’était pour leur fixer l’objectif, non de lutter pour de véritables augmentations, mais de préparer l’ouverture des négociations annuelles obligatoires (NAO) ! Or ces dernières visent surtout à étouffer les mobilisations des travailleurs sur les salaires dans des discussions sans fin entre patrons et syndicats autour d’un tapis vert.

La politique de la direction de la CGT va même encore plus à l’encontre de la mobilisation des travailleurs quand Sophie Binet déclare que « l’enjeu de la mobilisation dépasse la simple satisfaction des revendications, mais déterminera la dynamique des élections présidentielle et législatives ». C’est vouloir déplacer la lutte sur le terrain électoral.

Les confédérations syndicales ont des objectifs propres, notamment la reconnaissance du rôle de leur appareil dans le cadre de ce système capitaliste. Elles ne défendent que bien partiellement les intérêts matériels du monde du travail. Si la grève du 5 novembre ou une autre journée ouvrait la voie à une véritable mobilisation de la classe ouvrière, les travailleurs ne pourraient se fier à leur direction. Dès le début de leur mobilisation, ils devraient chercher à se donner leur propre direction, élue et contrôlée par la base dans chaque entreprise, autour de comités de grève décidant démocratiquement de leurs propres revendications et des moyens pour les obtenir.

                                                    Serge Benham (Lutte ouvrière n°3040)

lundi 26 octobre 2026

Confédérations syndicales : le 5 novembre, et avant ?

 Confédérations syndicales : le 5 novembre, et avant ?

Les directions nationales des confédérations syndicales ont certes souhaité la réussite des manifestations du 17 octobre mais, sauf initiative locale, leur contribution concrète a été inexistante.

Publié le 21/10/2026

Au soir et au lendemain de ces manifestations, elles ont reconnu la puissance du mouvement, dénoncé plus ou moins selon les cas les manœuvres médiatiques pour déconsidérer les manifestants, plus ou moins critiqué les violences policières. Mais toutes s’en tenaient à l’agenda qu’elles ont défini en appelant le 5 novembre à une journée interprofessionnelle et intersyndicale de grèves et de manifestations.

Au début du mouvement des gilets jaunes, en novembre 2018, les confédérations avaient méprisé et même calomnié ceux qui se rendaient sur les ronds-points. Et cela pour une seule et simple raison : elles n’avaient pas déclenché ce mouvement qui, d’ailleurs, ne leur demandait rien, même si bien des militants ouvriers y ont pris part. Cette position de départ leur a valu d’être mises dans le même sac que les partis gouvernementaux par un certain nombre de gilets jaunes. La CGT, la CFDT, SUD, la FSU, FO et l’UNSA n’ont pas voulu répéter cette erreur.

Mercredi 21, en sortant d’une entrevue, évidemment sans aucun résultat, avec Lecornu, l’intersyndicale maintenait son appel pour le 5 novembre. La CFDT souhaite que le gouvernement propose quelque chose d’ici là et la CGT parle de soutenir la manifestation du 24 octobre.

Mais aussi bien les lycéens, les étudiants, ceux qui sympathisent avec eux que les travailleurs dans leur ensemble savent évaluer les rapports de force. Si plus de 500 000 manifestants, réunis quasi spontanément à travers le pays malgré les provocations policières, n’ont pas ébranlé le gouvernement, comment une journée programmée, encadrée, unique et sans lendemain prévu le pourrait-elle ? De plus, que doivent faire d’ici là ceux qui sont déjà mobilisés ? Comment donner aux travailleurs conscience de leur force ? Comment leur donner aussi conscience de leur bon droit, face à tous ceux qui pleurent sur le prétendu coût du travail ?

Si la mémoire des travailleurs conscients n’y suffisait pas, l’attitude actuelle des confédérations syndicales montre qu’elles se préparent à ne pas y répondre. Elles ne veulent en fait même pas les poser. Mais les jeunes et ceux des travailleurs qui les ont déjà rejoints peuvent le faire, et bien plus efficacement.

                                                                    P. G. (Lutte ouvrière n°3038)

samedi 18 juillet 2026

Dassault – Cergy (95) : La CGT vole au secours du patron

 Dassault – Cergy (95) : La CGT vole au secours du patron

Publié le 16/07/2026

Le 6 juillet, dans un tract distribué à l’usine Dassault de Cergy,  la CGT se félicitait de l’échec du projet commun européen SCAF. Elle commençait une campagne en faveur du SCANF (Système de combat aérien de la Nouvelle France). La référence est explicite au slogan de Jean-Luc Mélenchon, le chef de file de LFI, grand ami de la famille Dassault.

Alors que Sophie Binet déclarait l’été dernier que : « Les milliards pour la Défense seraient au détriment des services publics et des Français », ou encore : « Les français n’ont pas besoin de Rafale supplémentaires, ils ont besoin de Canadair », la CGT Dassault continue une campagne syndicale maison qui lui est habituelle. Dès la fin des années 90, elle s’est en effet employée à mettre les travailleurs de l’entreprise à la remorque des intérêts de la famille Dassault, en défendant un Rafale « made in France », à l’époque contre un projet franco-britannique.

Si le Rafale est une bonne affaire, il l’est avant tout pour les actionnaires, donc essentiellement la famille Dassault qui vit grassement des multiples financements publics qui l’alimentent, tous programmes confondus, depuis plus d’un siècle maintenant.

Mais plutôt que dénoncer cette situation, la CGT Dassault fait campagne en faveur d’un engin de mort, avec des accents nationalistes : « Le SCANF, tel que nous le portons, c’est le système de combat aérien de la nouvelle France, (…) Dans un environnement instable, où les alliances évoluent et où les intérêts nationaux reprennent toute leur place, la question de la souveraineté redevient centrale ». La voilà promue grand stratège géopolitique, oubliant le rôle réel des Rafale lorsqu’ils interviennent en Afrique et dans les pays du Golfe.

Dassault n’a évidemment que faire de ce genre de conseiller économique, en ayant de bien plus efficaces et hauts placés dans l’appareil d’État. La CGT distille dans la tête des travailleurs que leur avenir dépend de la réussite économique de leur patron. Celui-ci ne peut que s’en réjouir. La CGT désarme ainsi les travailleurs qui voudraient se battre pour leurs propres intérêts, ceux de la classe ouvrière contre leur patron.

vendredi 7 novembre 2025

Licenciements : face aux licenciements : quelle riposte ?

 Face aux licenciements : quelle riposte ?

La CGT a recensé près de 450 plans de licenciements depuis septembre 2023, menaçant directement plus de 100 000 emplois et 300 000 indirectement.

Publié le 05/11/2025

Face à cette avalanche de licenciements, la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a rencontré, le 30 octobre, le ministre délégué à l’Industrie, Sébastien Martin, pour lui demander « de changer de politique économique et industrielle », comme elle l’a expliqué dans une interview. « Ce n’est plus possible d’avoir une politique du carnet de chèques où on se contente de distribuer 211 milliards d’aides publiques aux entreprises sans conditions ni contreparties. »

Des centaines de milliards sont en effet versés aux grandes entreprises sans que soit prévu le moindre contrôle gouvernemental de ce qui en est fait. Sanofi, par exemple, a supprimé des milliers d’emplois ces dernières années dans ses services de recherche et développement, tout en recevant en même temps des centaines de millions d’euros au titre du crédit d’impôt recherche.

Mais même si les aides versées aux entreprises étaient conditionnées par des créations d’emplois, les patrons se contenteraient de les empocher sans se sentir obligés de respecter le moindre engagement. Et il ne faut pas compter sur l’État, quel que soit le gouvernement en place, pour exiger qu’ils remboursent ces milliards ainsi versés à fonds perdu.

En réalité, la politique mise en avant par la CGT ne peut déboucher que sur une impasse pour les travailleurs. Elle se résume en fait à attendre du gouvernement qu’il veuille bien modérer les attaques patronales, ce qui est totalement illusoire.

Face à la guerre sociale que leur mène la classe capitaliste, les travailleurs ne peuvent compter que sur leurs propres forces et sur leur capacité à s’organiser pour riposter au patronat avec les armes de la lutte de classe, les grèves et les manifestations. À l’origine, les syndicats, et la CGT en particulier, étaient censés y contribuer.

                                                         Thomas Baumer (Lutte ouvrière n°2988)

mercredi 15 octobre 2025

80 ans de Sécurité sociale : comptes et légendes

 80 ans de Sécurité sociale : comptes et légendes

Les 80 ans de la Sécurité sociale, instaurée par les ordonnances des 4 et 19 octobre 1945, sont diversement célébrés.

Publié le 08/10/2025

L’institution elle-même s’autocongratule dans diverses manifestations, colloques et expositions dans tout le pays. Elle est suivie en cela par la gauche politique et syndicale, particulièrement le PCF et la CGT, qui se targuent d’être à l’origine de cet incontestable progrès social. D’autre part, l’arc politique partant de la droite du PS jusqu’au RN, tout en affirmant son attachement à « notre modèle social », n’a eu de cesse d’imposer des coupes budgétaires, des régressions et, pour certains, de proposer la destruction même du système de sécurité sociale tel qu’il existe depuis 1945.

Le recul de l’âge de la retraite, la moindre protection contre la maladie, le déremboursement de nombreux médicaments, les mauvais coups contre l’hôpital public, les franchises et leur augmentation rognent les effets de la Sécurité sociale au prétexte d’équilibrer ses comptes. Mais l’équilibre mathématique des comptes en question, tel que prévu à sa fondation, est basé sur l’illusion, ou plutôt le mensonge, d’une société dans laquelle chacun contribue selon ses moyens. Salariés et employeurs, cotisant à la hauteur prévue, assureraient ainsi de concert, sous l’œil bienveillant des représentants syndicaux et grâce à la neutralité de l’État, la retraite des vieux travailleurs, la couverture des blessés et malades et l’harmonie sociale pour tous.

En fait, le patronat fait pression en permanence sur les salaires, avec évidemment l’aide de l’État et c’est bien la principale raison du prétendu « trou de la sécu », découvert opportunément en 1967 et jamais comblé depuis. Aujourd’hui, les employeurs sont exonérés de cotisations sur les bas salaires pour un montant de 80 milliards d’euros par an, ils ont fait repousser l’âge de départ en retraite à 62 puis à 64 ans, ils trouvent tous les biais pour ne pas déclarer les accidents de travail, réduisent ainsi leurs pénalités et, de plus, exigent et obtiennent de l’État toujours plus de cadeaux, au détriment entre autres des budgets de santé publique.

En fait, le ver était dans le fruit dès le départ puisque la création de la Sécurité sociale a commencé par un recul. La CGT et le PCF, qui participait alors au gouvernement, avaient accepté ce que le mouvement ouvrier refusait depuis toujours, le fait que les ouvriers cotisent sur leur salaire. La CGT, du moins celle d’avant 1914, avait pourtant toujours affirmé que c’est aux patrons, qui disposent de toute la richesse sociale créée par le travail, de payer pour les retraites. Ce n’était pas le seul reniement dans cette période où l’appareil stalinien défendait l’ordre social, depuis l’obligation de travailler le ventre vide jusqu’à celle de défendre l’Empire français, y compris contre les révoltes des colonisés. Mais c’est cela que leurs lointains héritiers veulent aujourd’hui faire passer pour le summum de ce que les travailleurs peuvent obtenir dans ce monde.

En 1945 les salaires étaient bas et les travailleurs mouraient jeunes, ce qui fait que l’instauration de la Sécurité sociale n’a pas coûté cher au patronat. Mais, dès qu’il a fallu commencer à payer, trente ans plus tard, il a refusé de le faire et trouvé pour cela l’oreille complaisante des gouvernements successifs, présidents « socialistes » et ministres « communistes » compris. Aujourd’hui, l’attaque patronale passe donc en bonne partie par la destruction du système de sécurité sociale. Les institutions, les questions comptables et les légendes politiques sont là ; mais derrière ces écrans de fumée, les travailleurs doivent distinguer leurs intérêts de classe et les défendre.

                                                           Paul Galois (Lutte ouvrière n°2984) 

 


Le "produire d'abord, revendiquer ensuite" du PCF et de la CGT

Capture d'écran DM, exposition Robert Doisneau, 2025) 

mardi 24 juin 2025

Dassault : quand la CGT soutient la production d’armement

 

Dassault : quand la CGT soutient la production d’armement

Au nom de la défense de l’emploi, la CGT comme le PCF ont toujours soutenu la production d’armement dans le cadre de l’économie capitaliste.

Publié le 18/06/2025 


Un exemple parmi d’autres : la défense du Rafale. Déjà, un numéro de la revue de la CGT, La Vie ouvrière spéciale impôts, largement diffusée, avait comporté une double page centrale vantant les mérites de cet avion. Chacun sait en effet qu’il s’agit d’un achat habituel dans les familles ouvrières ! Dans les années 1970/80, les militants PCF et CGT s’employaient à faire la promotion du Rafale « franco-français » dans toutes les usines Dassault, pétition illustrée d’un avion tricolore à la main. Et dans un tract distribué fin janvier à l’usine de Cergy, la CGT se vantait d’avoir eu une influence sur les choix de l’avionneur : « Acheter un Rafale, c’est garder sa souveraineté. »

On assiste actuellement à une campagne similaire avec le futur avion de combat « SCAF ». Bien que Dassault en soit le maître d’œuvre, la CGT redoute, comme le PDG Trappier, que les gouvernements allemand et espagnol ne soient pas aussi bien disposés à financer le projet que ne l’est l’État français.

Bien sûr, ces arguments pèsent dans la conscience des travailleurs de l’entreprise. Mais ce qu’ils défendent avant tout, c’est leur emploi et pas nécessairement ce qu’ils produisent !

                                             Correspondant LO (Lutte ouvrière n°2968)