En
novembre 2023, Lutte ouvrière a organisé une conférence du Cercle Léon Trotsky
revenant sur l’histoire qui a abouti à la situation actuelle au Moyen-Orient
avec l’oppression du peuple palestinien. Nous étions un certain nombre à
assister à Argenteuil à la projection ces jours derniers de « Palestine 36 »
de la réalisatrice Annemarie Jacir, un film d’histoire certes mais gros de
réflexion pour comprendre l’impasse actuelle. Ci-dessous, des passages consacrés
à ces évènements de 1936 dans la brochure du texte de cette conférence. (Je
peux procurer cette dernière au prix de 3 euros, plus port si nécessaire)
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On est aux lendemains de la Première guerre mondiale
La
Palestine sous mandat britannique
La Palestine se retrouvait donc
sous mandat britannique. Une administration fut mise en place, composée très
majoritairement de Britanniques, avec à sa tête un gouverneur général. Les
autorités mandataires acceptèrent que les Juifs de Palestine se dotent de leurs
propres institutions, avec un conseil exécutif désigné par une assemblée,
elle-même élue par tous ceux qui s’étaient fait enregistrer comme Juifs. En
1929, une Agence juive, mise en place par l’Organisation sioniste mondiale,
joua de fait le rôle de gouvernement de la population juive palestinienne.
Jamais les populations arabes n’obtinrent la création d’institutions
équivalentes. L’administration britannique aiguisait ainsi volontairement les
oppositions entre Juifs et Arabes, de façon à pouvoir se poser en arbitre
indispensable.
C’est dans ces conditions qu’une
société juive complètement coupée de la société arabe commença à s’édifier.
Ceux qui en furent les artisans étaient issus majoritairement d’Europe de
l’Est, surtout de l’Empire russe, où existait un important mouvement ouvrier
dont ils avaient subi l’influence. De ce fait, beaucoup se réclamaient du
socialisme. Mais leur socialisme était limité aux Juifs et excluait totalement
les populations arabes. La façon dont ont été développés les kibboutz, cette
forme collective d’exploitation agricole, en est l’illustration. Au sein des
kibboutz devait régner un esprit égalitaire qui était censé incarner un idéal
socialiste. Il n’y avait pas de salaires, on partageait tout. Mais le véritable
objectif était la conquête du pays. Les kibboutz s’installaient sur les terres
achetées à des grands propriétaires absentéistes et en chassaient les paysans
arabes qui y vivaient.
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Parmi les courants issus du
mouvement socialiste, la seule organisation qui rompit avec le sionisme et
tenta de s’adresser aux masses arabes fut le Parti communiste palestinien.
Fondé en 1920, il fut le premier parti communiste à se créer au Moyen-Orient.
Il resta faible et ne dépassa jamais le millier d’adhérents. Ses membres
devaient militer dans un contexte difficile, alors qu’un fossé de haine
commençait à se creuser entre Juifs et Arabes. Majoritairement juifs, ses
militants étaient en butte, dans leur milieu d’origine, à l’hostilité des
sionistes. Ils devaient en plus subir une répression particulièrement dure de
la part des autorités britanniques, ils étaient souvent arrêtés et parfois
arbitrairement expulsés de Palestine.
Une politique cherchant à unir
les travailleurs juifs et arabes dans une même organisation et dans une lutte
commune, à la fois contre le colonialisme britannique et contre les classes
féodales arabes, une telle politique était-elle possible ? Ce qu’on peut dire,
c’est que ce n’est pas le courage qui a manqué à ces militants qui tentèrent de
la mettre en œuvre. Mais la politique que leur fit mener l’Internationale
communiste stalinisée à partir de la fin des années 1920 était aux antipodes de
l’internationalisme qui aurait été nécessaire pour surmonter les obstacles
auxquels ils avaient à faire face. Le Parti communiste fut en effet contraint
d’adopter un cours opportuniste d’abord à l’égard du nationalisme arabe, puis à
l’égard du sionisme à partir du moment où l’URSS rechercha l’alliance de la
Grande-Bretagne. Ces politiques, variant en fonction des intérêts diplomatiques
des dirigeants de la bureaucratie stalinienne, entrainèrent le départ de
nombreux militants et conduisirent à plusieurs reprises à des scissions entre
les secteurs arabes et juifs du parti.
La Grande
révolte arabe de 1936
La montée des tensions déboucha,
à partir de 1936, sur de véritables soulèvements populaires des masses arabes.
Cette Grande révolte arabe, comme on l’a appelée, commença en avril 1936 par
des affrontements entre Juifs et Arabes. Un mouvement de grève des travailleurs
arabes commença à se répandre, impulsé par des comités locaux. Ceux qui les
animaient revendiquaient la fin de l’immigration juive, mais aussi l’élection
d’une assemblée représentative. Contestant l’occupation britannique, le
mouvement avait un caractère anticolonial, mais il exprimait aussi la révolte
sociale des classes populaires arabes contre la misère, contre des conditions
de vie qui s’étaient aggravées avec la crise économique depuis le début des
années 1930. Dans les campagnes, des paysans s’armaient et constituaient des
milices qui s’en prenaient à des colonies juives, mais aussi aux grands
propriétaires terriens arabes. Ceux-ci les pressuraient et accaparaient une
grande partie des récoltes par le biais des loyers qu’ils faisaient payer à
leurs métayers ou par le biais des dettes que les paysans avaient contractées
et qu’ils ne parvenaient pas à rembourser.
Les classes privilégiées avaient
beaucoup de raisons de se sentir elles-mêmes menacées par cette révolte
populaire explosive. Un Haut comité arabe se constitua dès le début du
mouvement pour tenter d’en prendre la tête. Il regroupait l’ensemble des partis
nationalistes palestiniens qui étaient chacun liés à une famille différente de
notables. A sa tête se trouvait le Grand mufti de Jérusalem, un titre qui en
faisait la plus haute autorité religieuse. Il était lui-même issu d’une des
familles de notables les plus puissantes, les Husseini. En appelant au boycott
des commerces tenus par des Juifs, ce Haut comité voulait limiter la
mobilisation au terrain de la lutte contre la présence juive, moins menaçant
socialement pour les classes privilégiées arabes. Il joua aussi un rôle modérateur
en appelant, en octobre, à la fin de la grève générale. Mais la mobilisation se
poursuivit, prenant des formes insurrectionnelles.
Pour venir à bout de la révolte
arabe, les autorités mandataires durent déployer un contingent de 30 000
soldats en Palestine. Ils se livrèrent à une véritable guerre, faisant régner
la terreur. Plus de 20 000 maisons abritant les familles des insurgés furent
dynamitées. Une partie de la vieille ville arabe de Jaffa fut ainsi détruite,
et des villages furent, eux, totalement rasés. Des avions furent utilisés pour
bombarder les zones tenues par les insurgés. Près de 50 000 Palestiniens furent
arrêtés et rassemblés dans quatorze camps de détention, et beaucoup, dont les
membres du Haut comité arabe, pourtant bien modérés, furent déportés dans les
possessions coloniales britanniques, en particulier aux îles Seychelles. Le
nombre de Palestiniens tués, blessés ou exilés représenta au total 10 % de la
population arabe.
Si les dirigeants palestiniens
tenaient à présenter la révolte arabe comme une lutte contre les Juifs, de leur
côté, les organisations sionistes adoptèrent la même logique nationaliste et
aidèrent les Britanniques à réprimer les populations arabes. La Haganah (1)
reçut des armes pour cela. Des miliciens juifs furent formés aux techniques de
combat par l’armée britannique, et même intégrés dans des unités spécialement
constituées pour réaliser des opérations de commando. Cette collaboration dura
au point qu’en 1939, la police mandataire comptait près de 21 000 Juifs, soit 5
% de la population juive de Palestine.
Cette période de soulèvement
aurait-elle pu voir converger une lutte commune des Juifs et des Arabes contre
la présence coloniale britannique ? En tout cas, les politiques que menèrent
les organisations sionistes et ceux qui se retrouvèrent à la tête de la révolte
arabe ne le permirent pas. Cette période marqua au contraire une étape
importante dans l’évolution qui conduisit les deux peuples à s’affronter l’un
contre l’autre, un piège dont ils ne devaient plus sortir.
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La
Haganah (1) : était la principale milice armée de la population juive entre
1920 et 1948, lorsqu'elle est devenue le noyau de l'armée israélienne.