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samedi 19 octobre 2024

Russie : Conscription et chair à canon

Russie : Conscription et chair à canon

Publié le 17/10/2024

Le 1er octobre, l’armée russe a débuté sa campagne de conscription d’automne. Elle durera jusqu’au 31 décembre, avec un objectif chiffré : fournir à l’état-major les 180 000 hommes supplémentaires que Poutine vient de lui accorder. 



En effet, bien que le bilan des pertes humaines de la guerre en cours soit l’un des secrets les mieux gardés, « l’opération militaire spéciale » de Poutine réclame un lot croissant de chair à canon. Les généraux envoient assez d’hommes à la mort pour saturer les capacités de défense des lignes ukrainiennes : c’est à ce prix que le Kremlin peut se vanter d’avoir « libéré » de nouvelles bourgades, écrasées sous les bombes et vidées de leurs habitants, devant Donetsk ou Zaporijjia.

Poutine voudrait apparaître comme le protecteur de sa population dans un contexte guerrier. Il fait dire depuis des mois qu’il refuse toute mobilisation générale et ne veut pas de conscrits pour faire la guerre en Ukraine. À l’en croire, elle ne requiert que des soldats de métier ou des volontaires.

De cette posture à la réalité, il y a un gouffre. D’abord, le terme « volontaire » relève du mensonge, nombre de soldats « sous contrat » n’ayant signé ce dernier que sous la contrainte. C’est celle de la pauvreté, s’agissant d’hommes et de femmes originaires de régions où il n’y a d’emplois que très mal payés, et qui peuvent donc considérer comme mirobolantes les sommes et primes versées à l’engagé, ou à sa famille s’il meurt au combat. Et il y a aussi la pression qui s’exerce sur des conscrits livrés à des officiers que pas grand-chose ne retient. Bientôt, leur arbitraire sera encore plus couvert par la loi : le ministère de la Défense va étendre la possibilité de mettre un soldat aux arrêts au motif d’indiscipline, en se passant, obstacle pourtant limité, de l’avis d’un tribunal militaire.

Récemment, le régime de la conscription s’est encore durci. Un retard de vingt jours pour s’enregistrer auprès de l’autorité militaire est passible d’amende et de diverses sanctions, dont la prison. Depuis le 1er janvier 2024, les hommes sont incorporables de 18 à 30 ans, contre 27 ans jusqu’alors. La mesure vise à ratisser même ceux qui ont obtenu des sursis répétés, pour études ou raisons familiales. Quant aux critères d’attribution d’un sursis, on les a rendus encore plus stricts.

L’armée y trouve évidemment son compte, mais aussi une foule de responsables militaires et civils qui vendent, à qui peut se l’offrir, la validation d’un certificat médical permettant d’être réformé ou celle d’un dossier de soutien de famille qui exempte d’aller à l’armée…

Certains restent dispensés d’office de ce service. Les élus à la Douma d’État et aux organes dirigeants des régions, autrement dit le personnel politique de la bureaucratie acquise à Poutine, le sont ainsi que les piliers du régime : les très nombreux policiers en tout genre.

À l’exception des travailleurs des industries de guerre qui, s’ils coupent à la conscription, restent à la merci d’un licenciement, c’est sur les membres des classes laborieuses que celle-ci repose. Ils paient le plus lourd tribut à cette guerre, individuellement en tant qu’appelés et collectivement avec la hausse des impôts, la fonte des salaires qui ne suivent pas une inflation proche de 10 % en cette fin d’année. Ils le paient aussi par l’accroissement du caractère policier, répressif et militarisé d’un régime au service des nantis de la bureaucratie et de la bourgeoisie russes.

                                                       Pierre Laffitte (Lutte ouvrière n°2933)

 

mardi 24 septembre 2024

Ukraine-Russie : Avant des négociations, l’hécatombe continue

 

Ukraine-Russie : Avant des négociations, l’hécatombe continue

Publié le 18/09/2024

Zelensky, le chef de l’État ukrainien, va rencontrer le président Biden lors de l’assemblée générale de l’ONU à New York, fin septembre. Il a claironné qu’il attend de lui et de ses alliés de l’OTAN qu’ils lui livrent des missiles longue portée pour aller frapper en Russie même, loin de la ligne de front.

 

 

Poutine a aussitôt fait savoir qu’un feu vert occidental en ce sens serait une entrée en guerre de l’OTAN contre la Russie, qui y répliquerait en conséquence. Il n’a pas précisé comment, mais nombre de commentateurs déclarent que, venant d’une puissance nucléaire, il ne faudrait pas négliger ses menaces.

En deux ans et demi de guerre, Moscou a plusieurs fois fixé au camp d’en face des « lignes rouges », que Kiev et l’OTAN ont fini par franchir. Il y a eu l’envoi en Ukraine de chars lourds, pourtant d’abord exclu ; puis celui d’avions F-16, eux aussi d’abord sous embargo ; plus récemment, alors que l’Occident disait refuser d’étendre le conflit en Russie, on a vu des drones d’attaque ukrainiens frapper de plus en plus souvent, et en profondeur, des objectifs civils, économiques et militaires russes, dont Moscou. Et depuis le 4 août, des brigades ukrainiennes ont pénétré en Russie et occupent une partie de la région de Koursk.

Dans cette escalade, la fourniture à Kiev d’armes occidentales de plus en plus puissantes et perfectionnées tient une place centrale. Face à cela, le Kremlin ne pouvait pas ne pas suivre. Outre qu’il a conclu des contrats de fourniture massive d’obus et de drones avec la Corée du Nord et l’Iran, il n’a cessé d’accroître le nombre de soldats engagés en Ukraine. Fin 2023, le demi-million était déjà bien dépassé, selon Poutine. Et pour la troisième fois, il vient d’ordonner qu’on augmente les effectifs de son armée. Ces 180 000 hommes supplémentaires remplaceront ceux qui sont tués et blessés chaque jour sur le terrain, même si Moscou, tout comme Kiev, tient secrètes les données chiffrées de ce bain de sang.

De façon similaire, Poutine et Zelensky ne cessent de limoger des hauts-gradés et des dirigeants, dont ces dernières semaines leurs ministres de la Défense respectifs. C’est qu’il leur faut faire croire à leur population, sommée de fournir de la chair à canon, que le pouvoir reconnaît ses souffrances. Et il leur faut aussi paraître sanctionner ceux qu’ils désignent comme responsables des échecs militaires, de la boucherie permanente pour quelques kilomètres pris à l’ennemi, mais aussi des bombardements meurtriers d’immeubles d’habitation, d’écoles, de centres commerciaux de part et d’autre de la frontière.

Quand il déclare que, pour les mois qu’il lui reste à passer à la Maison- Blanche, il va aider au maximum l’Ukraine à résister militairement, Biden promet que l’hécatombe va continuer et s’accroître. Mais pratiquement le même jour, le chancelier allemand, Olaf Scholz, qui recevait le président ukrainien sur une base militaire américaine en Allemagne, a semblé prendre le contre-pied de Biden. Il a déclaré que son pays, premier contributeur européen d’aide militaire à l’Ukraine, réduirait sa part de moitié, et il a appelé Zelensky à engager au plus vite des négociations de paix avec Moscou. Mais il a aussi confirmé l’envoi à l’Ukraine de douze canons automoteurs PzH-2000.

Il est difficile de démêler dans les dires de Biden ou de Scholz ce qui relève de postures de politique intérieure, du bluff diplomatique, du soutien à leurs industriels de l’armement ou de la volonté de mettre un terme à un conflit qui a fortement affecté l’économie allemande. Mais le conflit peut aussi être vu par des cercles dirigeants américains comme les détournant trop de leur ennemi principal, la Chine.

En fait, et bien qu’ils ne l’évoquent guère officiellement, les États-Unis et leurs alliés n’excluent pas de négocier un arrêt au moins provisoire de cette guerre avec la Russie. Après la « conférence de paix » de juin en Suisse, en l’absence d’une délégation russe, les dirigeants américains et européens ont insisté pour que la Russie participe à la prochaine. Ainsi, à l’assemblée générale de l’ONU où la question de la guerre sera discutée, Zelensky sera présent, mais aussi le ministre des Affaires étrangères de Poutine.

Cela ne signifie pas que les combats vont cesser ni ralentir bientôt. Au contraire : chaque camp veut avancer ses pions, dans le Donbass ou autour de Koursk, pour améliorer le rapport de force dans la perspective de négociations à venir. Cela peut prendre du temps et signifier une masse de destructions, de morts et d’estropiés civils et militaires de plus. Car les dirigeants des grandes puissances ne peuvent conclure une paix que comme ils font la guerre : avec la peau des peuples.

                                                             Pierre Laffitte (Lutte ouvrière n°2929)

samedi 30 mars 2024

Russie : L’attentat et comment le pouvoir s’en sert

L’attentat et comment le pouvoir s’en sert

Le régime russe a décrété le 24 mars journée de deuil national, après la fusillade survenue deux jours plus tôt dans une salle de concert à la périphérie de Moscou. Son bilan, provisoire, était alors déjà de 137 morts et d’une centaine de blessés.

Il s’agit de l’attentat le plus sanglant en Russie depuis vingt ans, quand des séparatistes tchétchènes avaient pris en otages des enfants d’une école à Beslan, dans le Caucase. L’assaut de la police s’était soldé par 330 morts et 720 blessés. Ce carnage s’inscrivait dans les plans d’un régime dont Poutine avait pris la tête quatre ans auparavant : forcer l’opinion à soutenir un pouvoir dont la poigne de fer se présentait comme garante de l’ordre.

Depuis, le contexte a changé, mais pas la façon qu’a le régime de manipuler les faits et l’opinion. Peu après l’attentat du 22 mars, Poutine est intervenu à la télévision en se félicitant de l’arrestation de quatre suspects dans une forêt proche de l’Ukraine, affirmant que celle-ci s’apprêtait à leur donner refuge. Après quoi, la machine de propagande du Kremlin s’est mise en branle. Elle a martelé partout et sur tous les tons que l’attentat, organisé par l’Ukraine, avait les États-Unis pour instigateurs. Et cela, bien que les terroristes arrêtés soient tadjiks et qu’une branche de Daech ait revendiqué l’opération.

Bien malin qui peut trancher entre les dénégations des uns, les accusations des autres ou les aveux arrachés sous la torture, sans que l’on puisse même exclure que le Kremlin ait trempé d’une façon ou d’une autre dans cet attentat : ce ne serait pas la première fois qu’il instrumentaliserait un tel bain de sang.

Déchaînement sécuritaire

En tout cas, dans la foulée de Poutine, ses soutiens se sont déchaînés, dont des députés et l’ex-président Medvedev, pour réclamer la fin du moratoire sur la peine de mort. Décidé en 1996, quand la Russie d’Eltsine voulait se rendre respectable aux yeux de l’Occident, ce moratoire n’a jamais empêché que le pouvoir fasse exécuter des opposants. Il y a peu, Navalny l’a rappelé malgré lui. Et les vidéos des tortures infligées à un des terroristes ou les images des massacres opérés par la police lors de précédentes prises d’otages, sans oublier les récits de soldats revenus d’Ukraine, disent assez ce que vaut la vie pour le Kremlin et ses chiens de garde.

En hurlant à la mort, alors que la majorité de la population a été bouleversée par l’attentat, c’est aussi à elle que s’adressent les hommes de Poutine. C’est à toute la population qu’ils entendent montrer qu’ils ne reculeront devant rien pour défendre leur ordre, et les intérêts de la foule de bureaucrates et d’oligarques que le régime représente. Il s’agit de justifier par la situation le fait que le pouvoir resserre encore son emprise sur toute la société. Mais d’autre part, il s’agit de mettre en garde tous ceux qui, dans les couches laborieuses, voudraient s’opposer aux mesures drastiques sur le plan social que le pouvoir prépare, et bien sûr à une nouvelle mobilisation. Et, dans cette perspective, le régime a trouvé avec cet attentat un moyen de diviser les rangs de la classe ouvrière, alors qu’il va lui porter de nouvelles attaques.

Les migrants, montrés du doigt

Dès l’annonce faite que les terroristes avaient une origine tadjike, les autorités ont lancé la police sur les quartiers où résident des travailleurs venus de l’Asie centrale ex-soviétique. Prétextant que la branche du Khorasan (Asie centrale) de Daech a revendiqué l’attentat, les autorités ont présenté tous ces « migrants » comme des islamistes en puissance. La police a l’habitude de les rançonner quand ils n’ont pas de papiers en règle et, depuis des mois, elle effectue des rafles parmi eux en leur faisant le chantage « ou vous vous engagez dans l’armée russe, ou on vous expulse ». Elle sait donc avoir carte blanche pour pratiquer les pires exactions. Et cette ambiance n’a pu qu’encourager les auteurs d’agressions xénophobes qui se sont multipliées un peu partout. Dans de grandes villes comme Ekaterinbourg, capitale politique et économique de l’Oural, les employeurs des centres commerciaux ont été informés de devoir fournir à la police les coordonnées des « étrangers » qu’ils emploient. Comme effet immédiat, ils en ont renvoyé la plupart.

Ces migrants, qui il y a trente-trois ans avaient la même citoyenneté soviétique que les Russes, n’ont rien à voir avec le terrorisme de Daech : ils sont venus travailler en Russie pour échapper à la misère qui règne dans leur région d’origine et le Kremlin le sait bien. Mais il veut créer une psychose collective afin de souder derrière lui la population russe, tout en précarisant encore plus toute la partie déjà la plus exploitée du prolétariat.

Les médias et les politiciens du régime se répandent donc en propos du genre « Les Russes sont une seule famille », « Une famille dans la peine doit rester soudée ». C’est un mensonge car les oligarques, les bureaucrates dont le régime sert les intérêts appartiennent à une famille qui n’est pas celle des travailleurs ! Les bureaucrates ont pillé la Russie, les oligarques ont détruit le système soviétique pour s’en accaparer les richesses. Leur pouvoir a laissé partir à la dérive les plus pauvres des ex- républiques soviétiques – et le Tadjikistan est la plus appauvrie d’entre elles. Il a laissé les dirigeants locaux se transformer en potentats rapaces, sanguinaires, ouvrant des mosquées et fermant des écoles, des usines. Les populations de ces régions n’ont que le choix entre tenter de survivre dans une misère sans fond ou partir en Russie, et y devenir des travailleurs parias. Aux jeunes que ce choix révolte ou qu’il jette dans le désespoir, la mouvance islamiste offre des armes pour tuer, un moyen de survivre avant d’être tués à leur tour, et sans évidemment que cela offre la moindre issue à l’impasse infernale dans laquelle ils sont enfermés.

Quoi qu’en dise la propagande xénophobe du Kremlin, les travailleurs russes ont toutes les raisons de se sentir plus proches de leurs frères de classe venus de « l’étranger proche » que de leurs propres oppresseurs et exploiteurs, même s’ils ont comme eux un même passeport intérieur russe. L’État de Poutine, des bureaucrates et des oligarques, n’est pas le leur, il est leur pire ennemi. Et face à lui, les travailleurs ont tout intérêt à s’unir, par-delà leurs origines, pour défendre leurs intérêts, pour aller vers une société sans guerre ni oppression, ni misère, car ils l’auront débarrassée de cette classe d’exploiteurs.

                                           Pierre Laffitte (Lutte ouvrière n°2904)

 

Les prochaines permanences prévues à Argenteuil :

-Aujourd’hui samedi 30 mars : de 10 h.15 à 10 h.55 devant Monoprix ;

-et de 11 h à midi au marché de la Colonie ;

-Dimanche 31 mars : de 10 h.15 à 10 h.55, devant Intermarché du Centre ;

-de 11 h. à midi, marché Héloïse ;

--Lundi 1er avril : de 18 à 19 heures, centre cl des Raguenets à Saint-Gratien ;

-Mercredi 3 avril : de 11 h.30 à midi, marché des Champioux.

 

Toutes les semaines, l’hebdomadaire Lutte ouvrière est aussi en vente à la librairie Le Presse-papier et au Tabac-Presse du mail de la Terrasse du quartier du Val-Nord que nous remercions.