Producteurs,
sauvons-nous nous-mêmes !
18/11/24
Ce lundi, les agriculteurs ont
repris le chemin de la mobilisation. Ils ont le grand mérite de ne pas se
laisser faire. Quand ça ne va pas, ils passent à l’action. Cette combativité
doit inspirer tous les travailleurs.
Car si beaucoup de petits et
moyens agriculteurs sont mal traités, que dire des dizaines de milliers de
salariés de l’automobile, de la chimie, de la sidérurgie et de la grande
distribution qui risquent de se retrouver sans gagne-pain ? Que dire des
millions d’ouvriers, d’employés, de précaires forcés de se priver parce que des
produits alimentaires de base restent hors de prix et que les salaires n’ont
pas suivi l’inflation ?
Pire, c’est encore aux
travailleurs que le gouvernement veut imposer de nouveaux sacrifices pour
éponger les déficits. C’est le monde à l’envers : ceux qui sont les plus
utiles et les plus indispensables à la société sont menacés jusque dans leurs
conditions d’existence, quand les grands parasites, les financiers, les actionnaires,
les milliardaires se vautrent dans un luxe extravagant.
Pendant que les travailleurs de
Michelin ou d’Auchan, menacés de licenciement, vivent dans l’angoisse de ce
qu’ils vont devenir, les membres des familles Michelin ou Mulliez mènent des
vies de pacha. Pendant que certains agriculteurs triment du matin au soir, sans
savoir s’ils réussiront à se verser un salaire, l’argent coule à flots dans les
caisses des trusts de l’agroalimentaire, de la chimie des engrais, des
semenciers, des fabricants d’engins agricoles, de la grande distribution et des
banques qui les étranglent.
Oui, il n’y a aucune raison de se
laisser marcher dessus et la lutte collective est la seule et unique voie pour
se faire respecter ! Mais encore faut-il savoir pour quelles revendications
se battre et contre qui.
La mobilisation des agriculteurs,
organisée par la FNSEA, est dirigée contre le traité commercial que l’Union
européenne est en train de conclure avec l’Amérique latine, le Mercosur. Mais
celui-ci n’est pas encore en place, ce n’est donc pas lui qui est responsable
de leurs difficultés actuelles.
Le Mercosur, agité comme un
chiffon rouge, cache l’essentiel : la domination des capitalistes les plus
gros sur les producteurs plus petits. Ces derniers sont toujours pris en étau
entre leurs fournisseurs et leurs acheteurs que sont l’industrie
agroalimentaire et la grande distribution.
Par exemple, la famille Besnier,
propriétaire du groupe Lactalis, et à la tête d’une fortune de 40 milliards
d’euros, a décidé de réduire sa collecte de lait pour garantir ses marges. 500
éleveurs laitiers se retrouvent sans acheteur. Combien d’entre eux mettront la
clé sous la porte ?
Les petits agriculteurs, comme
les salariés, vivent sous le diktat du grand capital, et leur travail engraisse
une série de parasites. Les plus gros agriculteurs, eux, jouent dans la cour
des grands. À l’image du dirigeant de la FNSEA, Arnaud Rousseau, patron du
groupe Avril (marques Lesieur, Puget…), ils profitent du commerce international
en multipliant les exportations.
Tous les agriculteurs n’ont donc pas
les mêmes intérêts. Les petits exploitants sauront-ils imposer les leurs, ou
tireront-ils les marrons du feu pour les plus gros ? L’avenir nous le
dira.
Comme les petits agriculteurs, les
travailleurs attaqués doivent viser les véritables responsables. Et ces
responsables que sont Michelin, Stellantis, Valeo se cachent tous derrière la
concurrence internationale qu’ils appellent « déloyale » quand ils
sont perdants. Ce discours est repris par tous les politiciens et parfois par
les grands chefs syndicaux. Mais dénoncer les Chinois ou les Brésiliens, c’est
exonérer de sa responsabilité le patronat que l’on a en face de nous, et c’est
réduire les travailleurs à l’impuissance.
Les trusts capitalistes qui
pleurnichent sur la concurrence étrangère défendent les lois du marché et la
concurrence à l’échelle nationale et internationale. Et ils en sont les acteurs
principaux car, pour eux, la concurrence est le seul moyen « d’aller
manger dans la gamelle du voisin », comme l’avait si élégamment dit le
PDG de Stellantis, Carlos Tavares.
L’unique préoccupation de ces
rapaces, c’est de s’entredévorer pour gagner des parts de marché et être plus
profitables que leurs rivaux. Le tout, bien sûr, avec la peau des travailleurs.
Alors, ouvriers, employés,
cheminots, travailleurs du public et petits agriculteurs, pour être respectés,
il n’y a pas le choix, il faut nous battre pour nos intérêts de classe contre
le grand patronat qui nous exploite, contre sa rapacité et la folie de son
système. Et il faut nous battre dans la perspective d’une toute autre
société, une société organisée collectivement, planifiée et débarrassée de la
concurrence aveugle.
Nathalie
Arthaud