Chaises
Marie-Antoinette : arnaque en costume trois pièces
Au tribunal correctionnel de Pontoise se déroule
le procès de l’arnaque aux sièges Marie-Antoinette, pratiquée entre autres par
le spécialiste incontesté du mobilier français du 18e siècle,
ex-professeur à la Sorbonne et surnommé « le Père Lachaise » dans le milieu.
Publié le 02/04/2025
Ce grand spécialiste s’était acoquiné avec un ébéniste
hors pair, élu meilleur ouvrier de France, pour fabriquer des copies de sièges
ayant appartenu aux familles royales. L’imitation était parfaite, jusqu’aux
faux excréments de mouche tachant les tissus, vieillis artificiellement. Chaque
siège coûtait environ 50 000 euros à la fabrication et était ensuite vendu
dans les 100 000 euros aux marchands d’art, galeries et maisons de ventes
aux enchères comme Drouot ou Sotheby’s, dont les experts n’ont vu que du feu.
Il faut dire qu’ils pouvaient revendre au bout du compte les repose-fesses à
l’aristocratie moderne pour cinq à dix fois leur prix initial, ce qui n’aide
pas à la lucidité.
Ainsi, la galerie Kraemer a revendu pour 530
000 euros à la famille Guerrand-Hermès une chaise censée avoir meublé un
des cabinets de Marie-Antoinette. Drouot a revendu pour 2 millions d’euros
une paire de fausses chaises Louis XVI estampillées « Foliot » au frère de
l’émir du Qatar. Le château de Versailles, établissement public mais aussi peu
économe qu’à l’époque du Roi-Soleil, s’est entre autres fendu de 840
000 euros pour une paire de chaises censées avoir appartenu à la favorite
de Louis XV, la comtesse du Barry.
Tout ce beau monde, ni les faussaires, ni les
intermédiaires, ni même les clients n’avaient intérêt à ce que l’arnaque soit
mise sur la place publique, d’autant que les profits étaient dissimulés au fisc
par l’entremise de comptes en Suisse. Selon l’expert poursuivi, « tout était
faux, sauf l’argent ! »
À dire vrai, les deux faussaires avaient au moins
accompli un vrai travail. Ils ne sont pas les plus voleurs dans cette affaire.
Christian Bernac
(Lutte ouvrière n°2957)