États-Unis :
l’ICE dans ses œuvres
Les deux meurtres, dans les rues
de Minneapolis, d’opposants à la politique violemment anti-immigrés de Trump ont
provoqué une indignation contre les auteurs des coups de feu, qui appartiennent
à deux agences fédérales : l’ICE et la CBP, la police des frontières.
Publié le 04/02/2026
L’ICE a été créée en 2002,
quelques mois après les attentats ayant détruit les tours jumelles du World
Trade Center à New York. Selon le gouvernement américain cette agence devait
protéger les États-Unis du terrorisme, mais l’ICE fut tournée dès le départ
contre les immigrés n’ayant rien à voir avec les islamistes qui avaient fait
s’écraser des avions sur des immeubles. Une dizaine d’années après sa création,
sous la présidence du démocrate Obama, les expulsions d’immigrés ont atteint un
record.
Dès son retour à la
Maison-Blanche il y a un an, Trump a mis en œuvre la chasse aux immigrés bien
plus bruyamment que ses prédécesseurs démocrates. Il a fait voter par le
Congrès une augmentation considérable du budget de l’ICE, qui à présent dépasse
celui de l’armée espagnole ! Ainsi l’ICE a pu doubler ses effectifs en 2025,
atteignant 22 000 agents. Cette année, elle devrait en recruter 10
000 de plus. La CBP n’est pas en reste : elle s’équipe de drones
militaires de surveillance « reaper » à 30 millions de dollars pièce.
« ICE recrute des Américains
patriotes et courageux pour expulser les criminels étrangers, meurtriers,
violeurs, terroristes, pédophiles en situation irrégulière dans nos rues », prétend
son site internet. Pourtant, elle arrête des parents amenant leurs enfants à
l’école, des ouvriers sur leur chantier ou dans leur usine, des jardiniers qui
s’occupent d’espaces verts, des journaliers qui attendent des employeurs potentiels
sur des parkings, etc. Bad Bunny, chanteur star qui s’exprime en espagnol, a
refusé d’organiser des concerts aux États-Unis en disant craindre que l’ICE
vienne y arrêter son public…
Bien des Américains, au nom à
consonance hispanique, ont été arrêtés et envoyés en centre de rétention avant
même d’avoir pu faire reconnaitre leur citoyenneté. Des personnes habitant
depuis l’enfance aux États-Unis ayant un travail et une vie de famille, ont été
raflées et expulsées. Les contrôles aux aéroports, censés protéger du
terrorisme, deviennent des pièges : des immigrés vivant parfaitement légalement
aux États-Unis, y sont arrêtés comme de criminels au prétexte qu’ils n’ont pas
payé une amende routière. D’autres, convoqués après des années de démarches
pour se voir délivrer un permis de résidence permanent, la « carte verte »,
sont embarqués sous les yeux de leur conjoint et de leurs enfants.
Ces policiers, qui traitent leurs
cibles en ennemis d’État, se sentent assurés par le gouvernement de l’impunité
en cas de brutalités, même filmées. Ils n’hésitent pas à tirer, quitte à mentir
en prétendant avoir été menacés par de dangereux criminels. En 2025, l’ICE a
tué trois personnes et la CBP cinq, avant qu’en ce début 2026 chacune de ces
agences tue un citoyen américain à Minneapolis.
Dans les centres de rétention,
les prisonniers sont entassés dans des conditions indignes : en 2025,
32 personnes sont mortes sous la garde d’agents de l’ICE et déjà au moins
six autres depuis début 2026.
Trump traite chaque jour les
travailleurs immigrés de criminels. Non seulement il veut diviser, mais il se
sert des ces troupes paramilitaires pour semer la terreur dans les quartiers
populaires et étouffer toute contestation. Mais, dans l’agglomération de
Minneapolis, peuplée de trois millions d’habitants, il est tombé sur un
obstacle. Révoltés par les pratiques de l’ICE, au moins 34 000 personnes
se sont inscrites dans des groupes voulant entraver son action et qui
commencent à agir pour protéger leurs quartiers. Cette mobilisation est bien la
seule chose positive qu’aura amenée la politique de Trump.
Lucien
Détroit (Lutte ouvrière n°3001)