Sanofi : les rapaces
de l’industrie pharmaceutique
Le 1er juillet, Sanofi annonçait
la vente du site de Maisons-Alfort où est fabriqué le Lovenox, un anticoagulant
qui rapportait 3 milliards d’euros par an à l’échelle mondiale en 2009, mais
dont le bénéfice net par action recule depuis que les brevets sont tombés.
Publié le 09/07/2025
Au mois de mars, Sanofi cédait son usine d’Amilly
dans le Loiret où sont fabriqués l’Aspegic et le Kardegic, immensément connus
et rentables. Fin avril, c’était le tour d’Opella, la filiale des médicaments
de santé familiale d’où sortent, entre autres, les boîtes de Doliprane. Et ce
ne sont que trois des récentes opérations de ce qu’on pourrait appeler « le grand
ménage au bonheur des actionnaires ».
Trouver le bon terrain où faire fructifier le
capital, telle est la loi du capitalisme, quel que soit le secteur. Il en est
ainsi depuis la naissance du mammouth des médicaments qu’est aujourd’hui
Sanofi. Tout a commencé en 1973, en pleine crise pétrolière, quand la future
Elf Aquitaine, où l’État était majoritaire, cherchait où investir ses capitaux.
Le travail fut confié à une dizaine de cadres. Ils choisirent le secteur de la
pharmacie et fondèrent l’Omnium financier Aquitaine pour l’hygiène et la santé
qui allait devenir Sanofi. Avec une première enveloppe de 500 millions de
francs, ils rachetèrent des laboratoires, petits et grands, français et
étrangers. Il y eut de grosses prises telle la branche vaccins de Pasteur en
1980. Et de très grosses, notamment en 1999, Synthélabo qui appartenait à
L’Oréal puis, en 2004, l’OPA sur Aventis lui-même issu, entre autres, de
Rhône-Poulenc et Roussel-Uclaf. Là il fallut mettre 55 milliards sur la
table, 55 milliards amassés grâce aux profits rapportés par la vente de
ces marchandises que sont les médicaments.
Ce furent des milliers de suppressions de postes
et de licenciements. Mais bien sûr, à chaque fois, on eut droit aux
déclarations vibrantes sur l’intérêt de la recherche française et la promesse
que seule la santé des malades animait les intentions du laboratoire. Là où il
ne s’agissait que d’amélioration du taux de profit.
Désormais et depuis des années déjà,
l’amélioration du taux de profit passe par les médicaments dits innovants,
issus de biotechnologies et s’adressant généralement à des maladies rares, des
cancers avancés. Gros avantage pour le taux de profit, ils échappent aux règles
habituelles de fixation des prix avec les autorités de santé et la Sécurité
sociale. Les prix atteignent des sommets. Ainsi en est-il du Dupixent de
Sanofi, prescrit contre l’asthme, vendu 1 200 euros les deux ampoules,
sachant qu’il faut deux injections au départ puis une injection tous les
15 jours. C’est la Sécu qui paye et nourrit grassement Sanofi.
Le laboratoire justifie le prix au regard des
coûts de la recherche et des risques encourus. Sauf que, comme tous les gros
industriels de la pharmacie, Sanofi supprime ses laboratoires de recherche.
Celle-ci est faite dans des milliers de petites entreprises de biotechnologie
souvent construites autour d’un chercheur, ces biotechs dont des financiers
lorgnent les travaux, prêts à miser si la trouvaille est prometteuse. Et quand
le boulot est fait, que le médicament a montré son efficacité, le grand
laboratoire achète la biotech comme Sanofi l’a fait un grand nombre de fois ces
dernières années et continue à l’annoncer chaque mois.
Aujourd’hui, à l’échelle de la planète, les grands
groupes pharmaceutiques se battent entre eux à coups de milliards pour dégoter
la bonne biotech, acheter le bon candidat médicament, le meilleur, le plus
prometteur en matière… financière !
Sophie Gargan (Lutte ouvrière
n°2971)
Les prochaines permanences et rendez-vous prévus à
Argenteuil et la région :
Aujourd’hui dimanche 13 juillet, de 11 h. à midi, au
marché Héloïse ;