Il y a 25
ans : l’explosion d’AZF à Toulouse, ‘‘Total coupable, État complice’’
Il y a des anniversaires dont on
se passerait bien. Celui du 21 septembre 2001 en fait partie, qui remet en
mémoire l’explosion d’AZF et ses victimes, dans l’usine de Toulouse et aux
alentours : 31 morts, 22 000 blessés et des dizaines de milliers de logements
détruits ou endommagés dans les quartiers populaires proches de l’usine.
Publié le 23/09/2026
Il a fallu 18 ans pour que
l’entreprise AZF, filiale de Total, soit finalement reconnue coupable par la
justice, en décembre 2019, après trois procès et douze mois d’audience, de
défaillance dans la gestion de la sécurité et de l’utilisation abusive de la
sous-traitance. C’est la « poubelle » de l’usine, avec ses 300 tonnes
d’ammonitrates, qui avait explosé. Quel patron se soucie de sa poubelle ? Ce
qui compte avant tout pour lui est la rentabilité, voire la qualité de sa
production, mais surtout les profits qu’il peut en tirer, même si cela entraîne
des risques. C’est ce qu’ils appellent cyniquement « les risques calculés ».
Sauf que ces risques, ce ne sont pas les actionnaires qui les prennent mais les
travailleurs et les riverains.
Pendant toutes ces années de
procédures, les armées d’experts de Total ont tout fait pour disculper le
groupe de sa responsabilité en tant que donneur d’ordres, en commençant par
détruire les preuves avant l’intervention de la police, mais aussi en répandant
les rumeurs les plus folles, relayées par des « journalistes » rétribués. Sans
oublier des politiciens de droite et de gauche, et certains « syndicalistes »
de l’usine qui prenaient fait et cause pour leur patron. Cela eut pour
conséquence la division entre les sinistrés et une partie des salariés, alors
que l’émotion créée par la catastrophe aurait pu permettre au contraire une
lutte commune contre ses vrais responsables : Total et sa filiale.
La version officielle de Total a
été de nier toute responsabilité en disant « on ne sait pas ce qui s’est
passé ». C’était non seulement un grossier mensonge, mais aussi un aveu
d’irresponsabilité, dans cette usine classée Seveso. S’il ne savait pas ce
qu’il s’est passé dans son usine, le groupe méritait pour le moins d’être
écarté de la direction de celle- ci.
La justice a refusé de
sanctionner Total, considéré comme intouchable. Elle s’est contentée de mettre
en cause sa filiale, la condamnant à une amende dérisoire (le maximum de la
peine encourue) représentant… dix minutes du bénéfice annuel de Total de
l’époque.
Cette catastrophe n’a guère fait
évoluer la législation en matière de sécurité. Et, comme le disait un ouvrier
d’AZF : « Si on compte sur la réglementation pour se protéger des méfaits
des capitalistes, il y aura d’autres AZF. La seule solution c’est de se battre
pour l’expropriation des industriels comme Total, qui jouent avec notre vie
pour la santé de leurs profits. »
On peut lire un aperçu de ce que
le groupe Lutte ouvrière de Toulouse affirmait à l’époque dans une brochure
rééditée en 2009 : Un an après l’explosion de l’usine AZF, et dans un
livre des éditions Les Bons Caractères : La catastrophe d’AZF : Total
coupable. Un sinistré sans fenêtre raconte – par Jean-François Grelier
(Collection Témoignages) paru en juillet 2015.
Jean-Claude
Saran (Lutte ouvrière n°3034)