Aide à mourir :
égalité ni dans la vie, ni dans la mort
Deux textes de loi sur « la fin de vie » sont en
discussion à l’Assemblée avant un vote le 27 mai.
Publié le 14/05/2025
En mars 2024, Macron avait présenté un seul texte
sur ce sujet, mais depuis, sous la pression des milieux religieux et politiques
de la droite à l’extrême droite et avec l’appui d’un catholique affiché comme
Bayrou, le texte a été divisé en deux, un « sur les soins palliatifs » et
l’autre sur « l’aide à mourir ». Et, fait notable et assez rare, les députés
auront la possibilité de voter comme ils l’entendent, sans avoir à se plier à
une consigne de vote de leur groupe parlementaire.
Ces lois viennent après une série de textes, le
dernier étant la loi Creys-Leonetti en 2016 qui réaffirmait le droit au refus
de l’acharnement thérapeutique et à « une sédation profonde et continue
jusqu’au décès ». Elle refusait par contre le droit à l’euthanasie,
c’est-à-dire la possibilité de donner la mort de « façon active », par
injection d’une substance létale.
L’actuel projet de loi Macron-Bayrou reste
restrictif sur bien des points. Il réserve le droit à mourir à l’aide d’une
substance létale à des adultes de nationalité française atteints d’une
affection grave et incurable et le refuse à des malades atteints de maladies
psychiatriques ou neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer. Pour l’ADMD
(Association pour le droit à mourir dans la dignité), ce texte est donc un des
plus restrictifs en Europe. Par exemple la Suisse, le Portugal ou la Belgique autorisent
le suicide assisté et l’euthanasie est possible aux Pays-Bas, en Espagne et au
Luxembourg.
Le second projet de loi sur « l’accompagnement et
les soins palliatifs » devrait en revanche être voté largement en particulier
par tous ceux, religieux et réactionnaires qui, tout en refusant « l’aide à
mourir », se font les défenseurs de « l’accompagnement ». Ils voteront
résolument pour des services de soins palliatifs accessibles sur l’ensemble du
pays, quand on sait que 21 départements en sont actuellement complètement
dépourvus. Mais ils voteront aussi comme ils ont voté depuis des années tous
les budgets d’austérité pour la santé réduisant les moyens des hôpitaux, pour
la prise en charge des malades, depuis les urgences jusqu’aux services de
gériatrie et aux soins palliatifs.
Alors si ces deux lois peuvent représenter un pas
en avant pour la prise en charge des malades en fin de vie, elles ne régleront
sûrement pas la question. Une société ayant le souci de la vie humaine devrait
tout mettre en œuvre pour que chacun ait accès aux meilleurs traitements
pendant sa vie et à la fin de celle-ci. Chaque malade devrait disposer de tous
les moyens d’une médecine moderne et de l’aide d’un personnel humain et
compétent, médecins mais aussi infirmiers et aides-soignants, dans les
hôpitaux, les cliniques et les Ehpad, pouvant prendre le temps d’accompagner
les malades en fin de vie et de soulager leur douleur physique et morale.
Aujourd’hui, l’état des hôpitaux rend tout cela
impossible car la loi du profit est reine. En fin de vie, les techniques de «
sédation profonde » recommandées aujourd’hui par la loi Léonetti ont leurs
limites. Combien d’aides-soignants, d’infirmiers se retrouvent au chevet de
patients en « sédation profonde » dont la fin de vie peut se prolonger des
jours, voire des semaines, obligés de gérer parfois seuls ces moments si
difficiles ?
Bien sûr, rendre légale l’euthanasie ne va pas de
soi et nécessite de solides garde-fous, que ce soit la demande consciente du
malade s’il en est capable ou la discussion avec les familles, sans que la
décision repose sur le seul corps médical. Mais pourquoi ce qui semble possible
dans d’autres pays européens ne pourrait-il pas l’être en France ?
Dans une société régie par l’argent, ces énièmes
débats parlementaires et le bricolage législatif dont ils accoucheront ne
régleront certainement pas le problème de la fin de la vie. Une société qui
charrie la misère, notamment celle des services de soins, ne peut pas donner à
la mort une dignité qu’elle refuse à la vie.
Cédric
Duval (Lutte ouvrière n°2963)