Agroalimentaire :
du mirage coopératif à la jungle capitaliste
Le 22 septembre, les
coopératives Agrial et Terrena ont annoncé un projet de fusion, qui en fera la
plus grosse coopérative française, avec 30 000 salariés et un chiffre
d’affaires de 12 milliards d’euros.
Publié le 22/10/2025
Agrial et Terrena sont
elles-mêmes le produit de fusions de coopératives au début des années 2000.
L’une s’est développée à partir de la Normandie, l’autre dans le Sud-Ouest. On
trouve dans leur giron les marques Soignon, Florette, Agrilait, Tipiak et Père
Dodu.
Les deux directions ont annoncé
le projet dans un communiqué de presse. C’est ainsi que les agriculteurs
travaillant pour ces groupes l’ont appris. Quant aux salariés d’Agrial, ils ont
été informés par visioconférence quinze minutes avant l’annonce à la presse.
L’inquiétude chez eux est grande car ils craignent que chacun des groupes en
profite pour supprimer des emplois.
Par cette fusion, les patrons des
deux coopératives espèrent mieux peser dans les négociations face à la grande
distribution, qui est concentrée dans quelques grandes centrales d’achat. Au
niveau européen, les fusions de coopératives agricoles se sont multipliées ces
dernières années pour les mêmes raisons.
Certains agriculteurs voient la
fusion d’un bon œil : ils se rassurent en se disant qu’elle permettra de mieux
rentabiliser certaines usines… ce qui revient à adopter le point de vue
patronal, visant à exploiter davantage les salariés qui y travaillent. C’est
d’ailleurs au nom de cette logique patronale que les directions chercheront à
obtenir la validation du projet par les adhérents.
En réalité, cela fait longtemps
que la plupart des agriculteurs qui regardent tout cela de loin considèrent les
coopératives comme des entreprises comme les autres, et cela à juste titre. Les
coopératives appartiennent sur le papier aux agriculteurs, chacun détenant des
parts dans le capital social. Mais si cela leur donne un droit de vote aux
assemblées, quel poids représentent-ils réellement face à des projets bouclés à
l’avance par les dirigeants ? En réalité, ils sont pieds et poings liés et,
pour les plus petits, victimes de la loi du marché et de la concurrence.
La réglementation permet aux
coopératives d’échapper à une partie de l’impôt sur les sociétés et de
sous-déclarer leurs profits. Les agriculteurs, pas plus que les salariés, ne
connaissent la rémunération réelle de leurs dirigeants. Toutes les grandes
coopératives ont de multiples filiales et certaines sont rattachées à des
holdings financières, ce qui permet une totale opacité dans leur comptabilité.
Créées initialement pour résister
collectivement aux marchands en gros et autres maquignons auxquels les paysans
étaient confrontés, les coopératives se sont transformées au fil des années en
géants de l’industrie agroalimentaire dont aujourd’hui trois agriculteurs sur
quatre dépendent en France.
Eh bien, pour organiser la
production alimentaire en fonction des besoins tout en respectant les
ressources, il faudra mettre ces centres de pouvoir sous le contrôle des
salariés, des petits agriculteurs et de la population.
Sébastien
Janais (Lutte ouvrière n°2986)
Les prochaines
permanences et rendez-vous prévus :
-Aujourd’hui
dimanche 26 octobre, de 11 h. à midi au marché Héloïse.