Handicap à l’école :
enfants et salariés sacrifiés
D’après la commission d’enquête parlementaire sur
les défaillances dans la prise en charge du handicap et de la santé mentale, la
situation des élèves handicapés se dégrade.
Publié le 29/10/2025
Près de 50 000 enfants sont en effet
scolarisés sans l’aide d’un accompagnant.
Sur les 352 000 élèves devant bénéficier de
la présence d’un AESH (accompagnant d’élèves en situation de handicap), 48
726 étaient sans solution à la rentrée 2025. L’année précédente, ils
étaient déjà plus de 36 000 sans AESH, une hausse d’environ 35 %.
Depuis 2005 et la loi « pour l’égalité des droits
et des chances », les gouvernements successifs n’ont pas été avares de grandes
déclarations sur la nécessité de traiter les enfants handicapés comme tous
les autres enfants. Aussi mal, auraient-ils pu préciser. Car « l’inclusion »
vantée par le gouvernement s’est faite sans déployer les moyens nécessaires
pour qu’elle soit autre chose qu’un mot creux, mettant en difficulté les enfants,
les enseignants et les AESH.
La commission parlementaire pointe l’absence de
transparence sur les résultats de l’école inclusive et « le décalage entre
ces discours très volontaristes et la réalité qui est très différente, où on
n’a pas de solution ». Le gouvernement répond qu’il peine à recruter et les
députés s’interrogent sur les « fortes disparités territoriales » dans
l’accompagnement des élèves. Mais il suffit de se pencher sur les conditions de
travail et les salaires des AESH pour comprendre pourquoi beaucoup, même
enthousiastes, renoncent.
Le salaire mensuel des AESH, en grande majorité
des femmes, ne dépasse pas 1 500 euros net en début de carrière, pour
atteindre 1 800 euros au bout de 30 ans. Encore s’agit-il d’un
salaire théorique, car dans la pratique, la plupart de ces travailleuses sont
en temps partiel imposé et leurs salaires plafonnent autour de 1
000 euros. Sans véritable formation ou statut, elles sont à la merci des
mutations que l’Éducation nationale leur impose.
Quant aux conditions de travail, elles ne cessent
de se dégrader. Faute de trouver des candidats à des emplois difficiles et mal
payés, l’État a réorganisé le travail des AESH en créant des pôles
d’accompagnement. Ces derniers ont pour effet d’élargir encore le périmètre sur
lequel elles doivent intervenir. En zone rurale, la distance que doit couvrir
une même travailleuse d’une école à l’autre peut aller jusqu’à 100 km. On
imagine les dépenses en carburant, qui s’ajoutent à la fatigue. Quant aux
difficultés, pour les AESH comme pour les élèves, qui résultent du fait de
devoir jongler entre plusieurs élèves et plusieurs établissements, elles ne
préoccupent pas plus le ministère.
Début octobre, l’académie de Rennes a d’ailleurs
purement et simplement licencié 25 AESH qui refusaient d’élargir encore
leur périmètre d’intervention, alors que, dans le même temps, 1 500 élèves
du département d’Ille-et-Vilaine attendaient encore un accompagnant !
Voilà qui en dit plus long que toutes les
commissions parlementaires sur la réalité d’un système qui n’a que faire des
besoins des élèves, handicapés ou non, et attend de ses salariés qu’ils
acceptent cette situation sans broncher.
Nadia Cantale (Lutte ouvrière
n°2987)