L’attentat
contre Charlie Hebdo : un crime et son exploitation politique
Publié le 08/01/2025
Le dixième anniversaire des
attentats contre Charlie Hebdo et un Hyper Casher parisien aura été une
nouvelle occasion de faire serrer les rangs, au nom de la lutte contre le
terrorisme, derrière des dirigeants politiques qui sèment la barbarie dans le
monde.
La
une du 16 janvier 2015.
L’assassinat planifié des
dessinateurs et des journalistes d’un journal moquant les religions et les
institutions, celui de personnes choisies car juives et l’exécution froide de
policiers par des militants djihadistes se réclamant d’Al-Qaïda, avaient créé
un choc dans toute l’opinion. Ces assassins n’étaient pas seulement des ennemis
de la liberté d’expression, mais des ennemis de la liberté tout court.
Mais cette légitime émotion fut
instrumentalisée sans délai par Hollande, alors président de la république, par
Valls, Premier ministre, avec le soutien de Sarkozy, pour justifier leur
politique en Afrique ou au Moyen-Orient et faire oublier que l’impérialisme n’a
cessé de nourrir le terrorisme non seulement en semant partout l’oppression et
l’injustice mais aussi, souvent, en soutenant les forces les plus
réactionnaires. Le 11 janvier 2015, Hollande fit défiler à Paris des chefs
d’État du monde entier pour, sans rire, défendre la démocratie et la liberté
d’expression. Aux côtés des dirigeants des puissances impérialistes fauteurs de
guerre, une brochette de dictateurs africains dévoués aux intérêts de Total ou
de Bolloré, du style Omar Bongo, ouvraient le défilé. Au premier rang des
démocrates et pacifistes, se trouvait Netanyahou qui employait, déjà, le
terrorisme d’État contre les Palestiniens, en particulier à Gaza.
Valls s’était fait ovationner à
l’Assemblée en déclarant : « la France est en guerre contre le
terrorisme, le djihadisme et l’islamisme radical ». Les attentats étaient
utilisés pour justifier, à l’extérieur, l’intensification des interventions
militaires françaises en Afrique et au Moyen-Orient et, à l’intérieur, le
renforcement de lois sécuritaires et les restrictions de la liberté. Tout en
exigeant l’unité nationale, les politiciens désignaient une fraction de la population,
celle de culture musulmane vivant dans les quartiers populaires, comme un
potentiel ennemi de l’intérieur.
Depuis dix ans, chaque nouvel
attentat, chaque fait divers tragique, a été instrumentalisé dans le même sens.
La défiance compréhensible d’une fraction de la jeunesse vis-à-vis « des
valeurs de la république » dont elle ne voit souvent que les contrôles au
faciès et la relégation dans des ghettos de pauvreté, est présentée comme du «
séparatisme » et condamnée comme telle. Le racisme ordinaire n’a cessé d’être
encouragé par les politiciens, qui désignent l’immigration, et en particulier
sa partie musulmane, comme responsable de tous les maux.
Au fil des années, ceux qui
contestent la politique de l’État français sont de plus en plus souvent assimilés
à des apologistes du terrorisme. Ainsi, des manifestations pour dénoncer la
politique criminelle de l’armée israélienne à Gaza, avec le soutien de
l’impérialisme, ou des conférences de militants propalestiniens ont-elles été
interdites tandis que des militants syndicaux étaient traînés devant les
tribunaux pour des tracts exprimant leur indignation.
Si le communautarisme est une
impasse, ce n’est en aucune manière une raison pour accepter de s’aligner
derrière les dirigeants qui entretiennent les guerres et la misère et osent
ensuite se présenter comme des champions de la justice et de la démocratie.
Xavier
Lachau (Lutte ouvrière n°2945)