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vendredi 24 octobre 2025

Irlande : émeutes xénophobes

 

À bas la démagogie xénophobe

 

 

Lors de précédentes émeutes en novembre 2023

Du lundi 20 au jeudi 23 octobre, la capitale irlandaise Dublin a connu trois nuits d’émeutes au cours desquelles des centaines de personnes ont cherché à attaquer un hôtel abritant des réfugiés, et ont bombardé de projectiles les policiers stationnés aux alentours.

Une fois de plus, c’est une accusation d’agression sexuelle portée contre un demandeur d’asile qui a servi de prétexte aux agitateurs d’extrême droite pour déclencher ces violences. Les droits des femmes sont bien sûr le cadet des soucis de ces apprentis fascistes, qui font feu de tout bois pour occuper le terrain et donner un os à ronger aux jeunes désœuvrés qui les écoutent.

 Ces agressions contre nos frères et sœurs de classe ne servent qu’à détourner la colère des vrais responsables de la crise que sont les grands capitalistes. À bas la démagogie xénophobe et vive la solidarité internationale entre travailleurs !

dimanche 13 juillet 2025

Irlande : les fantômes de l'Eglise

 

Bagnes financés par l’État irlandais et gérés par l’Église

 

 

Le 14 juillet, des fouilles vont commencer à Tuam, en Irlande, pour exhumer des égouts d’un foyer catholique les corps de près de 800 orphelins. Ce foyer est l’une des 18 « maisons mères-enfants » d’Irlande en activité entre 1922 et 1998.

         Les mères qui y étaient cloîtrées pour avoir contrevenu à la chaste morale catholique y étaient traitées comme des bagnardes, maltraitées et forcées de travailler pour laver leurs péchés. Près de 9 000 enfants, mal nourris et mal soignés, n’ont pas survécu, et ce sont quelques-uns de leurs corps qui vont être exhumés.

         Ces bagnes étaient financés par l’État irlandais et gérés par l’Église, qui ne cesse de faire la morale…

mardi 24 juin 2025

Irlande du Nord : l’extrême droite derrière les émeutes racistes

 Irlande du Nord : l’extrême droite derrière les émeutes racistes

Lundi 9 juin à Ballymena, en Irlande du Nord, après l’inculpation de deux adolescents d’origine roumaine pour tentative de viol, une marche blanche a dégénéré en attaques violentes contre les domiciles de travailleurs immigrés.

Publié le 18/06/2025

Les violences se sont étendues les nuits suivantes à plusieurs autres villes, dont Belfast, la capitale. Sous prétexte de solidarité avec une victime d’agression sexiste, les émeutiers ont jeté des pierres et des cocktails Molotov sur des maisons habitées non seulement par des Roms récemment installés mais aussi par des travailleurs européens et asiatiques embauchés depuis des années comme « premiers de corvée » à l’abattoir ou à l’usine, en supermarché ou en Ehpad. La police, après avoir laissé faire, a fini par procéder à des arrestations, une fois devenue elle-même la cible des hooligans. Dans l’espoir de sauver leur peau, des familles ont affiché sur leur porte un drapeau britannique, d’autres ont fui précipitamment, tandis que des voitures et des commerces étaient également incendiés.

L’Irlande du Nord, province la plus pauvre du Royaume-Uni, est une poudrière. Travail précaire, délabrement des services publics : les problèmes sociaux y sont décuplés. Et si les étrangers n’y représentent pas plus de 4 % de la population, ils sont les boucs émissaires d’une extrême droite qui surfe sur la colère sociale en la détournant du véritable responsable de la misère, à savoir la bourgeoisie. Prenant une pose outragée, la ministre travailliste de l’Irlande du Nord a dénoncé des « violences insensées ». Mais le gouvernement Starmer qui, à l’instar de son prédécesseur conservateur, traite chaque migrant comme un criminel en puissance, est coupable lui aussi de ces exactions.

Ces émeutes visant à terroriser les travailleurs d’origine étrangère font écho à celles qui, en août 2024, avaient éclaté à Belfast – et dans une trentaine de villes anglaises – suite au meurtre au couteau de trois fillettes près de Liverpool par un jeune déséquilibré d’origine rwandaise. Elles rappellent aussi les attaques anti-migrants qui ont touché Dublin, capitale de la République d’Irlande, à plusieurs reprises depuis l’été 2023. À chaque fois, les rumeurs les plus folles au sujet des migrants, accusés de tous les maux à partir de tel ou tel drame monté en épingle, ont été répandues par la « fachosphère » via les réseaux sociaux. La mobilisation sur le terrain de militants d’extrême droite a fait le reste, les nombreux jeunes désœuvrés et prêts à en découdre constituant une masse de manœuvre hautement inflammable.

En Irlande du Nord, outre la main de l’agitateur britannique d’extrême droite Tommy Robinson, récemment sorti de prison, il est aisé de deviner celle des gangs unionistes, ces protestants fanatiques et mafieux, champions du maintien de la province au sein du Royaume-Uni : ils n’ont eu qu’à ressusciter les méthodes abjectes utilisées maintes fois entre 1968 et 1998 pour terroriser la population catholique. Liés plus ou moins discrètement à eux, les politiciens unionistes qui propagent la haine xénophobe en continu sont évidemment eux aussi responsables du récent déchaînement de violence. Il a suffi d’un post de l’un d’eux (le ministre chargé des questions sociales au sein du gouvernement de la province) pour révéler aux pogromistes l’adresse du centre de loisirs où s’étaient réfugiées les victimes des premières attaques, et offrir ainsi une nouvelle cible à leur rage.

Des rassemblements ont eu lieu pour dénoncer les agressions contre les travailleurs immigrés et leur famille. Reste que le terreau sur lequel prospèrent les apprentis fascistes est celui du capitalisme pourrissant, de plus en plus fertile. Les jeunes révoltés doivent trouver une issue et elle ne peut être que dans la révolution sociale.

                                                    Thierry Hervé (Lutte ouvrière n°2968)

mardi 27 août 2019

Irlande du Nord, août 1969 : le soulèvement du Bogside à Derry, un article de notre hebdomadaire Lutte ouvrière de cette semaine


Irlande du Nord, août 1969 : le soulèvement du Bogside à Derry

Il y a cinquante ans, le 12 août 1969, débutait le soulèvement du Bogside, un quartier populaire de la ville de Derry, en Irlande du Nord. Pendant plusieurs jours, la population tint tête à la police et aux brigades unionistes protestantes, qui ne purent y pénétrer. Le mouvement de révolte s’étendit ensuite à d’autres villes, dont la capitale de la province, Belfast.
Si les catholiques, majoritaires dans la ville de Derry, furent le fer de lance de la révolte, les mots d’ordre mis en avant n’avaient rien à voir avec une quelconque guerre de religions, comme les médias le présentaient. Ils exprimaient avant tout la misère, l’oppression sociale et l’exploitation dont souffraient les travailleurs les plus pauvres, avant tout des catholiques, mais pas seulement. La revendication nationaliste défendue par l’Armée républicaine irlandaise, l’IRA, c’est-à-dire la réunion avec l’État bien réactionnaire d’Irlande du Sud, était absente du mouvement.
En 1921, après des années de guerre contre la population, la Grande-Bretagne avait été contrainte d’accorder l’indépendance à une partie de l’île, qui devint la République d’Irlande. Mais six des comtés de l’Ulster, au nord-est, restèrent au sein du Royaume-Uni. Pour s’y maintenir, l’impérialisme britannique s’appuya sur la majorité protestante et, au travers des institutions mises en place, pratiqua une politique de discrimination envers la minorité catholique.
Déjà, le découpage électoral, savamment remanié à chaque mouvement de population, ne permettait pas aux catholiques d’être à la tête de communes, même dans les villes où ils étaient majoritaires, ce qui permettait aux unionistes de maintenir leur domination dans les conseils municipaux. De plus, le mode de scrutin, pour les élections concernant l’Irlande du Nord, était censitaire. Pour avoir le droit de vote, il fallait être soit propriétaire, soit locataire en titre d’un logement, ce qui excluait les travailleurs en situation précaire. En revanche, les patrons des sociétés commerciales, en majorité protestants, disposaient, eux, de plusieurs voix. Ainsi, aux élections pour le Parlement, on comptait 930 000 voix... pour seulement 690 000 électeurs !
La discrimination s’étendait aussi aux logements, dont l’attribution dépendait des conseils municipaux, à majorité unioniste. Les travailleurs catholiques étaient relégués dans des taudis construits dans des quartiers malsains (le mot « bogside » désigne une zone marécageuse), que les autorités laissaient se dégrader et dans lesquels s’entassaient souvent plusieurs familles, faute de ressources et de logements disponibles. À cela s’ajoutait un chômage allant de 20 % à Derry jusqu’à 40 % dans certains quartiers de Belfast, qui frappait prioritairement les catholiques, les patrons, protestants pour la plupart, embauchant de préférence des coreligionnaires. De plus, ils étaient cantonnés dans les emplois non qualifiés et par conséquent sous-payés.

Les années 1960 furent marquées par des explosions sociales dans les ghettos catholiques des grandes villes, contre la discrimination qu’ils subissaient pour leurs droits civiques, l’emploi et le mode d’attribution de logements. « One man, one vote ; one man, one job » : telles étaient les revendications mises en avant. En 1968, en janvier et avril 1969, eurent lieu plusieurs marches pour les droits civiques, attaquées par des milices protestantes soutenues par la police, qui réprimait les manifestants catholiques avec violence. Le 12 août 1969, à Derry, ce fut l’attaque de trop : la population catholique infligea une défaite tant aux extrémistes protestants qu’aux forces de police.

Ce jour-là, les Apprentice Boys, une milice protestante, fit sa procession habituelle autour des remparts de la vieille ville, pour fêter une victoire britannique vieille de près de trois siècles à Derry ! Aux insultes succédèrent les provocations, les loyalistes jetant des pièces de monnaie aux habitants du Bogside pour les humilier. Ils ne s’attendaient certes pas à recevoir des pierres en retour ! La police royale de l’Ulster, la RUC (Royal Ulster Constabulary), vola à leur secours, mais les habitants du Bogside, échaudés par les précédentes provocations et violences policières, s’étaient préparés aux attaques. En une heure, des barricades furent élevées pour boucher toutes les entrées, d’autres matériaux furent stockés à proximité. Aux pierres succédèrent les cocktails Molotov que les jeunes installés sur les terrasses des quelques immeubles neufs, érigés pour remplacer les taudis, lançaient sur les assaillants. Ravitaillés en pierres, briques et cocktails Molotov par les habitants, ils ne manquèrent jamais de munitions. Les combats allaient durer trois jours sans que la police puisse rentrer dans le Bogside, malgré les énormes quantités d’un gaz lacrymogène très agressif et la force employée.
Devant l’impuissance de la police, le gouvernement britannique décida d’envoyer l’armée. Les troupes, ayant pour consigne d’empêcher les loyalistes d’entrer dans le Bogside pour s’en prendre aux catholiques, furent bien accueillies dans un premier temps. Les illusions n’allaient pas tarder à tomber...
À Belfast, les affrontements furent beaucoup plus violents, plusieurs centaines de maisons furent incendiées par des milices protestantes et plusieurs milliers de familles catholiques durent fuir la ville par crainte de pogroms.
Fin août, le gouvernement britannique, alors travailliste, accorda certaines des réformes demandées depuis des décennies, les forces spéciales furent dissoutes, le « one man, one vote » allait devenir effectif aux élections suivantes et de vagues promesses seraient faites concernant l’emploi et le logement.
Le soulèvement du Bogside de Derry fut un mouvement de masse, dans lequel toute la population participa à la défense du quartier, organisant la vie quotidienne, mettant sur pied des patrouilles pour surveiller s’il n’y avait pas d’incursions malveillantes. Sans police ni armée, les mois durant lesquels le quartier fut bouclé furent parmi les plus pacifiques que connut la ville.
Parallèlement, la minorité catholique avait fait l’expérience que les marches pacifiques ne pouvaient lui accorder aucun droit, mais seulement des coups, que la police n’était pas là pour protéger les opprimés, mais pour les faire taire, et que les promesses des politiciens bourgeois ne valent rien. Cela pouvait ouvrir la voie à un changement radical, d’autant que le Sud connaissait aussi à la même époque des mouvements sociaux. L’appui apporté par les autorités et l’armée britanniques à l’extrême droite protestante et la politique de l’IRA, l’Armée républicaine irlandaise, allaient contribuer à enfermer le conflit à l’intérieur du cadre étroit des affrontements nationalistes et communautaires.
                        Marianne LAMIRAL (Lutte ouvrière n°2664)

                                                                         Merci Wikipédia