RSA :
des milliards que les allocataires ne touchent pas
Une nouvelle étude de la Drees,
un service statistique ministériel, confirme l’ampleur du non-recours au RSA :
en 2021, entre 33 et 37 % des foyers éligibles ne le percevaient pas. Pour 80 %
d’entre eux, cela représente un manque à gagner supérieur à 200 euros par
mois.
Publié le 12/05/2026
Le rapport explique cette
situation par le manque de connaissance des droits, la complexité des
démarches, aggravée par la dématérialisation, ainsi que par les «
représentations sociales négatives associées au bénéfice de l’aide sociale ».
En clair, les discours stigmatisant les allocataires contribueraient à
maintenir les plus pauvres dans la misère en les décourageant de réclamer de
faire valoir leurs droits. La dénonciation de la « fraude sociale » est en
effet un refrain d’une partie de la classe politique, de Bardella pour qui elle
« représente des dizaines de milliards d’euros », à Retailleau qui la
qualifie de « cancer qui mine notre système de protection sociale », en
passant par Lecornu selon qui elle constitue une « atteinte directe au pacte
républicain ».
À ces campagnes de dénigrement
s’ajoutent des contrôles et des sanctions toujours plus sévères, qui dissuadent
nombre de travailleurs de faire les démarches de peur de commettre une erreur
et d’être pénalisés. Car les allocataires du RSA ne sont pas des « profiteurs »
: ce sont souvent des travailleurs licenciés et qui ne retrouvent pas d’emploi,
des personnes que le patronat écarte car un handicap les rend moins rentables,
ou encore des mères isolées que les bas salaires et les horaires de travail
incompatibles avec ceux des crèches et des écoles empêchent d’accéder à un emploi.
À tous ceux que les critères de rentabilité patronale rejettent, l’État accorde
à peine de quoi survivre, sans même s’assurer s’ils perçoivent effectivement
cette allocation.
Ainsi, 2,5 milliards d’euros
par an ne sont pas versés. Les patrons, eux, ne sont jamais gênés de solliciter
les dispositifs qui leur permettent de réduire leurs impôts ou de toucher des
subventions publiques, et bénéficient même de conseils pour cela. L’ensemble de
ces aides coûte même à l’État plus de 200 milliards d’euros par an. Mais
cela n’émeut guère les responsables politiques, qui préfèrent présenter les
allocataires du RSA comme des assistés afin d’opposer les travailleurs entre
eux, tout en laissant les capitalistes continuer à puiser largement dans les
caisses de l’État.
Claire Dunois (Lutte ouvrière
n°3015)