RDC :
les soignants d’Ebola protestent
Autour du 10 juillet,
les soignants de la région d’Ituri, épicentre
de l’épidémie d’Ebola en République
démocratique du Congo (RDC), se sont mis en grève pour recevoir leurs salaires et dénoncer
leurs conditions de travail.
Publié le 15/07/2026
La nouvelle épidémie a démarré
fin avril dans l’est de la RDC, en Ituri, dans le Nord et le Sud Kivu, et
menace l’Ouganda et le Soudan du Sud, voisins.
Ces régions connaissent une
guerre depuis 30 ans, où différentes factions, armée congolaise comprise,
se disputent le contrôle de minerais pour le compte de grands groupes
occidentaux. La ville de Mongwalu, d’où est partie l’épidémie, abrite pour sa
part d’importantes mines d’or où des mineurs artisanaux accourus d’autres
régions et des pays voisins tentent leur chance. L’exploitation y continue
aujourd’hui du matin au soir, comme si de rien n’était.
L’épidémie a fait à ce jour plus
de 600 morts recensés, et certainement bien plus. Elle se propage vite.
Les soignants manquent de moyens pour prendre en charge les malades. Leur suivi
et celui des cas contacts se fait sur papier, ce qui complique la circulation
des informations, et les tests de diagnostic prennent plusieurs jours car les
laboratoires sont débordés. La plupart des centres médicaux ne sont pas équipés
pour recevoir les malades, et les ambulances pour les transférer manquent. Dans
les débuts de l’épidémie, les soignants manquaient d’équipements de
protections. Certains ont même été contaminés et 35 en sont morts.
Dans ces conditions, soigner les
malades d’Ebola signifiait non seulement risquer sa vie, mais aussi devenir un
vecteur de l’épidémie. Il n’y avait pas d’eau de Javel dans les centres de
soin, ni même d’eau potable. Sans doute en est-il encore de même aujourd’hui
dans bien des centres de secours.
La population, habituée aux exactions
des autorités, se méfie des soignants, ce qui ne fait bien sûr qu’ajouter une
difficulté à la lutte contre l’épidémie. Les soignants font face à des malades
qui se cachent, qui fuient les hôpitaux, à des cas contacts qui se dissimulent,
par ignorance ou par peur. Ils ont même subi des agressions, l’un d’entre eux
explique avoir perdu une dent pendant une intervention, son véhicule ayant été
attaqué à coups de pierres. Et pour couronner le tout, les soignants d’Ituri
n’ont pas reçu de salaire depuis mi-mai et l’émergence de l’épidémie.
Face à cette situation
catastrophique, ceux de la ville de Buna étaient en grève, réclamant d’être
payés pour le travail qu’ils font, mais aussi d’avoir de quoi soigner sans
risquer leur vie. Ils ont été rejoints par d’autres travailleurs, notamment
ceux qui organisent les enterrements sécurisés, et la grève s’est étendue à la
ville de Rwampara.
Le gouvernement congolais, à 1
700 km de là, affirme avoir pris la mesure de la
situation, mais cette grève
pourrait bien l’obliger à changer son discours et à cacher le mépris manifesté
envers ceux qu’il a envoyés au front. Dans son arrogance et celle de toutes les
autorités, gouverneurs, chefs militaires, corrompus jusqu’à la moelle et
coutumiers des détournements de fonds, on retrouve celle des grandes puissances
qui se disputent les richesses du sous-sol.
Antoine Stein (Lutte ouvrière
n°3024)