Quant à la municipalité, de quelle jeunesse parle-t-elle ?
L’inauguration
de la colonie de Saint-Hilaire de Riez en 1950
Argenteuil n’est pas une ville
bourgeoise. Elle demeure une ville nettement populaire du monde du travail,
avec une fraction de la population très populaire, et une autre plus aisée,
avec un élément petit bourgeois au sein de cette dernière. Les gros patrimoines
et autres gros actionnaires y sont une infime minorité. Ces derniers logent
ailleurs.
On
naît et l’on grandit à Argenteuil dans tel ou tel de ces milieux, avec un
certain nombre de conséquences. Certes, il n’y a bien sûr pas de déterminisme
absolu, mais tout de même, et il n’y a pas à épiloguer sur la question.
Certains enfants de familles très populaires accéderont à Louis le grand en
classe préparatoire, mais ils y seront très minoritaires. Ce qui pourrait
atténuer, c’est la rencontre entre les univers différents d’enfance et d’adolescence.
Qu’en
est-il aujourd’hui à Argenteuil de cette possibilité de rencontre ?
Il
y a les clubs sportifs et l’École. Il y eut les colonies de vacances.
Le
sport dans les clubs suit la même pente sociale. Il y a-t-il beaucoup de jeunes
des milieux aisés dans les deux clubs importants locaux du sport phare, celui
du football ? J’en doute. Il y eut certes une exception, et j’espère qu’elle
perdure toujours, celle du grand club de judo, L’escale qui eut, et j’espère
qui a toujours, l’ambition de s’adresser à toutes et à tous.
Aujourd’hui,
l’École à Argenteuil est devenue au fil des ans un grand facteur de ségrégation
au sein de la jeunesse, partagée entre l’École publique et une École privée à l’attraction
majeure. Certes, il y a des exceptions, assumées ou contraintes, mais la
séparation des jeunes marque sur ce plan une tendance lourde. Les écoles
privées de la Ville sont des lieux centraux pour la construction des liens
entre les adultes, et leurs enfants… et des réseaux politiques locaux
dominants.
Naguère,
quand l’engagement collectif et l’influence des idées de gauche irriguaient l’ensemble
des éléments sociaux de la population argenteuillaise, des plus populaires aux
plus aisés, les « colos » jouèrent un rôle essentiel de contacts, d’échanges,
et de liens positifs pour l’ensemble de la jeunesse. Elles disparurent, et ce
fut une véritable catastrophe.
Les
anciens se souviennent également, puisque c’est la question de la MJC qui nous
a amené à ce genre de réflexions qu’il y eut à Argenteuil plusieurs Maisons des
Jeunes, celle bien sûr de la rue des Gobelins, mais aussi celle de la cité
Joliot-Curie, et même une dans le quartier du Perreux, rue d’Ascq, dans l’école
provisoire d’Après-Guerre du quartier.
Oui,
pour parler de la « jeunesse d’Argenteuil », il est bon d’avoir ces
différents éléments en tête. Il s’agira ensuite de voir sur lesquels d’entre
eux, une municipalité pourrait peser pour contrer une séparation dommageable. À
suivre donc. DM