Le droit
de mentir et de falsifier
D’après Mediapart, la justice
s’apprête à classer sans suite la plainte contre la police de six jeunes hommes
accusés à tort d’avoir incendié deux voitures de police à Viry-Châtillon le 16 octobre
2016.
Publié le 11/02/2026
Lors de cet incendie criminel,
quatre policiers avaient été blessés dont un grièvement brûlé. L’enquête,
largement médiatisée, menée par leurs collègues avait été bâclée pour
incriminer des jeunes de la cité de La Grande Borne à Grigny. En première
instance, puis en appel, sur les treize accusés, cinq jeunes ont été condamnés
à des peines allant jusqu’à 18 ans de prison et huit ont été acquittés.
Une partie d’entre eux ont alors porté plainte contre la police pour
falsification de procédure.
En effet, ils ont, pour trois
d’entre eux, passé quatre ans en prison pour rien, d’autres ayant écopé d’un an
de détention provisoire, alors qu’ils étaient innocents. Comme a témoigné l’un
des jeunes arrêtés à tort et qui a fait quatre ans et trois mois de prison : «
Ils ne cherchaient pas les coupables mais des coupables. »
Et de fait, les policiers ont
tronqué les interrogatoires, allant même jusqu’à les falsifier. Ils ont harcelé
les jeunes en garde à vue pour leur faire avouer leur présence et leur
complicité. Les audiences, qui sont nécessairement filmées, n’ont été que
partiellement retranscrites. Un des jeunes a nié pendant des heures avoir été
présent lors de l’attaque mais, à l’issue de la garde à vue, il a fini par
dire, sur les conseils de son avocat commis d’office, qu’il ne se souvenait
plus de rien. C’est cela qui a été retenu contre lui lors du premier procès.
Pire, un témoignage qui le disculpait n’a même pas été versé au dossier.
En 2021, malgré les éléments qui
incriminaient les policiers, le directeur général de la police nationale,
Frédéric Veaux, leur avait renouvelé son soutien. « Quoi qu’il arrive et
quoi qu’on dise […], je les défends et je les défendrai. » Et c’est
exactement ce qui s’est passé. Alors que quatre plaintes pour « faux en
écritures publiques », « violences volontaires » et « escroquerie
au jugement » ont été déposées par les avocats des jeunes innocentés, la
justice ne s’est pas du tout hâtée pour entendre les policiers incriminés.
Depuis 2021, l’affaire est passée
entre les mains de cinq juges successifs. Il a fallu attendre 2023 pour que les
policiers soient enfin auditionnés. Aucun d’entre eux n’a été mis en examen. Le
principal témoin dont les policiers s’étaient servi pour accuser les jeunes n’a
même pas été entendu. C’est ainsi que la procédure va certainement aboutir à un
non-lieu.
Selon qu’il s’agit de prouver la
culpabilité des jeunes des quartiers ou celle des policiers, la justice n’a ni
la même célérité, ni la même exigence.
Aline Urbain (Lutte ouvrière
n°3002)