Total au
Mozambique : coupable par essence !
Lundi 17 novembre, une
plainte a été déposée contre TotalEnergies pour « complicité de crimes de
guerre », au parquet antiterroriste de Paris.
Publié le 19/11/2025
Une ONG accuse la multinationale
d’avoir financé et soutenu des militaires coupables d’assassinats et de
tortures sur des civils.
Les faits remontent à l’été 2021,
après plusieurs attaques par le groupe djihadiste al-Chabab de villages et
d’une ville proches d’un immense site gazier appartenant entre autres à Total.
Ces attaques avaient forcé la multinationale à stopper momentanément la
construction et à évacuer ses employés français travaillant sur place. Total
finançait alors directement une unité de l’armée mozambicaine pour protéger ses
infrastructures et ce sont ces militaires qui ont alors séquestré durant des
mois dans des conteneurs métalliques, affamé, torturé et assassiné des dizaines
de civils fuyant les combats. Ils ont agi en toute impunité et ne semblent pas
inquiétés depuis.
Il faut dire que le projet
gazier, particulièrement alléchant pour les capitalistes, leur tenait plus à
cœur que la vie de dizaines d’Africains pauvres. Les gisements découverts
quelques années auparavant, en mer, au large du Mozambique, évalués à 5
000 milliards de mètres cubes de pétrole, pourraient être équivalents à
ceux du Nigeria, par exemple. ExxonMobil, ENI, TotalEnergies et de nombreuses
banques s’étaient jetées sur le projet, estimé à 60 milliards de dollars.
En comparaison, le budget annuel de l’État du Mozambique est d’environ
4 milliards de dollars. Tous escomptaient des profits mirifiques, en
sachant pertinemment qu’ils pourraient acheter à bas prix la complaisance des
autorités de ce pays miné par la pauvreté et la corruption. À l’inverse, la
découverte de richesses minières s’avérait une calamité pour les populations,
comme d’habitude. Des villages de pêcheurs et de paysans avaient été vidés de
leurs habitants. Et les bandes djihadistes pouvaient recruter dans cet océan de
misère.
C’est une ONG qui a révélé la
complicité de Total. L’European Centre for constitutional and human rights
(ECCHR) accuse le groupe d’avoir reçu des rapports dès le printemps 2021 sur
les crimes et la violence des mercenaires. L’ONG a la preuve que Total aurait
fait licencier 200 soldats membres de cette unité, en septembre 2021, pour des
« incidents » dont la nature n’est pas indiquée. Des primes n’ont pas été
payées non plus pour des raisons similaires.
Malgré cela, Total a continué à
travailler avec cette unité jusqu’en 2023 et, aujourd’hui, de loin, dans les
bureaux confortables et tranquilles de la Défense, la direction du groupe nie
avoir été au courant de ces exactions.
Marion Ajar (Lutte ouvrière n°2990)