Somaliland :
au cœur des manœuvres impérialistes
Le 26 décembre, Israël a été
le premier État – et pour le moment le seul – à reconnaître le Somaliland, plus
de trente ans après que celui-ci a fait sécession de la Somalie, en 1991.
Publié le 07/01/2026
Le territoire du Somaliland
correspond à celui de l’ancienne colonie britannique, dont les frontières ont
été fixées lors du partage de l’Afrique entre puissances européennes dans les
années 1880. Rien ne distingue ses 5,7 millions d’habitants de ceux du
reste de la Somalie, ex-colonie italienne, de ceux de Djibouti, ex-colonie
française, et des Somalis d’Éthiopie ou du Kenya. Après avoir acquis leur
indépendance à quelques semaines d’intervalle en 1960, les territoires italien
et britannique coexistèrent au sein d’un même État, la République de Somalie,
jusqu’à son éclatement en 1991, suite aux rivalités opposant une multitude de
seigneurs de guerre. L’ancien Somaliland britannique proclama alors son
indépendance. Il fut d’emblée au cœur de nombreuses convoitises, étant situé
sur la côte africaine du golfe d’Aden, sur l’une des principales routes
commerciales du monde, reliant la Chine et l’océan Indien au canal de Suez.
De son côté, la Somalie fut le
théâtre d’une intervention armée américaine, fin 1992, qui ne fit qu’aggraver
encore le chaos.
Ces dernières années, les
tensions au Moyen-Orient ont renforcé l’importance stratégique du Somaliland
qui se trouve à 200 kilomètres des côtes du Yémen où les rebelles
houthistes s’opposent non seulement à l’Arabie saoudite, mais aussi à Israël.
Pour ce dernier, établir des liens avec le Somaliland présente donc un intérêt
militaire et commercial, lui permettant de surveiller cet axe maritime.
Netanyahou a aussi le projet, ouvertement évoqué, d’y déporter des Palestiniens
de Gaza.
Quant aux États-Unis, ils n’ont
pas jusqu’à présent reconnu le Somaliland, notamment parce qu’ils tiennent à
leurs relations avec la Somalie voisine où ils disposent d’une base militaire
alors que le groupe islamiste des Chabbi, affilié à Al-Qaida, contrôle près
d’un quart du territoire. Mais une délégation militaire américaine était sur
place le 26 décembre, jour de la reconnaissance par Israël. Il est
question d’y installer une base américaine, une de plus dans la région.
La reconnaissance du Somaliland
par Israël accentuera encore les oppositions entre puissances régionales. Ainsi
l’Arabie saoudite, l’Égypte et la Turquie, qui soutiennent la Somalie, ont
exprimé leur hostilité à la prise de position israélienne, tandis que les
Émirats arabes unis ont, eux, appuyé ce rapprochement.
Les manœuvres
diplomatico-militaires de l’impérialisme américain et d’États qui lui sont liés
tout en étant rivaux, ne peuvent qu’alimenter encore les guerres qui
ensanglantent la région.
Jean Sanday (Lutte ouvrière n°2997)