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dimanche 4 octobre 2026

Affaire Orélien : une polémique loin de la littérature

 Affaire Orélien : une polémique loin de la littérature

Thélyson Orélien, auteur québécois d’origine haïtienne, est accusé d’avoir utilisé l’IA pour rédiger son roman C’était ça ou mourir. La polémique et les doutes ont abouti à son retrait de la liste des livres sélectionnés pour le prix Goncourt.

Publié le 30/09/2026

C’était ça ou mourir raconte le périple d’un enseignant qui fuit Haïti et les gangs qui contrôlent sa capitale, Port-au-Prince. Comme des dizaines de milliers de migrants sans papiers et sans argent, il traverse clandestinement la moitié de l’Amérique avant d’arriver au Québec. Que ce roman, à la fois dur, nuancé et touchant, ait été rédigé avec l’aide de l’IA ou non, il ne pourrait exister sans que nombre de femmes et d’hommes, bien réels, aient vécu les tribulations à travers les frontières racontées dans le livre et en aient témoigné. Le roman a le mérite de rendre, avec subtilité, leur humanité à ces parias.

Le recours à l’IA atteint désormais la littérature, la musique et d’autres arts, après de nombreux domaines. Qu’on déplore cette évolution ou qu’on se contente de la constater, tout indique que ceux qui ont fait campagne contre Thélyson Orélien étaient motivés, bien plus que par la défense de la littérature, par la volonté de discréditer un roman écrit par un Haïtien relatant le parcours de migrants. Ainsi le site « Balance ton Claude », du nom de l’assistant IA d’Anthropic, a été créé par le journaliste du Figaro Samuel Fitoussi. L’information a été relayée par Valeurs actuelles et Cnews, deux médias d’extrême droite. Les mêmes n’ont jamais cherché à savoir quelle plume, humaine ou numérique, avait rédigé, par exemple, les livres d’un Jordan Bardella ou de divers auteurs à succès.

Quant à évoquer des gens talentueux, bien avant l’invention de l’IA des écrivains reconnus n’ont pas rédigé eux-mêmes des parts entières de leurs œuvres. Alexandre Dumas est connu pour avoir fait rédiger plusieurs de ses romans par des « nègres ». L’Américain James Michener, auteur prolifique, disposait d’une petite armée de sous-traitants pour rédiger ses textes.

Dans cette société où tout se vend et s’achète, ce qui préside à la publication et la promotion d’un ouvrage et explique que certains écrivains soient mis dans la lumière quand d’autres restent des inconnus, n’est pas leur talent personnel, ou pas toujours. Ce qui compte est d’abord la puissance des maisons d’édition. Ce n’est pas un hasard si le prix Goncourt, l’un des plus prestigieux et celui qui permet de multiplier les ventes d’un livre par dix ou quinze, est monopolisé par une poignée de grands éditeurs. Leur motivation est évidemment le profit qu’ils escomptent en commercialisant des livres pouvant se vendre en masse parce qu’ils collent à l’air du temps. Une telle création littéraire, dans le monde capitaliste, n’a souvent pas besoin du secours de l’IA pour être tout à fait artificielle.

                                                   Xavier Lachau (Lutte ouvrière n°3035)

samedi 15 août 2026

Migrants : xénophobie sans frontières

Migrants : xénophobie sans frontières

L’arrivée soudaine dans l’enclave espagnole de Ceuta de quelque 70 000 jeunes Marocains – dont la quasi-totalité est retournée immédiatement au Maroc – a continué d’alimenter la campagne xénophobe et antimigrants de nombreux dirigeants européens.

Publié le 12/08/2026

 

La palme revient à la Première ministre italienne, Giorgia Meloni, qui a rétabli les contrôles aux frontières pour les vols et les bateaux en provenance d’Espagne. En rétorsion, Pedro Sanchez, Premier ministre espagnol, a annoncé la mise en place de contrôles d’identité pour les voyageurs venant d’Italie. Meloni et Mette Frederiksen, Première ministre du Danemark, une social-démocrate qui remue la même boue xénophobe et raciste que son homologue italienne d’extrême droite, ont publié une lettre ouverte aux instances de l’Union européenne (UE). Elles en appellent à « la protection de l’héritage chrétien de l’Europe », dénoncent la prétendue « immigration incontrôlée » et réclament la création de centres de retour dans des pays hors de l’UE, comme l’Albanie où l’Italie a construit de telles prisons dans le but d’y parquer les étrangers sans papiers.

De son côté, Friedrich Merz, le chancelier allemand, exige que l’Italie et la Grèce récupèrent les demandeurs d’asile arrivés en Allemagne après avoir débarqué dans l’un de ces deux pays. Il invoque l’accord signé le 12 juin entre tous les pays de l’UE tandis que Meloni en conteste les modalités. L’un et l’autre se refilent comme des patates chaudes ces femmes et ces hommes, qu’ils qualifient de « migrants secondaires », mais qui sont venus en Europe pour travailler et pouvoir faire vivre leur famille, souvent en fuyant la guerre ou la dictature.

Meloni, Frederiksen, Merz, tout comme Sanchez ou Macron, savent parfaitement que l’UE n’a rien d’une passoire mais tout d’une forteresse aux frontières parfois grillagées et électrifiées. Elle est dotée d’une agence de garde-frontières, Frontex, qui traque sans pitié les pauvres qui tentent de la rejoindre. Ils savent parfaitement que l’économie de cette riche citadelle ne pourrait fonctionner sans les bras et les cerveaux des travailleurs immigrés. Les secteurs les plus durs, dans l’agriculture, le bâtiment, l’industrie, le nettoyage, la santé et l’aide à la personne ne pourraient pas fonctionner sans ces travailleurs, qu’ils aient ou non des papiers en règle. Même Meloni a délivré quelque 900 000 permis de travail à des étrangers extra-européens depuis qu’elle est au pouvoir.

Toutes les déclarations des dirigeants européens sont des postures démagogiques destinées à faire des migrants les boucs émissaires des difficultés que vivent les classes populaires de leurs pays. Il serait suicidaire pour les travailleurs de tomber dans ce piège en se faisant les complices du refoulement de ces damnés de la terre qui, quels qu’en soient les risques pour eux- mêmes, continueront de tenter de passer les frontières. Peuplée de 450 millions d’habitants, l’UE regroupe les pays parmi les plus riches au monde, qui se sont développés et continuent de prospérer en exploitant une grande partie de la planète.

Ce ne sont pas quelques centaines de milliers, ni même quelques millions de migrants qui menacent les emplois, les logements, les hôpitaux, ce sont les capitalistes et les gouvernements qui les ferment ou les détruisent. C’est contre ceux-là que les travailleurs, immigrés ou pas, avec ou sans papiers, doivent unir leurs luttes.

                                                                 X. L. (Lutte ouvrière n°3028)


 

dimanche 9 août 2026

Ceuta et Melilla, héritages de la colonisation

 Ceuta et Melilla, héritages de la colonisation

Les enclaves de Ceuta et Melilla sont des confettis de ce qui fut l’Empire espagnol.

Publié le 05/08/2026

Ceuta, qui était alors un des ports importants du monde arabo- musulman, fut conquise par le Portugal en 1415, dans le cadre de la Reconquista, l’offensive chrétienne qui mit fin aux royaumes musulmans de la péninsule ibérique. Ceuta fit ensuite partie de l’Union ibérique entre 1580 et 1640, avant de demeurer espagnole lors de la dissolution de cette union entre le Portugal et l’Espagne. Melilla, elle, fut conquise par la couronne de Castille en 1497, cinq ans après que le dernier royaume musulman eut été vaincu à Grenade.

Même si l’Empire d’Espagne s’est effondré au dix- neuvième siècle, le pays a tenu à garder les deux territoires. Ils étaient en effet stratégiques, pour protéger le commerce maritime du royaume, en particulier Ceuta située à l’entrée de la Méditerranée, à une quinzaine de kilomètres seulement de l’Espagne.

De 1912 à 1956, le Maroc fut un protectorat franco-espagnol, euphémisme utilisé pour désigner ce qui était une domination coloniale partagée. Ceuta et Melilla étaient alors les bases administratives et militaires à partir desquelles l’Espagne exerçait son contrôle sur une partie du Maroc, au nord et au sud- ouest. Entre 1921 et 1927, la France et l’Espagne alliées menèrent la guerre du Rif qui fut une guerre coloniale féroce pour la conquête de la zone au nord du Maroc, non loin des deux villes.

C’est à Ceuta que commença en 1936 la rébellion militaire de Franco à l’origine de la guerre civile espagnole.

Quand le Maroc devint indépendant en 1956, l’Espagne garda les deux enclaves, ainsi que des territoires proches de la côte marocaine, les rochers Vélez de la Gomera et Al Hoceima, les îles Chafarinas, l’îlot de Perejil. Au Maroc, qui revendique la souveraineté sur ces différents territoires, l’Espagne a toujours opposé une fin de non-recevoir, y compris sous des gouvernements dits de gauche. Quand près de 60 000 jeunes migrants marocains sont entrés à Ceuta avant d’être refoulés sans ménagement, Pedro Sanchez a dénoncé vendredi 31 juillet « une violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne ». Le temps des colonies n’est pas fini.

                                                       Michel Bondelet (Lutte ouvrière n°3027)

vendredi 7 août 2026

Union européenne : unis dans le délire anti-immigrés

 Union européenne : unis dans le délire anti-immigrés

Une réunion en visioconférence des ministres de l’Intérieur de l’Union européenne (UE) a eu lieu mardi 4 août. Elle avait été convoquée en urgence après l’arrivée dans l’enclave espagnole de Ceuta de près de 60 000 migrants venus du Maroc.

Publié le 05/08/2026


 

Destinée à «tirer les leçons» des évènements de Ceuta, cette réunion avait été exigée dans un texte signé par 22 chefs d’État et de gouvernement de l’UE. Ceux-ci accusaient le Premier ministre socialiste espagnol, Pedro Sanchez, de ne pas en faire assez pour assurer la protection des frontières extérieures de l’Europe.

Ces dirigeants savaient pourtant pertinemment que les migrants une fois arrivés à Ceuta se heurteraient à des frontières qui leur resteraient totalement fermées, puisque ce territoire ne bénéficie pas des règles de libre circulation en vigueur dans l’espace Schengen. Leur hypocrisie est d’autant plus révoltante que, de toute façon, la plus grande partie des migrants avait regagné le Maroc à peine vingt- quatre heures après avoir réussi à pénétrer à Ceuta.

La Première ministre italienne d’extrême droite, Giorgia Meloni, et celle du Danemark, la sociale-démocrate Mette Frederiksen, se sont montrées les plus en pointe dans la mise en scène de ce délire anti-immigrés en exigeant l’exclusion de l’Espagne de l’espace Schengen. Ne voulant pas être en reste, les autres dirigeants européens ont presque tous saisi l’occasion de montrer leur souci de lutter contre l’immigration illégale. Macron a annoncé que les effectifs policiers à la frontière espagnole seraient multipliés par cinq et qu’ils seraient appuyés par des avions et des drones.

Cette dramatisation orchestrée par les gouvernements d’Europe répond évidemment à des préoccupations de politique intérieure. Prenant partout des mesures pour faire payer la crise à leur population, les équipes au pouvoir, quelle que soit leur étiquette politique, se discréditent toutes rapidement. Elles répondent par une multiplication des mesures contre les immigrés, utilisés comme des boucs émissaires et désignés comme responsables de toutes les difficultés. Sur ce terrain, l’extrême droite xénophobe et raciste multiplie les surenchères.

Ainsi, en Italie, Meloni est concurrencée sur sa droite par l’ex-général Roberto Vannacci, qui a récemment fondé son parti, Futuro Nazionale, en vue des législatives de 2027. En Allemagne, le conservateur Merz est confronté à la montée du mouvement d’extrême droite AfD alors que des élections régionales doivent avoir lieu en septembre.

À l’issue de la réunion du 4 août, les ministres de l’Intérieur se sont finalement prononcés en faveur du maintien des règles de circulation de Schengen, tout en envisageant de nouvelles mesures contre les migrants.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a écrit, dans un courrier adressé à Sanchez : « Cet épisode montre clairement que nous devons aller plus loin pour renforcer nos frontières aux points les plus sensibles. » Parmi les pistes évoquées : « une surveillance accrue et, lorsque cela est nécessaire, l’utilisation de barrières physiques ».

Ces derniers mois, l’UE a autorisé ses États membres à envoyer des déboutés d’asile dans des centres en dehors des frontières européennes. Toujours davantage de policiers, de drones, de camps de concentration pour empêcher les damnés de la terre de fuir la misère et la guerre, c’est tout ce que les cerveaux de ces dirigeants de pays dits civilisés sont capables d’imaginer.

                                                                   Marc Rémy (Lutte ouvrière n°3027)

jeudi 6 août 2026

Ceuta : les mensonges des politiciens

 Ceuta : les mensonges des politiciens

La situation à Ceuta a donné lieu à une instrumentalisation éhontée de la part des dirigeants de la droite et de l’extrême droite, à l’image de ce que font des gouvernants européens.

Publié le 05/08/2026

Le président du parti Les Républicains, Bruno Retailleau, a appelé à suspendre l’Espagne de l’espace Schengen. Emmanuel Macron et le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, eux, ont annoncé fièrement un renforcement des contrôles à la frontière avec l’Espagne. Tous savent pourtant très bien qu’aucun des jeunes Marocains entrés à Ceuta pour en être refoulés presque aussitôt par les autorités espagnoles, n’avait la moindre chance d’atteindre la péninsule espagnole et encore moins la France ou l’Italie.

Les politiciens le savent, mais lorsqu’il s’agit de faire diversion pour détourner les travailleurs de leurs véritables ennemis, tous les moyens sont bons, et la concurrence est rude. Bruno Retailleau et le Rassemblement national s’accordent pour dénoncer les régularisations décidées par le gouvernement espagnol au printemps dernier, en prétendant que sans elles, les personnes tentant de venir en Europe ne le feraient pas. C’est évidemment un mensonge, car aussi bien en Europe qu’aux États-Unis par exemple, des millions de travailleurs sont déjà condamnés à vivre en situation irrégulière mais tentent tout de même de rester afin de subvenir aux besoins de leur famille ou de leur village. Peu importe également à ces démagogues que ces fameuses régularisations aient concerné essentiellement des travailleurs qui vivaient, travaillaient et payaient leurs impôts en Espagne depuis des années et qu’elles aient cessé à la fin du mois de juin.

Le Rassemblement national y va de sa surenchère en réclamant que la liberté de circulation dans l’espace Schengen soit réservée aux seuls ressortissants européens, et ne bénéficie pas aux personnes disposant d’un titre de séjour. En réalité, les étrangers, même en situation régulière, n’ont déjà pas les mêmes droits que les ressortissants européens en la matière : il n’est par exemple pas possible de travailler en Allemagne simplement avec un titre de séjour délivré par l’État français, ou inversement.

Il n’y a en fin de compte pas une once de vérité dans cette propagande xénophobe, mais ce n’était de toute façon pas son problème.

                                                        Malik Rieux (Lutte ouvrière n°3027)

samedi 1 août 2026

Ceuta : liberté de circulation !

 

Vestiges de colonisations et frontières, la même absurdité

 

 


Le gouvernement de gauche de Pedro Sanchez dénonce une « attaque » et une « atteinte à l’intégrité territoriale de l’Espagne » à propos de l’arrivée de dizaines de milliers de Marocains à Ceuta. Madrid qui régulièrement rappelle qu’il est aberrant que Gibraltar, situé sur la péninsule ibérique, soit britannique plutôt qu’espagnol, proclame à l’inverse que Ceuta doit rester une possession de l’État espagnol, bien que située en Afrique.

C’est l’absurdité de ces frontières qui font de ce territoire, vestige du colonialisme européen, entièrement enclavé dans le Maroc - et en vérité marocain - un tremplin bien hypothétique vers l’Europe pour les jeunes Marocains à la recherche d’un avenir.

Selon la presse, Macron a promis que « la France se tient prête à apporter aux autorités espagnoles tout l’appui nécessaire » : c’est une solidarité de puissances coloniales.