Groenland :
le prochain sur la liste ?
Quelques heures à peine après son
coup de force au Venezuela, Trump s’est donné deux mois pour « s’occuper » du
Groenland. Et un de ses aides de camp de renchérir, affirmant que « personne
ne va se battre militairement avec les États-Unis pour l’avenir du Groenland ».
Publié le 07/01/2026
L’impérialisme américain, et pas
seulement Trump et son équipe, a depuis longtemps les yeux tournés vers cette
île grande comme l’Europe de l’ouest mais peuplée seulement de 57 000
habitants, et, au-delà, vers l’Arctique. La fonte des glaces consécutive au
réchauffement climatique libère des possibilités d’exploitation minière et des
voies maritimes. Dans les passages libres de glaces, contourner par le nord le
continent américain ou le continent eurasiatique devient possible et permet
d’économiser près de la moitié du trajet Asie-Europe et Asie-New York.
Aujourd’hui l’expédition n’est
pas sans risque et les navires ordinaires ne s’y risquent pas. En
septembre 2025 un cargo néerlandais de 172 mètres s’est échoué au
nord du Canada et il avait fallu deux brise-glace pour le sortir de ce mauvais
pas. Le gaz exploité dans la presqu’île de Yamal, en arctique russe, ne peut
partir vers l’Europe et l’Asie que dans des méthaniers brise-glace spécialement
conçus. Ils sont en outre surveillés par les brise-glace à propulsion nucléaire
de la marine russe, la plus performante dans ce domaine. Mais chaque grande
puissance n’en place pas moins ses pions et prépare le dégel. Et si chacun
renforce ses capacités maritimes, en particulier dans la construction de
navires polaires et dans l’établissement de bases permanentes, les États-Unis
se portent carrément acquéreurs, voire accapareurs du Groenland.
Cette île leur donnerait en effet
un accès supplémentaire à l’Arctique et un poste d’observation au carrefour des
deux routes du nord. Le contrôle des passages maritimes, Gibraltar, Malacca,
Panama, Suez, Aden, Hong Kong, cap Horn, cap de Bonne Espérance etc., a été une
constante de la politique impériale, celle de la Grande-Bretagne jusqu’en 1914,
celle des États-Unis depuis. Si aujourd’hui un passage se libère,
l’impérialisme entend en prendre possession.
Le Groenland fait juridiquement
partie de l’Union européenne en tant que territoire autonome du Danemark. Face
aux prétentions de Trump, les gouvernements français, allemand, britannique
etc., ont donc renouvelé leurs protestations et les rappels au droit
international, au respect des traités, à la bonne amitié entre Occidentaux etc.
Rien n’y fait alors que les États-Unis veulent le contrôle de cette route
maritime et sont prêts pour cela à s’emparer du Groenland, voire à contraindre
le Canada à devenir un de leurs états fédérés. De plus, en cas de conflit généralisé,
le Groenland constituerait, encore plus que lors de la Seconde Guerre mondiale,
une base avancée indispensable pour les États-Unis, ce que leur état-major
souligne à l’envi. Pour les généraux comme pour Trump, dominer le Groenland est
donc aussi, une question de « sécurité nationale ».
La réaction des États européens a
tout de l’aveu de faiblesse comme le montre, par exemple, la politique danoise.
Le jour même où Trump renouvelait ses menaces, l’armée danoise signait un
contrat pour l’achat, le maniement et la maintenance de trois avions de
surveillance maritime et militaire avec… les États-Unis. Les dirigeants
européens ne craignent sans doute pas d’être traités comme le vénézuélien
Maduro et traînés devant un tribunal étatsunien sous quelque accusation
fantaisiste. Mais ils ont tout simplement conscience que l’impérialisme
américain est le plus fort et que, qu’ils le veuillent ou non, ce qu’il désire
s’accomplira.
Paul Galois (Lutte ouvrière n°2997)