LA
CAMPAGNE CONTRE SHEIN : UNE MISE EN CONDITION ANTI-CHINOISE
Publié le 17/11/2025
Depuis trois semaines, le
patronat français et tous les politiciens dénoncent Shein, la plateforme
commerciale spécialisée notamment dans la mode à petits prix.
Shein fait évidemment trimer des
travailleurs, et sans doute des enfants, pour produire sa camelote. Et du
moment que l’entreprise peut encaisser de l’argent, elle est prête à vendre
toutes les horreurs possibles et imaginables. Mais sous le capitalisme, ce
n’est pas une exception, c’est la règle. Et ce n’est certainement pas une
spécificité chinoise !
Cette campagne ne dénonce pas
l’exploitation ni la rapacité d’une classe capitaliste avide et destructrice.
Elle vise à dénigrer la concurrence chinoise et à souder les consommateurs, qui
sont aussi des travailleurs, derrière les capitalistes bien français. Et, au
final, on nous fera avaler de nouvelles taxes, puisque le gouvernement et
l’Union européenne préparent la taxation des petits colis.
Avec leur mépris de classe
habituel, les dirigeants font la morale aux clients de Shein. Ils seraient des
consommateurs compulsifs et égoïstes, coupables de la chute de l’industrie
textile française et de la fermeture de magasins. Comme si les familles
populaires ne préfèreraient pas la qualité pour s’habiller, si elles en avaient
les moyens ! Comme si elles aimaient se nourrir de produits bon marché et
polluer en roulant dans leurs vieilles voitures !
Comme toujours, les capitalistes,
qui décident de tout, ne seraient responsables de rien, et les travailleurs qui
n’ont jamais leur mot à dire seraient coupables de tout ! C’est pourtant très
simple : si le patronat et ses politiciens ne veulent pas que les consommateurs
courent après les prix bas, qu’ils augmentent les salaires et portent le Smic
au-dessus de 2000 euros !
Et quelle hypocrisie ! La
question du chômage et la fermeture des commerces sont le cadet de leurs
soucis. 450 plans de licenciements sont en cours en France, et des centaines de
milliers d’emplois sont menacés. Ce n’est pas Shein qui a ordonné ces
licenciements, mais un patronat bien de chez nous, comme Michelin, Stellantis,
Valeo, avec la complicité des politiciens qui leur laissent les mains libres.
Et qui a transformé la Chine en
atelier du monde sinon nos bons capitalistes pour aller exploiter des
travailleurs plus pauvres encore et les payer beaucoup moins ? Résultat, ils
ont ainsi fermé leurs usines et transformé des régions entières en déserts
industriels. Aujourd'hui, ils crient à la concurrence déloyale, mais ont été
les premiers à en profiter, et ils continuent à le faire.
Les enfants, les femmes et les
hommes qui s’éreintent sur leur machine à coudre, en Asie, pour gagner juste de
quoi survivre ne travaillent pas seulement pour Shein, mais pour bien d’autres
marques qui se retrouvent dans les magasins H&M, Pimkie, Kiabi, Celio…
Carrefour et Decathlon se fournissent au Bangladesh, dont les travailleurs sont
payés 100 euros par mois, encore moins que leurs camarades chinois. Ces deux
enseignes sont aussi suspectées de profiter du travail forcé des Ouïghours.
Quant aux plateformes
commerciales, il n’y a pas que Shein, Temu ou Alibaba qui ont du ménage à
faire. Il y a aussi e-Bay, Amazon ou Leboncoin, ainsi que tous les réseaux
sociaux où la drogue et les armes se vendent librement et où les trafiquants
recrutent même leurs tueurs !
La cabale anti-chinoise n’est pas
à prendre à la légère. Elle s’inscrit dans une guerre commerciale féroce où,
dans tous les pays, les travailleurs sont en train d’être encore plus
pressurés, précarisés et appauvris au nom de la compétitivité.
Le protectionnisme, tant vanté
par l’ensemble du personnel politique, n’arrête pas cette guerre commerciale,
il l’attise. Il n’y a qu’à voir comment un Trump se sert du Made in America
pour écraser ses concurrents. Et cette surenchère protectionniste constitue un
pas vers la guerre tout court.
Aujourd'hui, les Chinois sont
présentés comme des concurrents déloyaux. « L’invasion chinoise » revient
régulièrement en titre des journaux. Quand seront-ils présentés comme des
ennemis ?
Ne soyons pas dupes : cette
campagne n’a rien à voir avec l’écologie, les droits humains, ceux des salariés
ou ceux des enfants. Elle relance une propagande protectionniste aussi
mensongère que dangereuse pour les travailleurs.
Tout patriotards qu’ils
s’affichent, les capitalistes n’ont pour patrie que leur portefeuille. Ils
veulent dresser les consommateurs contre les entreprises chinoises pour
défendre leurs intérêts, pas les nôtres ! Et demain, pour ces mêmes intérêts,
ils seront capables de nous jeter dans une guerre contre la Chine.
L’arme des travailleurs, c’est
l’internationalisme. C’est l’idée que, par-delà les frontières, les
travailleurs chinois, bangladais, français, etc, ont les mêmes ennemis : la
classe exploiteuse mondiale.
Nathalie ARTHAUD