Israël : Netanyahou
veut faire taire les témoins
Alors que les élections législatives sont prévues
en Israël pour le 27 octobre, Netanyahou se déploie pour faire taire
toute voix mettant en cause sa version de la guerre menée à la population
palestinienne et sa responsabilité dans la montée en puissance du Hamas,
jusqu’à et y compris l’attaque du 7 octobre 2023.
Publié le 14/10/2026
Le documentaire Naza, primé à Venise,
dénonce les crimes commis par l’armée à Gaza. Les deux courageux cinéastes
israéliens y présentent des témoignages d’officiers et de soldats qui ont
participé à l’assassinat de cibles repérées comme militants du Hamas, au milieu
de leur entourage, de leur famille, lors d’un processus allant du renseignement
au bombardement à l’aide d’armes pilotées par IA. « Naza » est l’acronyme
utilisé par l’armée pour les « dommages collatéraux » estimés négligeables,
même s’ils se comptent en centaines de victimes.
Dans le cadre de ce massacre de la population
gazaouie, 74 000 morts décomptés à ce jour dont 21 000 enfants, 24 témoins
racontent une partie de l’horreur, à visage dissimulé et voix volontairement
déformée. Cet aveu a été diffusé deux jours durant dans quelques salles de 50
pays, et sera semble-t-il mis ultérieurement en ligne par le journal
britannique The Guardian. « Mais ceux qui ont le plus besoin de le
voir, affirme à juste titre Yuval Abraham, l’un des deux réalisateurs, ce
sont les Israéliens, les Américains qui financent tout cela, les Allemands,
tant d’Européens qui contribuent aux rapports de force permettant que cela
continue, que les tueries à Gaza continuent ».
Naza a d’ores et déjà provoqué la colère de
l’état-major israélien et du Premier ministre. Après avoir été présentés comme
des personnages subalternes, les témoins sont maintenant accusés «
d’atteinte aux intérêts diplomatiques et sécuritaires » de l’État et font
l’objet d’une enquête. Les auteurs du documentaire sont quant à eux menacés par
le pouvoir, notamment, d’être déchus de leur nationalité israélienne. Mais, en
tentant de faire taire ceux qui dénoncent ses crimes, Netanyahou ne fait que
les confirmer, s’il en était besoin.
Netanyahou utilise l’écrasement des Palestiniens à
Gaza et la guerre qui leur est menée en Cisjordanie pour souder une partie des
Israéliens autour de lui et tenter de gagner la bataille électorale serrée
contre l’opposition. Cette dernière essaie de son côté de le déstabiliser à
l’aide de « révélations » sur ses défaillances lors de l’attaque du Hamas.
Ainsi, le 8 octobre, un général, ancien secrétaire militaire du Premier
ministre, a affirmé sur la chaîne israélienne N12, que Netanyahou
a consciemment repoussé des accords avec le Hamas qui auraient conduit à
libérer des otages, privilégiant la survie de son gouvernement, dont les
ministres d’extrême droite étaient hostiles à un cessez-le-feu. Selon le parti
de Netanyahou, qui n’est pas à une exagération près, il ne s’agirait que d’une
opération visant à « renverser le gouvernement de droite et à mettre en
place un gouvernement de gauche qui créera un État palestinien ».
Cette nouvelle révélation jouera peut-être un rôle
dans la campagne électorale où Netanyahou vise une victoire pour échapper
encore aux poursuites judiciaires qui pèsent sur sa tête depuis des années.
Mais la politique meurtrière dans laquelle il entraîne la population d’Israël,
dénoncée par les auteurs de Naza et les témoins dont ils font entendre
la voix, reste à son agenda, comme à celui des grandes puissances qui le
soutiennent.
Viviane Lafont (Lutte ouvrière n°3037)