Moyen-Orient : le
chaos s’étend
Samedi 19 septembre, des missiles tirés par les
rebelles yéménites Houthis ont frappé à deux reprises Ryad, la capitale de
l’Arabie saoudite, ainsi que des installations de l’Aramco, la principale
compagnie pétrolière saoudienne, situées à Yanbu, un port sur la mer Rouge.
Publié le 23/09/2026
Cette nouvelle escalade intervient après la
reprise, à la mi- septembre, du conflit qui oppose le gouvernement yéménite
officiel, soutenu par une coalition militaire menée par l’Arabie saoudite, aux
milices pro-iraniennes des Houthis. Progressant très rapidement, celles-ci sont
parvenues à prendre le contrôle de tout le littoral bordant la mer Rouge,
renforçant leur emprise sur le détroit de Bab el-Mandeb, sur la route qui relie
l’Asie à l’Europe via le canal de Suez. La possibilité que ce détroit puisse
être fermé a fait bondir les prix du baril de pétrole, une flambée qui menace
d’aggraver encore la crise économique mondiale.
Selon le New York Times, après les attaques
sur Ryad, le prince héritier Mohammed ben Salman, dirigeant de fait de l’Arabie
saoudite, a « imploré [le président américain] d’intervenir pour
freiner l’avancée rapide » des Houthis. Pour la deuxième fois en quinze
jours, Trump s’y est refusé, déclarant, dimanche 20 septembre, comme pour
justifier sa décision, que les Houthis auraient accepté de ne pas s’en prendre
aux États-Unis.
Pour tenir compte de l’hostilité à la guerre d’une
grande partie de la population américaine alors que les élections de mi-mandat
ont lieu début novembre, Trump veut éviter d’engager de nouvelles opérations
militaires. Il abandonne ainsi son allié saoudien après l’avoir mis dans une
situation difficile. La reprise des combats au Yémen est en effet une
conséquence directe du déclenchement par les États-Unis de la guerre contre
l’Iran.
En se lançant dans cette aventure guerrière, Trump
voulait réaffirmer la toute-puissance de l’impérialisme américain. La
démonstration a tourné court car le régime iranien s’est maintenu. Il est même
sorti renforcé de l’épreuve, en prenant le contrôle du détroit d’Ormuz, sans
que Trump soit capable de l’empêcher pour le moment.
Cet échec et les imprévisibles revirements de
Trump avaient incité l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie à conclure, au
début du mois d’août, un pacte de défense visant à les rendre plus indépendants
de leur allié traditionnel américain en prévoyant que « toute attaque armée
contre l’un des trois États sera considérée comme une attaque contre eux tous
».
Ces manœuvres diplomatico-militaires préparent et
annoncent de nouvelles escalades qui seront payées chèrement par les peuples de
la région. Au Yémen, l’intensification des combats depuis la mi-septembre a
déjà fait des centaines de morts et, selon l’ONU, plus de 110 000 déplacés dans
un pays ravagé par la guerre depuis 2015 et plongé depuis des années dans une
des pires crises humanitaires dans le monde.
Ce chaos de plus en plus généralisé aux
conséquences dramatiques ne tient pas seulement à la personnalité de Trump et à
ses choix aventureux. C’est la forme que prend aujourd’hui la domination de
l’impérialisme, un système où une poignée de grandes puissances s’affrontent
pour le pillage des richesses et qui est incapable d’offrir un autre avenir à
l’humanité que l’aggravation des crises et des guerres.
Marc Rémy (Lutte ouvrière n°3034)