IA :
spéculation et anarchie
Mi-août, Nvidia et ChatGPT se
sont mis d’accord pour financer la construction du plus grand centre de données
au monde. Ce centre est en cours de construction aux États-Unis dans l’Ohio.
Publié le 26/08/2026
Nvidia a mis sur la table une
garantie de 105 milliards de dollars, tandis que ChatGPT s’est engagé à le
louer pendant vingt ans. Il abritera plus de 1,5 million de puces, bien
évidemment fournies par Nvidia. Pour les alimenter, il faudra construire une
centrale électrique dont la puissance sera équivalente à ce que consomment six
millions de foyers américains !
Avec la bulle spéculative de
l’IA, des capitalistes de tout horizon trouvent facilement des fonds pour
construire des centres de données un peu partout sur la planète. Leur objectif
est d’en louer l’accès aux entreprises du secteur au meilleur prix, si toutefois
la bulle ne finit pas par exploser. En attendant, peu leur importent les
conséquences pour les populations locales ou pour le climat. Dans l’Oise, 300
personnes se sont mobilisées mi-août contre l’installation de deux centres de
données. Le promoteur met en avant un investissement de 4 milliards d’euros et
150 emplois, mais les riverains dénoncent ces « radiateurs géants » qui
se nourrissent de quantités astronomiques d’eau et d’électricité – ils
dévoreraient quatre fois ce que les habitants des dix communes avoisinantes
consomment. Selon la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement
et du logement (Dreal) de l’Oise, ils sont aussi susceptibles de laisser
s’échapper les polluants éternels contenus dans les liquides de refroidissement
nécessaires à leur fonctionnement.
En France, l’implantation des
data centers a été facilitée par la récente loi de « simplification de la
vie économique ». Plus de 500 data centers devraient être en service d’ici
2030, pour 69 milliards d’euros d’investissements. Leur consommation électrique
pourrait atteindre 40 TWh, soit la consommation électrique annuelle moyenne
d’environ neuf millions de ménages, l’équivalent de la production de cinq à six
réacteurs nucléaires.
Dans les pays pauvres, la course
aux datas centers est encore plus choquante. France 24 rapportait, il y a peu,
le cas d’un township en bordure du Cap en Afrique du Sud, où les habitants sont
quotidiennement confrontés à des pénuries d’eau potable et d’électricité, et où
la construction de deux nouveaux centres, approuvée sans études préalables sur
leur impact ni consultation des riverains, menace un peu plus leur accès à ces
denrées vitales. En Afrique subsaharienne, 600 millions de personnes habitent
dans des bidonvilles et n’ont qu’un accès limité ou épisodique à l’électricité
et à l’eau, mais des entreprises trouvent des milliards pour y construire des
centres de données et faire fonctionner leurs millions de puces.
L’intelligence artificielle est
sans aucun doute un immense progrès technique. Mais la priorité de la classe
capitaliste, c’est le profit, quitte à assoiffer les pauvres, à les priver
d’électricité, et à faire chauffer un peu plus la planète.
Serge Benham (Lutte ouvrière
n°3030)