Incendies :
la faillite d’un gouvernement et d’un système
En Gironde et dans les Landes, il
a été difficile de contenir les deux incendies qui se sont déclarés les 22 et
23 juillet
au nord du bassin d’Arcachon
et vers Biscarosse.
Publié le 29/07/2026
Au 26 juillet,
la préfecture avait fait évacuer plus de 220 000 personnes habitant l’ouest et le sud-ouest de la Gironde, y
compris plusieurs communes de l’agglomération bordelaise.
Au Porge et dans les communes
avoisinantes, et vers Biscarosse, plus de 200 habitations n’ont pas pu être
sauvées des flammes. Des dizaines de pompiers ont été blessés et deux sont
morts dans un autre incendie à proximité de l’aéroport de Mérignac en début de
semaine. Suivant les vents, la fumée a recouvert l’agglomération bordelaise,
rendant l’atmosphère difficilement respirable. Des dizaines de milliers de
travailleurs ont été mis au chômage partiel, en particulier dans les zones
évacuées interdites d’accès.
Le gouvernement et la préfecture
ont parlé pour se dédouaner de feux « hors de contrôle » et de
conditions météorologiques exceptionnelles. Mais si les deux feux ont pris une
telle ampleur, c’est bien parce que les pompiers n’ont pas eu les moyens de les
éteindre lorsqu’ils ont commencé. Le 22 et le 23 juillet,
seulement deux Canadair, un Dash larguant des produits retardants et deux
AirTractor capables de larguer de petits volumes d’eau étaient à l’œuvre. Or,
pour combattre de tels incendies, les Canadair sont essentiels mais il en faut
au moins quatre se relayant en permanence sur une zone visée pour arriver à un
résultat.
Pour masquer sa faillite, le
gouvernement a fait intervenir à grand renfort de communication un Airbus A400M
transformé en bombardier d’eau ou de retardant, mais ce n’est que de
l’affichage. Selon tous les spécialistes, un tel avion est bien moins efficace
qu’un Canadair. Or, avec ceux qui sont en maintenance, il n’y avait le 23 et 24 juillet
que cinq Canadair disponibles sur les douze de la flotte du pays. Dans ces
conditions, les chefs pompiers n’ont pu que faire des choix, abandonnant tel ou
tel front, d’autant plus que, dans le Var et en Corse, les flammes ont fait
aussi au même moment des dégâts. C’est ce défaut de moyens qui a fait de ces
feux des incendies incontrôlables.
Le sentiment d’abandon d’une
partie de la population s’est augmenté du fait que le gouvernement a affecté
beaucoup de ressources à la protection des sites industriels, ceux
d’ArianeGroup et de Dassault, du Laser Mégajoule et du camp militaire de Souge,
dégarnissant là encore les autres fronts. Des habitants du Porge accusent la
préfecture de les avoir laissés tomber pour protéger la presqu’île du
Cap-Ferret et les résidences secondaires pour riches qui s’y trouvent.
Pour pallier l’incurie
gouvernementale, la population de Gironde et des Landes a surtout pu compter
sur le dévouement et la détermination des pompiers et sur elle-même. Des
agriculteurs du département et des départements voisins, des résidents locaux
se sont mis à disposition avec leurs citernes, leurs tracteurs et leurs tuyaux
d’arrosage. Des travailleurs ont taillé des coupe-feu aux abords des forêts et
des maisons. Des dizaines de milliers d’évacués ont pu compter sur des proches
et, dans les centres d’hébergement, des centaines de volontaires permettent à
ceux qui n’ont pas d’autre solution de trouver un refuge.
Alors, bien des habitants du
département sont en colère. À la suite du mégafeu qui avait ravagé la forêt des
Landes et de Gironde en 2022, les responsables politiques, dont Macron en
personne, avaient multiplié les promesses, notamment d’achat de Canadair.
Quatre ans après, aucun matériel supplémentaire n’est en activité. C’est un
choix politique et non technique car, en Gironde même, les usines Dassault
produisent chaque mois trois Rafale, près de trois Falcon, des jets pour
riches.
Le réchauffement climatique,
conséquence de l’anarchie capitaliste, augmente les risques d’incendie, mais la
classe politique aux ordres de la grande bourgeoisie ne voit pas de problème.
Dimanche 26 juillet, le ministre de l’Intérieur
Laurent Nuñez estimait dans les médias que les budgets de la protection civile étaient suffisants. Le 27 juillet, Macron a affirmé à Bordeaux
que l’heure n’était pas
venue de faire « le retour d’expérience de ces feux » et qu’il fallait
rester « unis » derrière le gouvernement face aux incendies. Gagner du
temps et passer à autre chose est une tactique vieille comme le monde.
Correspondant
LO (Lutte ouvrière n°2026)