Sanofi : à la santé
des actionnaires
Après avoir vendu, début 2026, le site de
Maisons-Alfort qui produisait le Lovenox, la direction de Sanofi a annoncé en
septembre la cession de cette marque et de 19 autres produits au groupe
allemand Cheplapharm.
Publié le 07/10/2026
Dans cette grande braderie, trois sites de
production sont directement vendus : Ploërmel en France, Jurong à Singapour et
Csanyikvölgy en Hongrie. En échange, Sanofi prend 26 % des parts de
Cheplapharm. L’entreprise française de Big Pharma vivra des rentes de ce groupe
et lui sous-traitera les coûts des futurs plans de restructuration. Les dirigeants
de Sanofi, richissime multinationale qui a fait 8 milliards d’euros de
bénéfices en 2025, se fichent de l’importance de ces traitements pour les
malades comme de l’avenir des centaines de travailleurs qui les fabriquent :
leur boussole, ce sont les profits du groupe et les dividendes des
actionnaires.
Le cas du Lovenox est révélateur. Cet
anticoagulant, lancé à la fin des années 1980, est indispensable dans le
traitement des thromboses et est quotidiennement utilisé dans les hôpitaux. Il
a fait la fortune de Sanofi pendant des années, aux frais des hôpitaux et des
malades, grâce à des prix délirants protégés par son brevet, puis à sa
situation de quasi-monopole sur le marché européen. Il est aujourd’hui tombé
dans le domaine public et, depuis le Covid, il est concurrencé par des
médicaments produits à moindre coût. Le résultat est que le Lovenox ne permet
plus d’atteindre les marges indécentes exigées par les actionnaires. Alors
qu’en 2025, l’ensemble des molécules cédées à Cheplapharm représentaient 1,2
milliard de chiffre d’affaires et rapportaient 500 millions d’euros, soit une
rentabilité de plus de 40 %, les ventes sont désormais en baisse. Sanofi a
perdu la moitié des parts du marché et préfère vendre avant que la dégringolade
ne continue.
Cette vente rappelle que le but de Sanofi n’est
pas de produire des médicaments mais des profits. En plus des cessions déjà
prévues, les travailleurs des sites Sanofi de Tours, Aramon, Sisteron et
Ambarès sont inquiets pour l’avenir : même s’ils restent dans le groupe Sanofi,
leur production dépend des produits cédés à Cheplapharm.
Face aux attaques de ce rapace de la finance, la
fédération CGT de la chimie ainsi que des responsables politiques de gauche
voudraient s’en remettre à un partenariat public privé. Mais pour les
travailleurs de Sanofi qui sont 100 000 dans le monde, l’urgence est de
combattre les illusions dans l’action de l’État, et de préparer un plan de
bataille contre les attaques du patron.
Correspondant
LO (Lutte ouvrière n°3036)