Iran :
derrière la démonstration de force, la guerre contre les exploités
Le régime iranien a transformé en
démonstration de force les funérailles d’Ali Khamenei, le guide suprême tué par
une frappe israélo-américaine le 28 février, premier jour de la guerre.
Publié le 08/07/2026
Les journalistes venus du monde
entier ont pu montrer la marée humaine venue défiler à Téhéran à l’occasion de
ces obsèques. Des millions de personnes ont en effet participé à cette
commémoration en criant vengeance contre les États-Unis et Israël. Moins
de six mois après les manifestations de janvier et leur terrible répression, le
régime démontre qu’il a retrouvé un certain soutien populaire. La guerre
déclenchée par Trump et Netanyahou, en visant les infrastructures civiles, en
bombardant des immeubles d’habitation, a contribué à créer cette union
nationale. Et les dirigeants du régime jouent à fond la carte de la fierté
d’avoir tenu tête à l’impérialisme.
Ces obsèques ont mis en lumière
les nouveaux hommes forts du régime, la plupart issus des Gardiens de la
révolution, rendant encore plus flagrante l’absence de Mojtaba Khamenei,
désigné comme nouveau Guide suprême mais invisible depuis cette nomination.
Elles ont été l’occasion d’accueillir les représentants officiels de nombreux
pays, avec des nuances. Ainsi les délégations russe, chinoise et qatarie ont
été saluées plus chaleureusement que celle de la Turquie, accusée d’être restée
silencieuse depuis le 28 février.
Certains opposants au régime ont
participé aux cérémonies, y compris des femmes non voilées venues par
patriotisme et pour dénoncer les frappes américaines, alors qu’elles se sont
battues contre le voile. Cependant, bien des travailleurs voient cette
agitation avec distance. Car les raisons de haïr ce régime antiouvrier et
corrompu n’ont pas disparu : pénurie d’eau, inflation, répression, et une
situation économique qui continue de se dégrader.
En neuf ans, entre mars 2016 et
avril 2025, l’indice des prix à la consommation des denrées alimentaires a
augmenté de 4 000 %, frappant en premier lieu les plus pauvres. Pour le seul
mois de juin 2026, l’inflation globale dépasse 60 %. La guerre a aggravé encore
la situation économique. Aux conséquences des destructions, au chômage qui augmente
et touche particulièrement les femmes, aux problèmes d’eau, s’ajoutent les
retards de salaire et les licenciements. Parmi les dernières annonces, la
société industrielle maritime d’Iran, Sadra, des chantiers navals, a annoncé 58
licenciements.
La répression continue contre les
militants ou les simples manifestants de janvier, avec des arrestations et des
exécutions quotidiennes. Ainsi Sharifeh Mohammadi, militante pour les droits
des travailleurs et des femmes, a de nouveau été arrêtée cette semaine.
Mais la répression n’empêche pas
des mouvements de contestation et notamment des grèves. Des enseignants et des
soignants se sont mobilisés fin juin à Téhéran. À la mine de cuivre Derakhshan
Takht-e Gonbad dans la région de Sirjan, les grévistes dénoncent les trois mois
de retard de salaire ; à l’usine Barak à Rasht, où on tisse de la laine, une
grève est en cours. Sur la banderole des grévistes visible sur X on peut lire :
« Des travailleurs iraniens crient au scandale, 19 mois de
salaires impayés, 42 mois d’assurance non versée, le conseil
d’administration et les actionnaires doivent nous rendre des comptes».
Pendant que les dirigeants
iraniens montrent les muscles face à l’impérialisme, ils mènent sans retenue
une guerre de classe contre les travailleurs et font subir leur dictature à
toute la population.
Elise Patach (Lutte ouvrière
n°3023)
Les
prochaines permanences et rendez-vous prévus à Argenteuil :
-Aujourd’hui dimanche 12
juillet, de 11 h. à midi au marché Héloïse.